ASPHYXIE PAR LES ETHERS
moins graves à la suite de séjours prolongés dans une atmosphère plus ou moins confinée, dans laquelle des éthers de ce genre pourraient se répandre en assez grande quantité. Il y a longtemps déjà qu'on a cité des phénomènes de ce genre ; et le premier observateur qui ait attiré l'attention sur ces accidents est Chevallier qui, en 1865, publia dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale un certain nombre de faits rassemblés par lui et desquels il résultait qu'on pouvait se trouver quelquefois en présence d'accidents assez graves, voire de cas de mort, nécessitant l'intervention des médecins légistes. Il cite, entre autres, un cas de mort déterminée chez un officier d'Afrique, àMillianah, qui avait eu l'idée de faire garnir l'alcôve de la chambre dans laquelle il couchait de branches de laurier- rose en fleurs; cet officier fut trouvé mort le lendemain : il avait succombé à une asphyxie déterminée par l'état d'anesthésie profonde dans lequel l'avait plongé la substance odoriférante émise par le laurier-rose.
Un médecin, le docteur Larue de Barry, rapporte une auto-observation de laquelle il résulte qu'ayant laissé dans la chambre où il couchait un bouquet de jasmin qui n'était cependant pas très gros, il fut pris tout à coup, au milieu de la nuit, d'accidents assez graves; et il n'eut que le temps d'aller ouvrir rapidement une fenêtre pour échapper à une syncope qu'il sentait tout à fait imminente et qui aurait pu, comme celle du cas précédent, se terminer par la mort.
On connaît encore un certain nombre de faits, relatifs à des syncopes plus ou moins graves dues à la présence de bouquets de différentes fleurs conservés dans les chambres dans lesquelles on couchait. On cite une syncope, qui fcdllit être mortelle, survenue chez un garçon épicier ayant séjourné quelques heures seulement dans une chambre renfermant une caisse pleine d'oranges et de citrons : ce garçon avait couché accidentellement dans cette pièce et le len-» demain il fut trouvé par un camarade absolument privé de connaissance, dans un état d'asphyxie intense; et on eut beaucoup de peine à le rappeler à la vie.
Enfin Chevallier citait encore une syncope qui avait été très grave, survenue chez une femme ayant couché dans un fruitier, et pour laquelle, par conséquent, l'intervention du valérianate d'amyle, dont je parlais tout à l'heure, devait avoir joué le rôle prépondérant relativement à la production de la syncope.
PROTOXYOE D'AZOTE
Comme vous le voyez, Messieurs, tous ces faits sont assez importants pour qu'on en dise quelques mots. C'est à ce point de vue que j'ai attiré votre attention sur eux. Le mécanisme de la mort dans ces cas est celui de l'asphyxie simple, parce que c'est une syncope déterminée par l'inhalation continue des éthers en question; et cette syncope se termine par asphyxie si l'on n'intervient pas à plus ou moins rapide échéance.
PaoTOXYDE D*A.zoTE. — Pour terminer tout à fait la question des hypno-anesthésiques, il me reste à vous dire quelques mots d'une substance qui n'est peut-être pas très employée au point de vue médical, mais qui a cependant un grand intérêt au point de vue expérimental et à cause de son emploi dans l'art dentaire, je veux parler du protoxyde d'azote.
Comme vous le savez, c'est en 1776 que Priestley découvrit et isola le protoxyde d'azote qu'il appela gaz nitreux déphlogistiqué, parce qu'à celte époque il était encore question du phlogis tique.. 11 avait remarqué que ce gaz était capable de réaliser des combustions vives comme celles de l'oxygène lui-même qu'on appelait l'air déphlogistiqué.
C'est Davy qui, en 1799, fixa la composition du protoxyde d'azote et attira le premier l'attention sur les propriétés enivrantes et anesthésiques que possédait cette substance.
Voici un point qui intéresse encore la médecine légale et sur lequel j'appelle toute votre attention; il est très important que le protoxyde d'azote dont on se sert soit d'une pureté parfaite. Il est très facile et commun que ce protoxyde d'azote soit impur; et les impuretés qu'il peut renfermer sont capables d'amener des accidents graves. On connaît en effet un certain nombre de cas de mort dont, très probablement, l'issue fatale doit être attribuée à la présence de certaines impuretés contenues dans le protoxyde d'azote. De par son mode de préparation, ce. protoxyde d'azote peut renfermer, soit du bioxyde d'azote, soit des vapeurs nitreuses, de l'hypoazotide, soit des dérivés chlorés. Je n'ai pas besoin de faire ressortir l'action énei^ quement nocive de ces divers composés. Dans une expertise médicolégale relative à des accidents occasionnés par le protoxyde d'azote, la recherche de ces impuretés doit toujours être effectuée avec le plus grand soin.
Le protoxyde d'azote se dissout dans l'eau, volume pour volume,