INTOXICATION CHRONIQUE
question d*intoxicalion chronique par le chloroforme ; il faut songer également aux individus qui sont soumis journellement, pendant une période de temps plus ou moins considérable, à l'action des vapeurs de chloroforme, par suite de leur profession, comme par exemple les ouvriers qui fabriquent ce produit, les chirurgiens, ceux qui emploient le chloroforme à titre de dissolvant, etc. On a observé chez ces individus de Tinsomnie, des douleurs névralgiques et rhumatoïdes, des phénomènes de dépression physique et psychique qui cèdent très facilement à la suspension de Tinhalation de ces vapeurs anesthésiantes et qui n'offrent, par conséquent, qu'un intérêt assez restreint.
Cependant, l'inhalation continue ou assez fréquemment répétée de chloroforme, même en petite quantité, n'est certainement pas sans avoir des inconvénients; et, à ce sujet, Paul Bert a institué une expérience fort intéressante : il a soumis un chien de six kilos à une anesthésie régulière exécutée tous les jours et pendant le même temps, pendant 35 minutes, avec un mélange titré à 10 p. 100 de chloroforme. L'animal avait été soumis à un régime constant. Voici ce qu'il observa. Le temps nécessaire pour obtenir l'anesthésie n'a pas varié, il a été chaque fois de dix à douze minutes environ.
L'animal n'a pas tardé, au bout de quelques jours, à présenter une véritable accoutumance aux phénomènes d'excitation du début; l'anesthésie s'ei^t produite d'une façon de plus en plus tranquille et facile. L'animal a seulement montré de la perte d'appétit, une soif très vive et de la somnolence à partir du douzième jour. La mort est survenue le trente-deuxième jour, pendant la chloroformisation. A ce moment, l'animal avait subi une perte de poids de 28 p. 100, le poids était en effet tombé de 6 kilos à i kilos 800; le tissu cellulaire était absolument dépourvu de graisse, les muscles étaient atrophiés et pâles, le foie était stéatosé; on trouva des pigments biliaires dans l'urine, on nota une augmentation de l'urée; mais, pendant toute la durée de l'expérimentation, on ne trouva ni sucre, ni albumine, ni chloroforme en nature dans l'urine. Cette expérience montre évidemment que l'introduction répétée dans l'organisme de quantités même assez faibles de chloroforme, quelle que soit la voie d'introduction, ne serait pas absolument dénuée de nocuité ; et elle rend compte en même temps de certains phénomènes