‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 217 sur 406 · PARALLÈLE ENTRE LE CHLOROFORME ET L^ÉTHER · texte numérisé non relu

PARALLÈLE ENTRE LE CHLOROFORME ET L^ÉTHER

centres chirurgicaux, à Lyon, à Montpellier, en Amérique notamment, jamais le chloroforme n'est parvenu à se substituer complètement à Téther. Il en a été autrement dans un très grand nombre d autres centres où, bientôt après la découverte du chloroforme et ses applications à Thypno-anesthésie par Simpson, les chirurgiens ont eu recours de préférence au chloroforme qui leur permettait d'obtenir une anesthésie plus rapide, plus intense, plus facilement utilisable au point de vue chirurgical que celle obtenue par Téther. Les choses marchèrent ainsi depuis 1847, date de Tapplicalion du chloroforme, jusque vers 1865, époque à laquelle une véritable campagne contre l'emploi du chloroforme fut ouverte, notamment par Técole de Lyon. C'est, en effet, un représentant de cette école, Pétrequin, qui, en 1865, incrimina violemment le chloroforme dans une note très importante présentée par Velpeau à l'Académie de» sciences, et au sujet de laquelle llnstitut, dérogeant à sa coutume habituelle, ouvrit une discussion, bien que cette communication ne fût cependant pas faite par un membre de la Compagnie. C'est la première communication qui ait été faite dans laquelle le chloroforme soit nettement et vigoureusement accusé d'un très grand nombre d'accidents qu'on aurait pu éviter, assure l'auteur, en ne l'employant pas. Je vous cite, en effet, la phrase de Pétrequin, qui, dans son exorde, disait n'avoir fait cette note que :

« Afin de rendre aux malades le service de préserver ceux dont un agent dangereux menace l'existence, et à mes confrères, celui de leur épargner d'avoir, par une pratique mauvaise, porté atteinte à la vie de leurs clients. »

Comme vous le voyez, il était impossible d'accuser d'une façon moins détournée le chloroforme et, par le même coup, ceux qui l'employaient.

Le mémoire de Pétrequin est encore intéressant à lire aujourd'hui parce qu'il expose nettement certaines choses importantes à considérer. Ainsi, parmi les causes ayant nui à l'éthérisation, il cite d'abord l'insuffisance des procédés de préparation et les impuretés de l'éther; il fait remarquer que jusqu'à cette époque, de 1850 à 1865, l'éther à 56** qu'on trouvait dans le commerce était trop faible en éther pur, en éther anhydre, pour déterminer facilement l'hypnor anesthésie, qu'il renfermait de l'acide sulfureux, de Talcool, de l'huile de vin, c'est-à-dire des substances empyreumatiques auxquelles.

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d'après lui, il fallait attribuer la toux, les éternûments, les nausées. Tagitation nerveuse, Tivresse même, qu'on avait vue se produire chez un certain nombre d'individus. Puis il accusait également Timperfeclion des instruments et Timpéritie des opérateurs. Tout, disail-il, était à créer pour les procédés opératoires relatifs à l'emploi de l'élher lorsque celui-ci fît son apparition comme anesthésique, tandis que quand le chloroforme parut tout était préparé, la technique opératoire était déjà parvenue à un certain degré de perfection dont le chloroforme profita et qui rendit, à son début, son emploi très heureux.

Enfin, il fit ressortir les faits sur lesquels j'ai insisté tout à l'heure, et desquels il résulte que les syncopes secondaires sont infiniment moins graves avec l'élher qu'avec le chloroforme ; et il concluait en disant que si le chloroforme endort plus vite, ce n'est pas là un avantage, mais au contraire un inconvénient, à raison même de l'action plus intense qu'il exerçait sur l'organisme, ce qui était en même temps une preuve de sa nocuité : pour lui, il n'y a aucune garantie à employer le chloroforme, tandis qu'en employant l'éther on est à peu près certain d'agir à coup sûr et de ne pas avoir d'accident.

Des réserves expresses furent formulées par Velpeau à la suite de cette très intéressante étude; il estimait qu'il y avait dans la communication de Pétrequin un enthousiasme peut-être exagéré en faveur de l'éther; que, s'il était indéniable que le chloroforme avait produit un certain nombre d'accidents, il n'était pas prouvé tout au moins que l'éther n'en produirait pas; et l'avenir devait, en effet, se charger de justifier ces réserves.

Mais le mémoire le plus important, aussi bien par l'étude physiologique que par le nombre des faits, qui ait été publié au sujet de la comparaison à établir entre le chloroforme et l'éther, est un mémoire de Julliard, de Genève, mémoire qui a été publié en 1891 dans les Archives médicales de la Suisse Romande et qui a fait Tobjet quelques années après, en 1894, d'une publication spéciale.

Julliard, après avoir eu quelques accidents mortels à la suite de l'emploi du chloroforme, en était arrivé, comme il le dit lui-même au début de son mémoire, à être plus préoccupé, dans les opérations, de l'anesthésie que de son opération elle-même; et, après avoir remarqué combien les chirurgiens américains, qui étaient restés fidèles à l'éther, combien les chirurgiens lyonnais, qui ne

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