‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 174 sur 406 · IDIOSYNCRASIE ET ACCIDENTS · texte numérisé non relu

IDIOSYNCRASIE ET ACCIDENTS

pouvait administrer le chloroforme, même impur, pourvu qu'on sût le donner et qu'on surveillât attentivement le malade.

Cette déclaration faite à la tribune de l'Académie de médecine par un homme jouissant de la renommée, ayant la grande expérience de Gosselin, suscita naturellement une grande émotion; et c'est cette communication qui donna naissance à la discussion qui s'établit plus tard. A cette discussion prit part la majeure partie des chirurgiens : Vemeuil, Labbé, Perrin, Panas, Rochard, ïrélat, Le Fort, etc. C'est Verneuil qui, le premier, attaqua la façon de voir de Gosselin.

Verneuil démontra, en effet, avec preuves à l'appui, qu'avec le même chloroforme, qu'avec la même façon de l'administrer, en pratiquant les inhalations de la même manière, l'anesthésie était variable avec chaque individu. En effet. Messieurs, ce que nous avons appris jusqu'à présent autorise parfaitement à dire qu'un individu fait une aneslhésie avec son système nerveux, exactement comme on peut dire qu'un individu fait une syphilis, une fièvre typhoïde, etc., avec son propre organisme, c'est-à-dire suivant une direction imprimée par cet organisme, un mode de réaction que l'on a qualifié à'idiosyncrasie et qui varie avec chaque organisme.

Perrin et Regnauld accusaient surtout les impuretés; ils se sont ingéniés, bien à tort je croîs, pour faire remarquer que depuis l'augmentation des droits sur l'alcool, la pureté du chloroforme était devenue moindre qu'autrefois et que le nombre des accidents augmentait. Je ne crois pas qu'il y ait là une étroite relation de cause à effet.

Trélat intervint dans la discussion et montra qu'il pouvait se produire des cas de mort avec le chloroforme parfaitement pur, aussi pur qu'il était possible de l'avoir.

Ce fut Le Fort, surtout, qui mit en relief les diverses conditions dans lesquelles on pouvait observer des accidents. Il démontra, toujours avec des preuves, choisies tant dans son expérience personnelle que dans la pratique de ses confrères, que la mort, chez un individu soumis à l'anesthésie par le chloroforme, était absolument en dehors de toute prévision, absolument indépendante du mode d'administration et de la dose employée. II insista sur ce fait que la mortalité était absolument irrégulière; que, dans certaines statistiques, on trouvait une mort sur ITOOO aneslhésies, tandis que, dans une autre, on trouvait une mort sur 1 950 anesthésies; il citait

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