OBSERVATIONS DE JULLIARD
lavaient pas tous délaissé non plus depuis la découverte du chloroforme, avaient de succès grâce à son emploi, il n*hésita pas à abandonner complètement le chloroforme pour Téther après avoir, en quelque sorte, justifié cet abandon par le travail que je vais résumer devant vous, parce qu'il est véritablement sérieux d'une part, et que JuIIiard n'est pas, comme beaucoup d'autres, un apologiste quand même de l'éther.
L'anesthésie n'est autre chose, ainsi que nous l'avons reconnu, qu'un empoisonnement partiel, passager et successif du système nerveux. Entre l'anesthésie et la mort il n'y a qu'une simple différence de dose; et la dose mortelle peut être atteinte involontairement lorsque, comme le dit JuUiard dans son mémoire, l'anesthésie est poussée à outrance. En effet, on appelle la mort un accident de lanesthésie; cela est vrai lorsque la mort est due à une syncope primitive ou à une syncope secondaire ; cela n'est plus exact lorsque celte mort est due à une syncope tertiaire qui est le résultat fatal de l'anesthésique, quel qu'il soit, quand il est employé en trop grande quantité; et, reprenant un argument que je vous citais tout à l'heure, JuUiard fait voir que la syncope déterminée par le chloroforme est subite, tandis qu'au contraire avec l'éther l'arrêt est graduel, qu'il y a, par conséquent, moyen de remédier à cet accident. Dans tous les cas, le premier fait qui ressort de sa statistique, — et il s'agit ici d'une statistique sur laquelle on peut compter, parce que tous les éléments en sont comparables, j'insiste là-dessus, parce que tout à l'heure je vais vous montrer des statistiques dont les éléments ne sont pas comparables, — il insiste sur ce fait que les syncopes primi* tives sont d'une fréquence telle qu'il faut leur attribuer sans hésiter la moitié des morts déterminées par le chloroforme. En effet, l'action de l'éther sur le cœur est une action tonique, à la condition, bien entendu, qu'elle ne s'exerce pas pendant un temps par trop considérable; tandis qu'au contraire, dès le début, l'action exercée par le chloroforme est une action toxique avec laquelle il faut compter, par conséquent dont il faut se méfier.
Eh bien. Messieurs, des statistiques relevées avec un très grand soin par JuUiard, — et, je ne saurais assez le répéter, de statistiques comparables entre elles, parce que celles dont il s'agit maintenant sont relatives non seulement à des morts obtenues dans des conditions aussi semblables que possible, mais aux périodes, aux moments
de Tanesthésie auxquels ces morts ont été obtenues, — il résulte <ïue, d'après Perrin et Lallemand, sur 74 cas mortels dus au chloroforme, 43 sont attribuables à une syncope primitive : la Société Royale de Londres établit une statistique de 102 cas mortels sous rinfluence du chloroforme, sur lesquels 50 morts sont dues à une syncope primitive; Sabarth relève 63 cas mortels sur lesquels 18 sont dus également à une syncope primitive; Rappeler, 90 cas mortels, toujours avec le chloroforme, dont 43 cas de morts occasionnés par une syncope primitive; Duret, 123 cas mortels, dont 55 dus à une syncope primitive; Comte, 224 cas mortels, dont 112 dus à une syncope primitive; enfin, d*un relevé fait par JuUiard à cette époque, en 1890, il résulte que sur 243 cas mortels analysés avec beaucoup de soin par lui, la syncope primitive s'est montrée 121 fois, c'est-àdire dans plus de la moitié des cas.
Mais cette comparaison est encore bien plus intéressante lorsque, comme Ta fait un auteur anglais, M. Georges Hewitt, on relève dans le même milieu, dans le même hôpital, les accidents mortels causés par le chloroforme et ceux causés par Téther. Cette dernière statistique donne les résultats suivants. Sur 130 morts causées par le chloroforme, il y en a S4 déterminées par des syncopes primitives; et, sur ces 54, 43 sont relatives à des sujets en bonne santé, c'està-dire à des sujets en bon élat au moment où on a pratiqué chez eux l'hypno-anesthésie : sur 60 morts déterminées par l'éther, aucune n'est due à une syncope primitive; dans quatre cas seulement la mort eut lieu avant l'opération, c'est-à-dire par syncope secondaire, et dans deux de ces cas seulement les sujets étaient en bonne santé.
Il en résulte, pour JuUiard, que le danger de la syncope primitive n'existe pour ainsi dire pas avec l'éther et que cet anesthésique expose beaucoup moins que le chloroforme à des syncopes secon* daires. Et en effet, nous savons que la réalisation de cette syncope secondaire est déterminée par l'irritation du noyau modérateur, irritation qui a pour conséquence, d'abord un ralentissement, puis un arrêt si l'excitation s'accroît rapidement. Or, entre le ralentissement précurseur et l'arrêt syncopal, l'intervalle est à peu près nul, comme j'y insistais tout à l'heure, avec le chloroforme; l'accident éclate, dit JuUiard, presque en même temps que se produit l'avertissement caractérisé par le ralentissement du pouls. Avec l'éther, au contraire, il existe un écart sensible entre les deux phénomènes; l'action exci-