DISPARITION DES REFLEXES
plus loin que celte phase, qui est la vraie phase chirurgicale, celle à laquelle il convient de s'arrêter, on entre alors dans la période bulbaire, c est-à-dire dans la période toxique, celle qui se caractérise par la paralysie des centres de substance grise de la moelle allongée ; et cette paralysie frappe d'abord le centre respiratoire, puis les centres vaso-moteur et cardiaque.
On a noté, à propos de Temploi de Téther comme hypno-anesthésique, une exagération quelquefois excessive de certains réflexes, les réflexes tendineux et périostiques par exemple, pouvant se prolonger au-delà de la période d'anesthésie. Le réflexe cornéen est afl*aibli à une période relativement tardive, et rarement aboli. Quand je vous parlerai tout à Theure de la comparaison qu'on peut établir entre l'hypno-anesthésie par l'éther et celle par le chloroforme, nous verrons que c'est là un signe différentiel de ces deux anesthésies. L ordre de disparition des réflexes est le même que celui que nous avons constaté dans l'anesthésie par le chloroforme et le même encore que celui qu'on observe dans l'asphyxie. Ce sont les réflexes des membres qui disparaissent les premiers; puis le réflexe rotulien, ensuite le réflexe cornéen, enfin le réflexe nasal; et, chez les animaux, chez le chien tout au moins, avec l'éther comme avec le chloroforme, le dernier réflexe qui disparaît est celui que nous a révélé M. Dastre, c'est le réflexe labio-mentonnier.
Le plus souvent, au cours de l'éthérisation, on observe du myosis avec fixité de la pupille; cependant, au cours de cette anesthésie, comme au cours de l'anesthésie chloroformique, une mydriase, surtout persistante et survenant brusquement, peut être un signe d'asphyxie; mais, en général, il ne faut pas accorder à celte mydriase la même importance qu'à celle qui peut survenir au cours de l'anesthésie chloroformique; car, très fréquemment, au cours de l'éthérisation, la mydriase est tout simplement un signe d'excitation du sympathique abdominal.
Comment se comporte la respiration? Nous allons voir tout à l'heure combien ce point est important. La respiration est d'abord diminuée au début, et cela se comprend parfaitement par suite de l'inhibition qui est due à l'irritation périphérique déterminée par l'éther. On observe un stertor très accentué, qui est porté au plus haut point à la période d'anesthésie confirmée; mais, même malgré ce stertor, la régularité des mouvements respiratoires est conservée;
on note aussi des roncbus et Tapparition de mucosités, sur lesquelles je vais avoir à revenir dans un moment.
Action modératrice et toni-cardiaque. — L'action toxique de Téther se porte surtout sur les centres respiratoires, le cœur est plutôt tonifié; et c'est en cela que consiste la différence essentielle, au point de vue de l'action physiologique, entre le chloroforme et réther. Vous savez que le chloroforme produit sur le myocarde une action paralysante; vous vous rappelez sans doute que je vous ai montré, dans une de nos dernières réunions, une grenouille dont le cœur persistait à battre malgré la présence des vapeurs d'éther sous une cloche dans laquelle on l'avait mise, tandis qu'au contraire une autre grenouille avait eu son cœur arrèlé très rapidement par les vapeurs de chloroforme. A la période toxique, il est certain que l'arrêt respiratoire précède toujours l'arrêt du cœur; et lorsque par hasard — je dis par hasard et j'y insiste — l'arrêt du cœur coïncide avec l'arrêt de la respiration, cet arrêt du cœur n'est en quelque sorte qu'un corollaire de l'arrêt respiratoire, et la preuve, c'est que si l'on vient à pratiquer la moindre tentative de respiration artificielle, le cœur reprend ses pulsations, alors qu'avec le chloroforme, lorsque le cœur est arrêté, toutes les tentatives sont absolument inutiles.
En résumé, l'éther est un modérateur et un tonique du cœur; et, sous son influence, on peut constater que les contractions cainliaques sont plus effectives, qu« leur amplitude est plus considérable, sans que leur accélération ait rien d'appréciable. Ce phénomène se produit exactement comme si les centres cardiaques directs et les centres des vagues étaient tous deux hypersthénisés sous l'influence de l'éther.
Action vaso-dilatatrice. — Un autre point par lequel l'action de l'éther diffère de celle du chloroforme, c'est celui de l'action vasodilatatrice exercée par l'éther, en complète opposition avec l'action vaso-constrictive exercée par le chloroforme. Il est vrai que cette action vaso-dilatatrice est surtout périphérique; et nous verrons que cette action périphérique est surtout à considérer au point de vue du refroidissement de l'individu. L'abaissement de température dans l'éthérisation eSt dû, en effet, non seulement à la diminution de l'absorption de l'oxygène et, par suite, à la diminution des combustions organiques, mais encore à une augmentation considérable du