SIGNES PRECURSEURS DES ACCIDENTS
savez combien il est important que les mouvements d*expiration puissent se faire, le moindre obstacle devient un obstacle énorme dans ce cas. Il faut exercer une surveillance continuelle du cœur et de la respiration de l'individu anesthésié; et cela non seulement par la vue, mais encore par l'oreille, c'est-â-dire en écoutant les bruits respiratoires sur lesquels nous allons revenir dans un moment.
Sig^nes précorscors des accidents. — Plusieurs signes sont capables, au cours de Tanesthésie, de vous révéler Timminence d'un danger menaçant.
A. État de la face. — C'est d'abord l'état de la face. Lorsque l'anesthésie est bien établie, la face, comme vous le savez, est pâle par suite de la constriclion des petits vaisseaux. Lorsque l'anesthésie est profonde et qu'il y a une menace d'intoxication imminente, le visage devient blême, les traits sont immobiles; on constate une froideur marmoréenne des pommettes, des narines, du lobule de Toreille, la teinte plombée des paupières. Cet état de la face est particulièrement important parce qu'il est l'indice d'une syncope secondaire menaçante.
B. Globes oculaires. — Je vous ai déjà indiqué à plusieurs reprises l'état des globes oculaires,- je n'y insisterai pas; je vous rappelle seulement que, dans les premières périodes, les yeux sont renversés en haut et en arrière sous la paupière supérieure. On observe souvent, lorsqu'on présente à ce moment, une lumière à l'individu endormi, du nystagmus déterminé par les mouvements convulsifs des muscles autour de l'axe antéro-poslérieur de Toeil. Lorsque l'anesthésie est profonde, les axes rétroversés reviennent à Thorizontalité, et on observe alors ce phénomène remarquable de la perte des mouvements associés des deux yeux, chacun des globes oculaires étant capable de suivre, indépendamment de l'autre, une lumière qui lui est présentée.
C. Sensibilité de la cornée. — L'état de sensibilité de la cornée permet de reconnaître la période de l'anesthésie confirmée. Cette période est caractérisée par la disparition du réflexe oculo-palpébral. Cela indique, d'une façon impérieuse, le moment de restreindre l'inhalation de la substance anesthésique, et de mettre le sujet à ce que nous avons appelé la ration d'entretien, c'est-à-dire la pelile ration strictement suffisante pour maintenir pendant un certain
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temps cet état d'anesthésie. Lorsque Tanesthésie est prolongée, on observe de l'astigmatisme irrégulier avec diminution de la tension du globe oculaire. C'est là un signe que le sujet se fatigue, mais ce n'est pas encore un signe de péril.
D. Variations popillaires. — Quant aux variations de la pupille, j'y ai insisté suffisamment dans noire dernière réunion pour ne pas avoir à y revenir ici. Dans l'anesthésie profonde, je vous rappelle qu'il y a constriction et immobilité pupillaires ; et, qu'à cette période, la dilatation brusque, qui n'est jamais accompagnée du retour du réflexe rétinien, est un indice très grave; c'est l'indice de l'apnée toxique, qui est presque toujours irrémédiable.
E. Bruits respiratoires. — Les bruits respiratoires sont des plus importants. Ils sont dus à l'accumulation des sécrétions salivaires et pharyngées ; la toux est fréquente, surtout avec l'éther, ce qui peut paraître un peu paradoxal au premier abord, puisque l'éther est moins irritant que le chloroforme. D'ailleurs, quelle que soit la substance anesthésique qu'on emploie, il y a toujours une irritation plus ou moins considérable des muqueuses des premières voies; et cette irritation se traduit par une exagération des sécrétions. Cette exagération des sécrétions détermine, naturellement, des crachotements, des mouvements de déglutition plus ou moins considérables, du râle trachéal, qui peuvent constituer un obstacle sérieux à l'expiration. Le ronchus est un signe d'anesthésie complète, il est un indice de la paralysie du voile du palais, mis en mouvement comme un corps inerte par l'air inspiré et expiré.
F. Tremblement g^énéral. — Un phénomène qu'on observe souvent, et qui quelquefois même vient gêner énormément le chirurgien, consiste dans un tremblement général qui survient presque toujours en pleine période de sommeil anesthésique. Il est utile de savoir que ce tremblement peut être suspendu, et quelquefois même complètement supprimé, par la simple flexion forcée du gros orteil vers la plante du pied. On a attibué ce tremblement généralisé, les uns au refroidissement, les autres, comme M. Dastre, à une réaction automotrice médullaire qui serait facilitée par l'anémie périphérique existant à ce moment.
Irrégrularités. Accidents non mortels. — Ce qu'il est important de considérer, ce sont les irrégularités qu'on peut observer à cette période de l'anesthésie, c'est-à-dire les accidents. Commen-