‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 223 sur 406 · EXPERIENCES DE PAUL BERT · texte numérisé non relu

EXPERIENCES DE PAUL BERT

tant, je prétends que ce sont là des conclusions absolument inexactes.

S'il restait, Messieurs, le moindre doute dans votre esprit à cet égard, j'invoquerais le fait suivant : Billroth avait pratiqué 12500 anesthésies sans avoir un seul cas mortel; puis, dans l'espace de dixhuit mois, sous l'influence de conditions absolument indépendantes de sa volonté, cela va sans dire, sa statistique lui adonné une mort pour 3000 chloroformisations. Bien mieux, un fait encore plus topique que celui-ci : depuis le moment où le protoxyde d'azote fut découvert par Davy, où il fut appliqué à l'anesthésie dentaire et à l'anesthésie chirurgicale, on était arrivé au chiffre presque fantastique de 180 000 anesthésies par le protoxyde d'azote, avant d'avoir une seule mort; actuellement la statistique donne un chiffre moyen de 1 mort pour près de 100 000 anesthésies. Ainsi, jusqu'à la 179 999* anesthésie par le protoxyde d'azote, s'il fallait en croire la statistique, on avait le droit de dire que cet anesthésique était absolument inoffensif.

J'ai tenu beaucoup à appeler votre attention sur ces statistiques, parce que quelques chirurgiens font de ces éléments d'appréciation des éléments indiscutables. Eh bien, vous voyez combien ils sont au contraire discutables. Les statistiques sont utiles toujours, et certainement il faut être très reconnaissant à Gurlt et à ceux qui veulent bien consacrer une partie de leur temps à ces recherches qui sont toujours instructives; mais je leur dénie le titre d'éléments certains de preuve qu'on a voulu leur donner; et je crois que Julliard, en basant son opinion sur ces statistiques, a basé cette opinion, au moins pour ce fait, sur une chose absolument douteuse.

J'arrive maintenant à la troisième preuve, sur laquelle s'est basé Julliard pour maintenir ses affirmations, c'est à l'expérience de Paul Bert. Ah! cela, c'est un fait de laboratoire, c'est autre chose; c'est plus certain que la statistique. Les expériences de Paul Bert nous ont appris en effet que ce qu'il a appelé la zone maniable du chloroforme est trois à quatre fois plus étroite que celle de l'éther; vous savez que cette zone maniable doit s'entendre de la différence entre la quantité suffisante pour produire l'anesthésie et la quantité suffisante pour amener la mort. Eh bien, tandis que cet écart n'est que de 12 grammes pour le chloroforme, — et vous savez que le chloroforme est un liquide lourd et que, par conséquent, 12 grammes ne font pas un volume bien considérable, — tandis que cet écart est de 12 grammes

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