PROCÉDÉ DE DASTRE ET MORAT
de faire absorber des vapeurs de chloroforme, on s'aperçoit que Talcool favorise effectivement la rapidité de Faction du chloroforme, mais qu'il diminue dans une notable mesure la résistance vitale ; il semble, en quelque sorte, que l'action dystrophiante du chloroforme vienne s'ajouter à celle de l'alcool, et je crois qwe c'est là, en réalité, le seul avantage de cette méthode.
Procédé de Dastre et Morat. — J'en arrive maintenant à la dernière méthode, celle de MM. Dastre et Morat, qui consiste dans l'emploi simultané de l'atropine, de la morphine et du chloroforme. C'est à peu près, je crois, la seule qui soit employée maintenant comme méthode d'anesthésie mixte, ou tout au moins c'est de beaucoup la plus utilisée.
Je vous rappelais tout à l'heure que, dans les quatre formes principales d'accidents qu'on peut observer sous l'influence du chloroforme, c'est toujours l'excitation du système modérateur cardiaque, par la voie du pneumo-gastrique et du noyau bulbaire, qui constitue le péril de la chloroformisation chez l'animal aussi bien que chez l'homme : on peut en donner une démonstration très péremptoire en pratiquant sur un animal la section des vagues, ce qui est une opération inapplicable chez l'homme; mais on peut trouver dans l'emploi de l'atropine quelque chose qui équivaut à la section momentanée des vagues, car son emploi détruit l'excitabilité des filets cardiaques des pneumogastriques ainsi que de leur noyau bulbaire, et réalise, pendant une période de durée plus ou moins considérable, cette pseudosection des vagues, comme nous verrons bientôt que la cocaïnisation réalise également en quelque sorte la section transitoire d'un nerf sensitif ou moteur.
Mais, pour présenter tous ses avantages, l'emploi de l'atropine doit ôlre combiné avec celui de la morphine : en effet, lorsqu'on emploie l'atropine seule, loin d'amoindrir la période d'excitation du chloroforme, il semble qu'elle l'accroisse au moins en qualité, sinon en quantité. Cela peut s'expliquer par ce fait que la première action de l'atropine sur le système nerveux est de déterminer une excitabilité assez remarquable pour que les anciens aient cru devoir faire de la folie de la belladone un chapitre en quelque sorte particulier de la nosologie; dans ce cas, l'action de la morphine viendra contrebalancer cette action excitante de l'atropine, et c'est la raison de cette triade : atropine-morphine-chloroforme.