STATISTIQUES DES ACCIDENTS MORTELS
Accidents mortels. — Arrivons maintenant aux accidents mortels. Nécessairement, nous allons être obligé de faire un peu de statistique, bien que je n*attache pas aux statistiques une importance considérable; mais s*il ne faut pas établir sut elles des conclusions fermes, je crois qu'il faut, d'autre part, en tenir compte dans la mesure de ce qu'elles peuvent donner; c'est-à-dire que les statistiques nous viendront en aide pour reconnaître les circonstances dans lesquelles arrivent les accidents et surtout quelle est la gravité relative de ces accidents : à ce point de vue elles deviennent absolument précieuses. Je reviendrai d'ailleurs, avec plus de détails, et de détails intéressants, sur ce sujet, lorsque nous étudierons, comparativement, la nocuité des différents anesthésiques et que nous établirons, entre l'éther et le chloroforme, un parallèle que des discussions encore en suspens rendent plus important.
Les statistiques qui existent jusqu'ici des cas mortels déterminés par les différents anesthésiques ne sont pas extrêmement concordantes. Vous me direz que c'est un peu le défaut de toutes les statistiques, je le veux bien, mais cette différence est peut-êlre plus considérable encore en ce qui regarde les statistiques de mort sous les différents anesthésiques que pour toute autre.
D'un travail très considérable que M. Duret a fait en collaboration avec Regnauld, il résulte que, dans une période de trente-trois ans, de 1847 à 1879, on a pu relever 241 cas de mort par les différents anesthésiques, le chloroforme entrant là dedans pour la majeure partie. Rappeler en a compté 300 dans la même période.
Les statistiques anglaises et américaines effectuées avec soin sont beaucoup moins favorables encore pour l'anesthésie par le chloroforme. C'est ainsi qu'Andrews donne une statistique dans laquelle il relève un cas de mort pour 2723 anesthésies par le chloroforme. Coles relève dans sa statistique un cas de mort pour 2 783 cas et Richardson note un cas de mort pour 3 196 anesthésies.
A côté de ces statistiques qui sont les plus favorables de celles qu'on connaisse jusqu'à présent, il en est d'autres dans lesquelles le nombre de cas de mort est infiniment plus faible. C'est ainsi que Baudens, dans la statistique effectuée à propos de la guerre de Crimée, ne relève qu'un cas de mort pour 10 000 anesthésies par le chloroforme; et, dans la guerre de Sécession, les chirurgiens américains ont donné un cas de mort pour 11 448 opérations.