‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 260 sur 406 · SUSCEPTIBILITE INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

SUSCEPTIBILITE INDIVIDUELLE

G est précisément en raison de Taction purement physique exercée sur les éléments anatomiques par le protoxyde d'azote, que le maintien prolongé de Tanestliésie est possible sans inconvénients pour l'organisme ; et c'est encore là un fait en faveur des avantages du protoxyde d'azote.

Quant aux phénomènes particuliers qui, au temps de Davy, avaient pu donner lieu à ces faits que je vous ai rapportés et qui avaient conduit à donner au protoxyde d'azote le nom de gaz hilarant, de gaz du paradis, ils doivent être évidemment interprétés d'une autre façon. Les travaux de tous ceux qui se sont occupés du protoxyde d'azote, aussi bien des chirurgiens que des dentistes, ont montré que la façon dont les individus réagissaient sous l'influence de cet anesthésique dépendait surtout de l'état de leurs cellules cérébrales. Je m'explique : lorsqu'un individu se présente à l'anesthésie par le protoxyde d'azote avec une confiance complète, avec une absence de crainte, avec des idées plutôt gaies — et c'était évidemment l'état dans lequel se trouvaient Davy et les individus sur lesquels il opérait, après leur avoir si bien vanté le paradis dans lequel ils allaient être transportés à la suite de l'inhalation, — toujours on observe l'exhilaration qui a été si renjarquée autrefois comme premier effet du protoxyde d'azote. Si, au contraire, on a affaire à des gens peureux, timides, craintifs, préoccupés, les phénomènes primitifs de l'hypno-anesthésie sont plutôt des phénomènes de dépression ; et nous voyons alors le protoxyde d'azote donner lieu à peu près aux mêmes phénomènes que ceux qu'il est de règle d'observer au début de l'anesthésie par le chloroforme ou par l'éther. Seulement, comme, je vous le disais tout à l'heure, l'action propre exercée par le protoxyde d'azote sur les cellules nerveuses est moins rapide, moins intense et moins durable que celle des autres anesthésiques; et, par conséquent, elle permet la dissociation de phénomènes qui sont au contraire masqués les uns par les autres quand on se sert de chloroforme ou d'éther. En d'autres termes, et cela est vrai d'ailleurs pour toutes les substances actives sur les cellules nerveuses du cerveau, la réaction de l'individu vis-à-vis de la substance active est, dans une certaine mesure, personnelle; et, comme je vous l'ai déjà fait remarquer à maintes reprises, le sujet fera, suivant une modalité qui lui est propre, son eynjwisonnement par la substance en question, comme il ferait sa syphilis, sa fièvre

Page 1