ACIDE CARBONIQUE
de Talteinte des vapeurs d'acide carbonique. Il avait remarqué qu'après avoir eu le corps tout entier plongé pendant un certain temps dans une cuve de levure de bière eu pleine activité, il avait éprouvé une sensation d'ébriété très nette, bientôt suivie d'une sensation d'engourdissement, de somnolence à laquelle il avait dû céder bientôt, et il avait fallu le soustraire à cette atmosphère au bout d'un certain temps.
D'ailleurs, dans ce même ouvrage, il rapportait l'observation d'un certain nombre d'individus qui, habitués à se passer complètement dans leur alimentation de toute liqueur alcoolique, éprouvaient, sous l'influence de l'ingestion d'eau de Seltz ou même d'une eau beaucoup moins chargée d'acide carbonique, voire d'une eau minérale naturelle, des phénomènes d'ébriété comparables à ceux éprouvés par les individus buvant de l'alcool. Vous savez du reste que les vins blancs mousseux, qui contiennent beaucoup d'acide carbonique, ont une action ébrieuse plus intense que celle des vins ordinaires.
Mais l'application de l'acide carbonique à la thérapeutique ne fut réalisée qu'en 1771 par Percival, médecin anglais, qui l'appliqua au traitement des ulcères et montra qu'en mettant des ulcères douloureux dans une atmosphère continue d'acide carbonique, on pouvait apaiser la douleur à tel point que les individus se trouvaient beaucoup mieux après ce traitement; et que même, paraît-il, les ulcères en éprouvaient, au bout d'un certain temps, une modification heureuse.
D'ailleurs, en 1794, à l'époque où Tlnstitut pneumatique de Beddœs florissait en Angleterre, Ingenhousz avait répété à l'aide de l'acide carbonique des expériences intéressantes : il avait montré, par exemple, qu'en enlevant l'épiderme à l'aide d'un vésicatoire et en mettant ainsi à nu la surface du derme, on éprouvait au bout d'un certain temps une douleur cuisante, que cette douleur disparaissait immédiatement lorsqu'on enfermait la partie dénudée dans une petite vessie dans laquelle on faisait passer un gaz inerte, comme l'hydrogène ou l'azote. Mais, ajoutait-il, le gaz qui donnait la sédation la plus remarquable de la douleur était l'acide carbonique. Enfin un autre médecin anglais, John Ewart, montra qu'on pouvait obtenir une analgésie très notable dans les cas de cancer du sein par ce même procédé des bains locaux d'acide carbonique.
Les expériences de Brown-Sequard ont montré d'autre part que
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raction d'un jel violent d'acide carbonique sur les muqueuses diges- Uves et aériennes, par exemple, était capable de déterminer une analgésie assez puissante. Ces observations ont été reprises et uLîHsées par Gellé, qui obtenait une analgésie très profonde du canal auditif et du tympan au moyen d'un jet d'acide carbonique. Enfin, à une époque très récente aussi, Broca avait utilisé l'action analgésianle de l'acide carbonique pour déterminer une modification très heureuse, mais surtout une sédation remarquable de la douleur, chez les individus atteints d'affections vésicales. Il faisait des injections diacide carbonique dans la vessie et il en tirait un excellent résultat.
Compression des tissus et des nerfs. — A côté de ces procédés, d'autres ont été utilisés qui ont donné quelquefois d'assez bons résultats, et auxquels on est encore bien heureux d'avoir recours quand on se trouve démuni d'autres moyens d'action, je veux parler de la compression des tissus et des nerfs.
11 était de règle, à un certain moment, lorsque les substances que nous allons étudier maintenant étaient encore inconnues, de revêtir le membre à amputer d'un lien circulaire au-dessus de la région à inciser; on obtenait ainsi une diminution très notable de la sensation douloureuse; et, dans les traités de chirurgie des xv* et xvi' siècles, l'usage du garrot est recommandé pour arriver à déterminer Tinsensibilisation du membre qu'on devait retrancher. Seulement ce procédé exposait à des risques de sphacèle assez fréquents; el Dosault, à la fin du siècle dernier, avait fait remarquer que la méthode du garrot est insuffisante pour remplir les vues de l'opérateur, c'est-à-dire pour obtenir une anesthésie efficace et, d'autre [fart, rjij elle peut être funeste pour le malade à cause des accidents de s[itiacèle qu'elle peut entraîner.
Un médecin anglais, Jacques Moore, cherchant à modifier cette comiM'ession généralisée, exerçait la compression à peu près exclusivement sur le trajet du tronc nerveux. Au moyen du tourniquet de Jeaa-Louis Petit, il pratiquait par exemple la compression du sciatij]iie s^ous la tubérosité de l'ischion; et il voyait qu'au bout de quatorze minutes de compression, le pied était tout à fait engourdi el pouvait subir des piqûres et des incisions assez profondes sans que lo sujet éprouvât de sensation douloureuse bien accentuée. Après trente minutes de cette compression, le pied, la jambe, le côté