TROUBLES DE LA NUTRITION
thésie chloroformique, certains auteurs avaient depuis longtemps signalé les affections d'origine hépatique. Le foie est donc touché, puisque vous savez que la fonction de la cellule hépatique consiste à fabriquer des uréïdes par synthèse et en utilisant pour cela les sels ammoniacaux ; le foie ne remplit plus son office, il laisse cet azote s'échapper à Tétat d'azote ammoniacal et ne le transforme pas en urée. Une autre preuve de même ordre venant à l'appui de la précédente, c'est celle relative à l'augmentation du soufre neutre qu'on observe également dans l'urine. Pour cette augmentation du soufre neutre, le rôle du foie est encore absolument évident et vient confirmer ce que je vous disais à l'instant à propos de l'altération de la cellule hépatique.
On trouve aussi dans l'urine une augmentation de phosphore de calcium, de magnésium; témoins de la désintégration de la substance nerveuse. Ce fait n'a rien qui puisse nous surprendre, parce que nous savons que c'est principalement sur la substance nerveuse que s'exerce l'action des anesthésiques, et du chloroforme en particulier.
D'autre part, on observe encore dans l'urine une augmentation du chlore éliminé à l'état minéral, c'est-à-dire éliminé à l'état de chlorure de sodium. Mais, le fait le plus important est celui de l'apparition dans cette urine d'une combinaison organique chlorée, à laquelle est due précisément la réduction par la liqueur de Fehling qu'on observe à la suite de l'administration du chloroforme. J'ai eu déjà l'occasion de vous faire remarquer que le chloroforme ne se montrait pas en nature dans l'urine. Dans l'expérience de Paul Bert où la mort d'un chien a été déterminée par suite de l'anesthésie répétée tous les jours pendant trois quarts d'heure, le chien mourut au trente-deuxième jour de l'expérience, et à aucun moment de cette expérience, cependant fort longue, on n'a pu déceler la présence de chloroforme en nature dans l'urine du chien; cependant cette urine réduisait la liqueur de Fehling et ne renfermait pas de glucose. Eh bien, cette action réductrice exercée sur la liqueur cupropotassique est due précisément à cette combinaison organique chlorée qui s'élimine sous l'influence de l'anesthésie chloroformique.
On a noté aussi, mais ce fait est moins constant, moins net» que ceux dont je viens de vous parler précédemment, une augmentation des pigments urinaires. On a observé également, ainsi que je
MÉCANISME DYSTROPHIQUE 231
VOUS le disais tout à Theure, une albuminurie qui n*est pas la règle, loin de là; qui parait être, au contraire, une exception.
Mais, un fait qui marche bien d'accord avec tous ceux que je viens de vous indiffuer, c'est l'augmentation de la toxicité urinaire : i quantité égale, et à égalité de densité, c'est-à-dire de richesse en principes dissous, l'urine éliminée après la période d'anesthésie est certainement plus toxique que l'urine émise avant la période d'anesthésie.
Enfln, du travail de M. Etienne Vidal, il ressort également qu'à la suite de lanesthésie, dans les premiers moments qui la suivent, il y a disparition momentanée de la régulation thermique et de la régulation des échanges. C'est là un fait physiologique qui vient encore corroborer les points que je viens de faire ressortir précédemment.
Comment interpréter ce phénomène? Il me parait assez simple, et j'adopterai très volontiers l'interprétation suivante. Sous l'influence de l'anesthésie chloroformique, les phénomènes dits vitaux, c'est-àdire ces phénomènes d'échanges, de mutations physico-chimiques qui caractérisent la vie, sont tous plus ou moins complètement arrêtés, ou tout au moins entravés. Lorsque l'anesthésie cesse, une partie des réserves rentre immédiatement en circulation et se trouve maladroitement utilisée par un organisme qui est encore sous le coup de l'impression profonde produite sur le système nerveux par Faction de l'anesthésie chloroformique. L'interruption momentanée, ou la diminution notable de conductibilité nerveuse entre les prolongements protoplasmiques et cylindraxiles des neurones, semble avoir occasionné un bouleversement du courant régulier de l'influx nerveux, comparable à celui que déterminerait l'établissement brusque d'un barrage dans un cours d'eau; et, comme dans ce cours d'eau, à la suite de la suppression de ce barrage, c'est-à-dire lorsque la conductibilité nerveuse normale se trouve restituée, le courant se rétablit avec une impétuosité d'autant plus violente et durable que le trouble apporté dans l'écoulement régulier et continu aura été plus profond et plus prolongé : de là, une influence trophique plus intense exercée par le système nerveux sur tous les tissus. Il y a, à ce moment, une suractivité déréglée de tous les tissus succédant à la phase d'inactivité passagère dans laquelle les a mis l'emploi de la substance anesthésique. Eh bien, à cette période.