PHENOMENES ACCOMPAGNANT LA REFRIGERATION
Weir-Mitchell s'était servi de glace, qu'il plaçait sur le trajet du cubital, au niveau du coude; il avait observé la production d'une douleur très vive dans le petit doigt et le côté interne du médius : après un certain temps, cette douleur cessait subitement, et, en même temps, il observait un engourdissement de toute la zone innervée par le cubital; la motilité disparaît la dernière au cours de ces modifications.
Puis, peu à peu, lorsque le réchauffement succède au refroidissement artificiel, on voit des phénomènes d'excitation succéder aux phénomènes initiaux de paralysie. A cette période de réchauffement, surtout lorsque le refroidissement a été un peu considérable, ou bien prolongé pendant un certain temps, on voit fréquemment survenir de l'affaiblissement des contractions cardiaques et même des syncopes.
Dans le cas où la réfrigération a été intense, par exemple si elle a été pratiquée en substituant à la glace un mélange réfrigérant — et ces phénomènes sont intéressants à connaître parce qu'ils vont nous fournir des règles à observer dans l'application de ces mélanges, — si la réfrigération a été intense, après plusieurs heures et même après plusieurs jours (Weir-Milchell a noté des accidents douze ou treize jours après ses expériences), on voit persister de l'hyperesthésie superficielle, caractérisée surtout par un engourdissement, des picotements et une perte plus ou moins notable des propriétés fonctionnelles, accompagnée d'une légère tuméfaction des tissus dans toute la région innervée par le nerf qui a été soumis à ce refroidissement intense.
Rosenthal, qui a repris ces expériences, rapporte à trois catégories différentes, correspondant aux signes fournis par la sensibilité, la motilité et la température, les phénomènes qui se succèdent lorsqu'on met un nerf en contact avec un mélange réfrigérant.
Tout d'abord, au point de vue des modifications de la sensibilité, il note une exaltation douloureuse des fonctions des fibres nerveuses sensitives, exaltation bientôt suivie d'engourdissement.
Au point de vue de la motricité, c'est d'abord une augmentation très notable des propriétés fonctionnelles des fibres motrices du nerf, augmentation telle, par exemple, qu'un courant électrique absolument incapable à l'état normal de déterminer des contractions dans les muscles placés sous la dépendance de ce nerf, devient
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capable Je produire des réactions musculaires sous Tinfluence de ce début du refroidissement. Puis, peu à peu, une diminution graduelle (le la réaction musculaire fait place à cette exaltation du début.
Enfin, :m point de vue de la température, il y a d'abord un faible alîaissrment thermique au début (la température baisse d'un degré au plus), et ensuite on observe une élévation de la température, qui devient d'autant plus considérable que la conductibilité nerveuse est [dus pin Fondement troublée. Cette élévation de température s'accompagne lî'iin degré notable de congestion.
Roscïilhal insiste sur le fait de la paralysie réflexe des nerfs sympathiques qui donne naissance à cette élévation de température à la suite du refroidissement artificiel; et il note l'analogie des phénomène^^ <>bservés avec ceux qui se produisent à la suite de la section du grand sympathique cervical. Voici, par exemple, des chiffres très intéressants qui résultent d'une de ses expériences, faites, comme celles de Weir-Mitchell, en plaçant un mélange réfrigérant sur le trajet ihi cubital : il constate que la température des derniers doigts dû h nKiin monte de 34^*4, température initiale, à 35°6; et que, pc^ndanl ce même temps, la température des autres doigts tombe de :ii"i a 2T1. Quand on laisse le mélange réfrigérant en contact avec le nerf pendant un temps trop considérable, on peut voir survenir un état granuleux de la myéline, qui ne forme plus une gaine régulière uuinnr du cylindraxe; mais ni le cylindraxe ni la gaine de Schwann rn> HiHit jamais altérés, même quand la congélation est complète. ijnainl la congélation n'est pas suffisante pour détruire complètemenL le tissu nerveux et que la période de réaction peut encore se [nodinre» on peut voir survenir des névrites et des périnévriles déterminées par des phénomènes inflammatoires qui ne sont que des manifestations de la période d'excitation précédant le retour de lorgam^ à l'état normal.
Sous l'influence du froid, on constate que l'irritabilité des vasomoteurs augmente dans une proportion notable; et il suffît, à un rerlain moment, quand cette irritabilité est très prononcée, de Trxei talion déterminée par une incision superficielle pour produire une constriction vasculaire et une ischémie consécutive : c'est précisément ce moment qu'il est convenable de choisir pour commencer une opération, parce qu'à l'action anesthésiante déjà déterminée par
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le froid, vient s'ajouter cette action vaso-constrictive et ischémiante qui facilite l'opération et réalise Téconomie du sang.
On a remarqué également ce fait, et l'observation en est due à M. Horwalh, que l'alcool ou la glycérine, refroidis à une température de — 5^ ou — lO"*, déterminaient l'analgésie sans occasionner de douleur préalable, comme celle occasionnée par l'application du mélange réfrigérant. Ce moyen de réfrigération laisserait intact le sens du toucher, en supprimant simplement la perception douloureuse. Il y a évidemment à tenir compte, dans ce cas, soit d'une action physique, de la part de l'alcool ou de la glycérine, action déshydratante par exemple, soit même d'une action chimique, qui vient encore s'ajouter à l'action physique déterminée par le froid.
Les mélanges réfrigérants qu'on peut employer sont assez variables ; on les a recommandés surtout dans certaines petites opérations comme, par exemple, celle de l'ongle incarné. Ces mélanges peuvent être obtenus dans un certain nombre de circonstances qu'il est bon de connaître.
Un mélange de glace pulvérisée et de sel marin, à parties égales, donne un abaissement de température de — 8^ à — 10® : ce même mélange additionné du cinquième de son poids de chlorhydrate d'ammoniaque, abaisse la température à — 16**.
Mais on peut obtenir des températures notablement inférieures à celles-là, quoiqu'en général l'abaissement à — 10** soit suffisant pour déterminer l'analgésie locale au moyen du froid. Cependant, comme il peut être utile d'avoir des mélanges réfrigérants à une température plus basse, je vous indiquerai les mélanges suivants, qui sont capables d'être mis en contact avec les organes sans exercer sur eux d'action chimique particulière. Je fais seulement abstraction ici de l'action, qu'on peut qualifier de caustique, exercée par les mélanges à température très basse.
Un mélange à parties égales d'eau et d'azotate d'ammoniaque, c'est-à-dire la simple dissolution d'une partie d'azotate dans une partie d'eau, donne un abaissement de température qui descend jusqu'à — 16<*.
Un mélange de 5 parties d'azotate de potasse, 5 parties de chlorhydrate d'ammoniaque et 16 parties d'eau, donne un abaissement de température de — 12**.