‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 248 sur 406 · ACTION SUR LE SANG · texte numérisé non relu

ACTION SUR LE SANG

simplement comme substance irritante ; et les conséquences de cette action sont les mêmes que celles de Faction d'une substance irritante quelle qu'elle soit.

Sa rapidité de diffusion dans l'organisme est extrêmement considérable. De plus, en raison précisément de la facilité avec laquelle lacide nitreux s'oxyde dans l'organisme, sous l'influence de l'oxygène rendu actif par les hématies, et de la facilité, presque aussi marquée, avec laquelle l'acide azotique, produit de cette oxydation, se réduit au contact des substances organiques, on trouve, dans l'influence exercée par le nitrite d'amyle, une mobilité, une rapidité et une persistance d'action qui s'expliquent fort bien par suite des transformations successives que je viens de vous indiquer.

En effet, sous l'influence de l'inhalation d'une quantité un peu considérable de nitrite d'amyle, le sang présente très rapidement tous les phénomènes de l'asphyxie; on voit sa coloration devenir brunâtre, se rapprocher d'une coloration chocolat, et cela, par suite de la métamorphose de la matière colorante du sang, l'oxyhémoglo* bine, qui se transforme, non pas en hémoglobine réduite, comme on l'a dit au début, mais bien en méthémoglobine. Cette transformation se fait in situ, dans les hématies même, tandis que les propriétés physiologiques du sang se trouvent atteintes en raison de cette transformation; et, comme conséquence inévitable de cette transformation de l'hémoglobine en méthémoglobine, on observe une diminution notable de la capacité respiratoire du sang. A cela succède tout naturellement l'asphyxie, par arrêt des échanges; c'est aussi une conséquence de l'action exercée sur la matière colorante des globules : on ne trouve pas d'altération structurale apparente des hématies.

Cette action exercée par le nitrite d'amyle sur le sang est parfois assez lente à se produire, fait sur lequel Rabuteau, le premier, a attiré l'attention; et c'est un point à retenir, parce qu'il permet de prévoir et d'expliquer certains accidents tardifs pouvant résulter de remploi de ce médicament. Rabuteau, tout le premier, je crois, a été victime de ces accidents tardifs, au cours des expériences qu'il a réalisées en étudiant l'action physiologique de l'éther amylnitreux.

On observe, en effet, assez souvent, que l'action du nitrite d amyle inhalé en quantité un peu considérable semble ne pas produire d'effets physiologiques très intenses; puis, au bout d'un temps assez

considérable, plusieurs heures même après ces inhalations, on voit tout à coup éclater des phénomènes graves qui, d'après ce que je viens de vous dire tout à Theure, sembleraient devoir se produire tout de suite, ou au moins très promptement, après Tinhalation. Eh bien, c'est contre ces phénomènes tardifs qu'il faut se mettre en garde; c'est une des raisons pour lesquelles il faut toujours être extrêmement prudent dans l'inhalation du nitrite d'amyle, en ce qui regarde tout au moins la quantité des vapeurs de cette substance que Too fait inhaler.

Action sur la circalation. — Le. premier de tous les appareils, celui qui est le plus intéressé en quelque sorte dans l'action du nilrile d'amyle, c'est l'appareil circulatoire; c'est par celui-là que nous allons commencer l'étude de l'action physiologique exercée par cette substance.

Ce qui frappe immédiatement du côté de l'appareil circulatoire, c'est une accélération du rythme cardiaque coïncidant avec une baisse considérable de la pression et une dilatation très notable des dernières ramifications artérielles. Cette accélération n'est pas, comme on pourrait le croire au premier abord, la cause de l'abaissement de la tension sanguine; et, en effet, si l'on évalue, par la méthode de François-Franck, les changements de volume du cœur, en mesurant les variations du péricarde sous l'influence de ce changement de volume, on s'aperçoit que la quantité de sang envoyée par les systoles cardiaques, qui sont cependant beaucoup plus nombreuses, est exactement la même avant l'inhalation du nitrite d'amyle qu'après cette inhalation.

A forte dose, on constate que l'effet excitant du début est remplacé par un effet dépresseur extrêmement intense; si l'on opère sur des animaux, on peut voir que l'action accélératrice du début est remplacée par une action ralentissante de plus en plus accentuée; et que, chez les animaux à sang froid, chez les grenouilles par exemple, le cœur s'arrête en diastole. Cet arrêt diastolique se produit quelles que soient les conditions expérimentales dans lesquelles on se place; c'est-à-dire qu'il se produit aussi bien après la section préalable des pneumo-gastriques qu'après qu'on a mis l'animal sous l'influence de l'atropine. Par conséquent, on peut conclure de ces deux expériences que l'action du nitrite d'amyle n'est pas d'origine centrale, puisqu'elle se produit quand même on a sectionné préalablement les

pneumo-gastriques; qu'elle n'est pas non plus d'origine périphérique, par les extrémités intracardiaques des vagues, puisque, sous l'influence de l'atropine, l'animal présente le même arrêt diastolique.

Il en résulte donc qu'il faut attribuer cet arrêt diastolique du cœur à l'action exercée par les vapeurs du nitrite d'amyle sur le myocarde lui-même qu'elles irriteraient et pourraient même tétaniser. Nous savons, en effet, que toutes les fois qu'une substance active quelconque exerce son activité sur un élément anatomique, elle commence d'abord par l'exciter, puis elle finit par le paralyser; c'est bien précisément ce que nous voyons , quant au myocarde , sous l'influence du nitrite d'amyle.

Chez tous les animaux, d'ailleurs, les phénomènes se passent de la même manière que chez les animaux à sang froid ; et l'on peut voir par l'expérimentation qu'il n'y a pas de rapport nécessaire entre l'abaissement de la pression artérielle, abaissement qui est le corollaire d'une augmentation de la pression veineuse, et le rythme du cœur : en d'autres termes, les changements de rythme ne sont pas subordonnés aux variations de pression, de même que la chute de pression est indépendante des modifications de la fonction cardiaque.

L'accélération cardiaque qu'on peut observer comme phénomène de début sous l'influence du nitrite d'amyle ne se montre d'ailleurs que dans certaines conditions bien déterminées; on peut avoir toutes les modifications du rythme compatibles avec des variations de pres^ sien. Mais, celte accélération exercée par le nitrite d'amyle ne se produit que sur un cœur normal comme rythme, c'est-à-dire lorsque le cœur n'est déjà pas accéléré au préalable. Par exemple, vous savez qu'à la suite de la section des pneumogastriques on constate une accélération notable des contractions cardiaques ; si, à ce moment, on fait inhaler du nitrite d'amyle à l'animal, le nombre des contractions cardiaques, étant déjà supérieur à la normale, ne se trouve pas accéléré de nouveau; mais, si l'on attend un certain temps que les contractions cardiaques soient revenues à leur rythme primitif, et qu'alors à ce moment on fctôse inhaler du nitrite d'amyle, on voit augmenter le nombre des contractions cardiaques. Il faut, par consé* qaent, que le cœur possède un rythme très voisin du rythme normal pour que l'accélération exercée par le nitrite d'amyle puisse se produire. D'autre part, des expériences dues à MM. François-Franck et

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