STATISTIQUES DES ACCIDENTS MORTELS
En moyenne, on admet en général le chiffre qui a été adopté par M. Dastre et qui est d'environ 1 mort pour 2000 opérés. Je crois que ce chiffre est encore notablement au-dessous de la réalité; et j'en veux tirer la preuve de la communication qui a été faite par Léon Le Fort, en 1890, lors de la discussion qui a eu lieu à l'Académie de médecine sur les anesthésiques et notamment sur le chloroforme, discussion qu'il y aura intérêt pour nous à résumer, dans ses points principaux tout au moins. Le Fort signalait, à Paris seulement, dans l'année 1890, 12 cas avoués de mort par le chloroforme. Etant donné le total des anesthésies pratiquées à Paris dans l'espace d'une année, si nous voulions rapporter ces douze cas de mort aux statistiques de la guerre de sécession et aux statistiques de Baudens nous arriverions à des chiffres notablement supérieurs à celui de 1 pour 2 000 que je vous indiquais tout à l'heure.
D'autre part, et j'appelle votre attention, à ce sujet, sur les applications médico-légales dont ces chiffres sont susceptibles, il y a intérêt à savoir comment se répartissent les cas de mort, relativement à la gravité des accidents qui leur ont donné naissance. La statistique de JuUiard, pour 243 cas de mort, relève le chiffre de 127 morts dues à des accidents du début, c'est-à-dire aux syncopes primitives, respiratoire ou cardiaque. Samson, sur 51 cas graves, relève 19 cas dans lesquels on a observé l'arrêt primitif du cœur.
Comme vous le voyez. Messieurs, il résulte de ces quelques chiffres, que je ne veux pas étendre plus qu'il n'est nécessaire, que les cas de mort ont résulté le plus souvent des accidents du début de lanesthésie, c'est-à-dire de ces accidents que nous avons appelés, à lexeraple de M. Duret, les syncopes laryngo-réflexes primitives, qu elles soient d'origine respiratoire ou d'origine cardiaque. Les cas de mort sont, certainement, plus nombreux que la statistique ne peut l'indiquer, parce que, dans une foule de circonstances, on cherche à cacher, autant que possible, les accidents qui arrivent sous l'influence du chloroforme.
D'autre part, il faut reconnaître que, depuis quelques années — et c'est là une opinion qui m'était encore confiée ces jours derniers par un des Maîtres les plus distingués de notre Faculté — depuis quelques années, on ne prend pas avec assez de minutie toutes les précautions voulues, on n'envisage plus l'anesthésie comme une véritable opération chirurgicale; et on se décharge de ce soin sur