IMPREGNATION DES CENTRES NERVEUX
pourra arriver à triompher même de la syncope cardiaque, si cette stimulation est encore capable d'être ressentie par l'individu. Si, au contraire, la syncope se produit chez un individu parfaitement anesthésié, à système nerveux affaibli, insensible aux excitations, alors la mort réelle lui succédera rapidement et d'une façon absolument inévitable.
Le Fort n'accepte pas l'imprégnation bulbaire ; je crois, quant à moi, qu'il a tort parce qu'en somme les faits expérimentaux sont là, on ne peut pas les nier, et ils sont absolument probants. Au sujet de cette imprégnation bulbaire dont il ne voulait pas accepter l'interprétation, il demandait pourquoi, dans une chloroformisation prudente, on n'observait rien dans certains cas et des accidents dans d'autres cas; eh bien, je crois qu'il est facile de répondre à cette demande par ce fait que je vous ai indiqué tout à l'heure, que l'individu réagit à l'anesthésique avec son système nerveux à lui. Tel individu possède un système nerveux capable de résister à l'anesthésique, il y résistera; tel autre a un système nerveux incapable de faire les frais de cette résistance, il succombera : et c'est là que réside l'impossibilité de savoir à l'avance, même après l'examen le plus minutieux, si l'individu est capable de résister ou non à l'ancsthésie.
Dans ce mémorable débat, Vulpian vint apporter non seulement l'autorité de son savoir, mais encore l'autorité de sa science expérimentale : il fit remarquer qu'il fallait distinguer ce qui se passe dans les accidents, d'abord au début, ensuite au cours de l'administration du chloroforme, en troisième lieu au moment et pendant l'opération. Il insista le premier sur ce fait, sur lequel j'ai appelé à maintes reprises votre attention, qu'à l'égard des anesthésiques en général, mais surtout du chloroforme, la sensibilité des animaux est absolument identique à celle de l'homme. Au début, la syncope se produit par arrêt respiratoire réflexe; j'ai suffisamment insisté sur ce point pour qu'il soit inutile d'y revenir maintenant. En ce qui concerne les accidents qui peuvent s'observer pendant l'administration du chloroforme, il montra que si le centre respiratoire bulbaire présente en réalité une résistance considérable à l'action du chloroforme, il n'en est pas moins touché dès le début; mais qu'en somme c'est, de tous les centres nerveux, celui qui surnage pendant un temps plus ou moins long au milieu du naufrage de tous les autres.