MORT APRÈS INHALATIONS
bout de peu de temps ces signes furent accompagnés de jaunisse, épislaxis, oligurie, albuminurie, état typhique rappelant la symptomatologie de Tictère grave. Le foie était énorme, descendant audessous de Tombilic; la rate, légèrement augmentée de volume; les selles, décolorées, blanchâtres, plâtreuses, demi-molles et mêlées à une petite quantité de sang noir. On provoquait très facilement l'apparition de la raie dite méningitique. Au bout de quatorze jours, Findividu, sans qu'il eût été pratiqué de lavages de Testomac pour évacuer la substance toxique, entra en convalescence et guérit complètement sans garder la moindre trace des accidents qui étaient survenus.
Je vous disais que cette observation était particulièrement intéressante parce qu'en effet, dans toutes celles qui sont relatées par les différents auteurs, lorsque la dose de chloroforme ingérée par la voie buccale a atteint une proportion considérable, comme celle de 60 grammes que je vous citais tout à l'heure, les individus n'ont pu être sauvés que grâce au lavage de l'estomac. Or, dans le cas rapporté par M. Marfan, le lavage de Testomac n'a pas été pratiqué et l'individu a guéri quand même; et cela sans présenter ces lésions des voies respiratoires (congestion, bronchite, broncho-pneumonie), témoins de l'élimination du chloroforme par le poumon.
Mais, Messieurs, c'est surtout dans les cas de mort déterminée à la suite de l'absorption du chloroforme par les voies respiratoires que l'intervention du médecin légiste trouve à s'exercer. Ici, il s'agit presque toujours des accidents de l'anesthésie. Ces accidents, comme vous le savez, ont donné un certain nombre de morts; nous reviendrons làdessus lorsque nous aurons à nous occuper, incidemment, des statistiques de mort sous l'influence des anesthésiques et principalement du chloroforme. Les questions qui sont posées au point de vue médico-légal sont en somme très restreintes. Cependant, si elles sont restreintes, ce sont peut-être les plus difficiles de la médecine légale au point de vue de la conciliation des devoirs du médecin expert avec les sentiments de bonne confraternité.
Vous savez qu'on a voulu voir dans certains états particuliers, dans certains états cardiaques, rénaux, des contre-indications formelles à l'administration du chloroforme. Comme vous le savez, il faut toujours se méfier de la façon parfois ambiguë dont les questions sont posées aux médecins par les juges d'instruction; mais vous pourrez