J64 VARIATIONS DE LA PUPILLE
rôle (le centres ; les recherches histologiques récentes semblent avoir montré qu'il n'y a pas de ganglions nerveux proprement dits, mais qu'il existe cependant, aux points d'entre-croisement des filets nerveux, de petites masses de cellules nerveuses qui pourraient, à la rigueur, jouer le rôle des ganglions. Toutefois, l'action du chloroforme sur les éléments cellulaires de tout ordre est trop évidente et trop bien démontrée pour refuser d'admettre la production de modifications physico-chimiques dans le proloplasma des éléments musculaires.
Quant à l'action du chloroforme sur les tissus nerveux, il serait superflu de la mettre encore en lumière. Tous les faits sur lesquels j'ai appelé votre attention à propos de la physiologie générale des anesthésiques en sont une preuve évidente ; et cette action est démontrée par toutes les expériences que je vous ai citées, celles de François-Franck, de Vulpian, etc., sur l'excitation du bout périphérique du sciatique ou du laryngé supérieur.
Dorée de la résistance do moscie. — Il est intéressant de rechercher quelle est la durée de la résistance du muscle à l'action du chloroforme. La mort de l'élément musculaire est la terminaison fatale de l'action du chloroforme exercée pendant un temps plus ou moins considérable ; et cela s'observe même avec des mélanges titrés : avec le mélange à 12 p. 100, par exemple, on peut observer que la survie qui est d'environ deux heures en moyenne peut varier jusqu'à une durée de quatre ou cinq heures. Cette survie du muscle ne dépasse jamais cinq ou six heures. Dans tous les cas, on observe assez rapidement, au bout de la première heure en général, un abaissement de toutes les fonctions vitales, abaissement que l'on retrouve à peu près au même degré chez tous les animaux; la survie n'est plus qu'affaire de susceptibilité individuelle.
Variaaons populaires. — Vous savez, Messieurs, que comme miroir de l'anesthésie, ce sont surtout les variations pupillaires qu'il est important de considérer. Les recherches des physiologistes nous ont appris que toutes les fois qu'on exerce une action excitante sur un nerf sensitif, cette excitation est toujours accompagnée de la dilatation de la pupille ; aussi la pupille constitue, à cause de cela, un anesthésiomètre extrêmement précieux.
A la période d'anesthésie profonde, on observe une immobilité absolue d'abord; puis, peu à peu, une contraction pupillaire. Cette
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contraction peut être tardive et d'un maintien difficile; cela s'observe surtout chez les alcooliques.
La dilatation est la règle chez le chien ; et voici la première fois que nous voyons au cours de Tanesthésie, un phénomène différent se produire chez le chien ou chez Thomme. Celte dilatation chez le chien se produit même malgré la section du vago-sympathique. Par excitation du bout céphalique du vago-sympathique sectionné, on observe la dilatation de la pupille et la projection de Tœil en avant, absolument comme chez l'animal normal ; par conséquent, sous ce rapport, le chien diffère de l'homme. Je crois que c'est le seul rapport sous lequel on puisse établir une différence en ce qui concerne l'action des anesthésiques.
Chez l'homme, normalement et avec le chloroforme, on observe au début une dilatation légère de la pupille pendant la période d'excitation; puis peu à peu une contraction progressive, enfin la disparition du réflexe rétinien à la période d'anesthésie complète. La dilatation progressive, avec réapparition du réflexe, indique le retour à l'état normal. Mais si, au lieu de cette dilatation progressive, on observe une dilatation brusque, avec Vabsence du réflexe rétinien^ c'est là le signe d'une syncope imminente, syncope qui presque toujours est mortelle. Il est donc important et intéressant de connaître ces variations de la pupille sous l'influence du chloroforme.
Intoxication aigroë et chronique. — Pour terminer ce qui a trait à la physiologie spéciale du chloroforme, j'arrive à un sujet dont le titre pourra tout d'abord vous paraître bizarre, c'est celui de l'intoxication aiguë et chronique par le chloroforme.
L'intoxication chronique par le chloroforme constitue, en somme, un chapitre assez court, parce que ce n'est guère avec celte substance que les individus qui recherchent des excitations artificielles se les procurent; c'est bien plutôt avec l'éther, et vous savez que Yéthéromanie est fort répandue; mais cependant la chloroformomanie, si vous voulez me permettre ce mot barbare, a pu être traitée par certains auteurs. En effet, on a trouvé des individus qui, ayant usé de l'excitation artificielle pouvant se produire soit sous l'influence de la morphine, soit sous celle de l'alcool, soit sous celle de l'éther, ont fini par chercher dans l'emploi du chloroforme l'excitation sensuelle qu'ils désiraient obtenir.
Ce n'est pas là, exclusivement, le seul cas dans lequel il puisse être