ACCIDENTS POST-ANESTHÉSIQUES
taille i\ne je vous ai fait ressortir en son temps Tinnocuité de remploi du chloroforme chez les enfants.
En plus de ces accidents qui peuvent se produire au cours de laneslhésie on peut observer encore, avec Téther, des accidents postanesthésiques.
On n'observe pas, commeavec le chloroforme, de ces paralysies tardives comme celles que je vous ai signalées à plusieurs reprises et qui sont attribuées à des névrites périphériques; mais on observe d*auires accidents qui peuvent être les uns assez graves, d'autres, au cou Irai re, d'une gravité peu considérable comme vous Tallez voir.
C'est d'abord, à la période de retour, après Tanesthésie, une agitation violente, qu'on observe surtout chez les individus nerveux et chez les alcooliques. Cette période d'agitation présente quelquefois une intensité extraordinaire. Chez les femmes, par exemple, elle se traduit fréquemment par des éclats de rire, des chants, des pleurs, un flux de paroles, des révélations indiscrètes, des démonstrations bruyantes de haine ou de tendresse. Chez les alcooliques, on voit l'individu qui sort d'une opération grave et qui se réveille, jeter sur rassistance qui l'environne des regards étonnés; puis, être pris de fureur, adresser à tout le monde des injures, des apostrophes grossières; il lutte avec les assistants et on a quelquefois beaucoup de peine à le contenir pendant les quelques minutes que dure, le plus souvent, cette agitation de la période de retour. Mais cette agitation peut aussi durer plusieurs heures; et on Ta vue aboutir, chez les femmes, à des crises d'hystérie, chez les alcooliques à de ragilalion maniaque.
Les partisans irréductibles de Téther voient dans cette période daûilation, pas dans celle, exagérée, que je viens de décrire à l'instant, mais dans l'excitation qui accompagne toujours la période de retour, un phénomène utile en raison de la stimulation qui en résulte pour le sujet, au lieu de l'état d'abattement, de collapsus même, dans lequel se trouvent parfois, à la période de retour, les individus aneslhésiés à l'aide du chloroforme.
A la période de retour, les vomissements sont également, a-t-on dit, moins fréquents, moins abondants et moins persistants avec IVilher qu'avec le chloroforme. C'est là un point qui a été soumis à unt! discussion approfondie et il semble résulter des faits qui ont été apportés par les chirurgiens qui ont pris part à cette discussion.
qu'en réalité les vomissements étaient moins violents et moins fréquents à la suite de Temploi de Téther qu'à la suite de l'emploi du chloroforme. Dans tous les cas, on est d'accord pour reconnaître que l'emploi de l'éther présente un avantage notable lorsqu'il s'agit d'opérations intéressant la région abdominale et surtout les intestins, par exemple, parce qu'alors on court moins de risques de voir rompre les sutures à la suite d'efforts de vomissement.
Enfin on a signalé un certain nombre d'accidents plus rares tels que les thromboses, l'ictère, les érythèmes, des douleurs lombaires, une sensation de froid persistante, une soif intense; mais, pour tous ces phénomènes, il y a véritablement, je crois, à faire une part plus considérable à des causes autres que celles relevant de l'hypno-anesthésique, de l'éther en particulier.
J'en arrive, Messieurs, à un point qui a été également le sujet de discussions, et non seulement de discussions basées sur des faits cliniques et sur la théorie, mais même d'expérimentations physiologiques, je veux parler de l'état des reins. Vous vous rappelez que lorsque nous avons envisagé l'hypno-anesthésie par le chloroforme j'ai appelé votre attention sur ce fait que l'état des reins et du foie pouvait être, dans certaines circonstances, une contre-indication à l'emploi du chloroforme. Je vous ai cité, je crois, l'opinion de certains physiologistes qui pensent que le chloroforme et l'éther agissent sur les hématies comme le font les acides biliaires, l'acide arsénieux, l'acide sulfurique, le phosphore, et déterminent ainsi un trouble de nutrition d'où dérive la dégénérescence graisseuse.
Eh bien, il est certain qu'à la suite d'éthérisation on a pu observer chez certains individus de la congestion rénale, et même, chez quelques-uns, la desquamation des cellules épithéliales des tubuli. Chez les urémiques même on a pu voir la mort subite, fait qui n'a rien d'extraordinaire, car tout autre anesthésique l'aurait produite également dans ce cas. C'est précisément pour tâcher de déterminer, par l'expérience, la façon dont le tissu rénal est affecté par l'éther que Selbach fît, il y a quelques années, des expériences sur des animaux chez lesquels il produisit à plusieurs reprises l'élhérisation, soit faible, soit forte, soit prolongée, soit de courte durée, et chez tous les animaux qu'il sacrifia ainsi il ne put, dit-il, constater aucune altération rénale. Ces accidents paraissent donc devoir être moins à craindre avec l'éther qu'avec le chloroforme, où leur existence est
3aO COMPLICATIONS PULMONAIRES
absolument iniJiscutable; et il semble qu'il faille une prédisposition spéciale, une susceptibilité individuelle particulière, pour qu'ils se montrent à la suite de l'éthérisation.
II y a ecrlaius accidents qui, avec l'emploi de l'éther, présentent tine gravilé considérable. Ces accidents tardifs consistent surtout en bronctiites, en pneumonies et en œdème pulmonaire. En raison de ce que je disais lout à l'heure de l'action exercée par l'éther sur les sécrétions, on comprend, jusqu'à un certain point, que cette exagération des sécrétions soit due à une action irritante exercée par Téther sur les muqueuses respiratoires et on s'explique, par conséquent, la production consécutive de pneumonies, de bronchites. La congestion est favorisée d'ailleurs par plusieurs circonstances : d'abord par Ttibaissement de température, qui est plus considérable avec l'éther qu'avec le chloroforme, et qui diminue notablement la résistance organique des cellules pulmonaires; en second lieu, on a pensé qu'il fallait faire intervenir la présence, dans les alvéoles pulmonaires, d'abondantes sécrétions qui constituent un bon milieu de culture : en effet, au cours de l'éthérisation, les capillaires pulmonaires subissent une dilatation paralytique qui leur permet de laisser exsuder leur sérum et de répandre ce flot de liquide, qui est quelquefois tellement intense que, comme je le disais précédemment, on est obligé ap renoncer à Téthérisation pour recourir à un autre mode d'anesthésie.
n y a, disais-je à l'instant, un abaissement de température plus considérable avec l'éther qu'avec le chloroforme; cet abaissement de température est, en efl*et, favorisé par l'action vaso-dilatatrice que j'ai déjà signalée. Cet abaissement de température est assez considérable pour (|ue, dans certaines circonstances, lorsque le malade e&t déjà en élai d'hypothermie, en cas d'obstruction intestinale, de hernie étranglée, on doive préférer l'emploi du chloroforme à celui de l'éther.
La vaso-dilatalîon est particulièrement accentuée dans certaines régions : il so produit, par exemple, une congestion tellement intense des vaisseaux du crâne, des méninges et de l'encéphale, qu'il peut vn résulter, pour la chirurgie de la face et du crâne, de graves inconvénients, et que, dans ces circonstances, la réalisation de l'hypnoaneslhésie au moyen de l'éther est contre-indiquée.
En définitive, nous devons conclure que l'éther possède incontes-