CHLORURE DE MÉTHYLE
tage considérable que ses vapeurs ne sont pas inflammables et sont à peu près sans inconvénients, et pour Topéré, et pour Topérateur.
On a cherché également à utiliser des liquides beaucoup plus volatils que ceux dont je viens de parler. L'idéal dans ce genre est réalisé par le chlorure de mélhyle, Téther méthylchlorhydrique, qui bout à environ 24** au-dessous de zéro, exactement à — 23°7. Ce gaz doit être obtenu à Tétat liquide par compression dans des siphons métalliques. L'augmentation de pression dans le siphon maintient le produit à l'état liquide, exactement comme la pression dans cet obus que vous voyez là maintient le protoxyde d'azote à l'état liquide à son intérieur.
Ce chlorure de méthyle a d'abord été utilisé pour obtenir une réaction congestive des parties sur lesquelles on le pulvérisait. En effet, comme je vous le disais tout à l'heure, lorsque la réfrigération est courte et rapide, la réaction est très intense. Or le chlorure de méthyle, grâce à sa prompte volatilisation, permet précisément de faire une réfrigération très intense pendant un espace de temps fort court et il lui succède alors une réaction non moins intense.
Les téguments deviennent pâles, tout de suite anémiés sous l'influence de l'action constrictive du froid ; puis, presque immédiatement, ils rougissent, deviennent hyperhémiés, congestionnés par suite de la dilatation vasculaire, réactionnelle.
C'est, comme vous le savez sans doute, M. le professeur Debove qui, le premier, a appliqué ce traitement des pulvérisations de chlorure de méthyle aux névralgies rebelles.
Le chlorure de méthyle avait déjà été employé en 1882 par Lailler à l'hôpital Saint-Louis pour obtenir l'insensibilisation locale et la destruction, par congélation, de certains tissus morbides. Il avait été appliqué également à l'analgésie locale par le professeur Le Dentu; et on avait remarqué que son énergie, le refroidissement intense qu'il permettait d'obtenir, rendaient son emploi délicat et quelquefois même dangereux. Il est en effet difficile, pour ne pas (lire impossible, de régler absolument l'emploi du jet de chlorure de mélhyle obtenu avec un siphon de ce genre. Quel que soit l'appareil régulateur à l'aide duquel s'ouvrent les robinets qui donnent issue au jet de gaz, il est presque impossible de le maintenir assez modéré, au moins pendant un certain temps, et sans obtenir un refroidisse-
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ment tel, qu'à sa suite il y a désorganisation des tissus et formation AVf^rarres.
A (10 point de vue, une très heureuse modification a été réalisée grâce à l'emploi d'un procédé dû à M. le docteur Bailly et qui est appelé sttjpage.
Ce procédé consiste dans l'application du chlorure de méthyle à Taide des appareils que je vous présente ici. Ces appareils sont formés, comme vous le voyez, par des tampons de différentes formes et de différentes grosseurs qui sont constitués par une masse de ouate sèche, non hydrophile, recouverte de bourre de soie. Ces tampons sont fixés dans des manches servant à les maintenir et à empêcher la uiain de celui qui les manie d'être gênée. On pulvérise à la surface de ces tampons du chlorure de méthyle contenu dans un récipient métallique. Lorsque l'abaissement de température de la rrrasse de ouate est jugée suffisante et que son enveloppe extérieure s'est comme givrée par suite de ce refroidissement, l'évaporation du chlorure de méthyle qui s'est condensé à la surface du tampon et le réchauffement de ce tampon durent un temps suffisamment long pour que, pendant une période de quinze à quarante-cinq minutes suivant l'épaisseur des bourdonnets de coton, on îiit un appareil très facilement maniable dont la température oscille entre — 20** et — 85°.
Le grand avantage de ces appareils c'est qu'on peut régler, beaucoTip [>lus facilement qu'avec le jet de vapeur du chlorure de méthyle, Tapplication du froid en un point déterminé. Une petite pince permet de prendre solidement ces tampons, de manière qu'une fois imprégnés de chlorure de méthyle on puisse les diriger sur les points qu'on veut refroidir artificiellement. Voici le dispositif qui permet également de soumettre ces tampons à l'action du jet de vapeur de chlorure de méthyle pendant un temps suffisant pour imprégner la ina^^se de coton, de manière que l'évaporation ne soit pas trop r!ï[iitle et que la source de froid puisse être utilisée pendant un temps siîFlîï^amment considérable.
Lorsque ces appareils sont simplement promenés sur la peau, on olilient, un refroidissement brusque et une stimulation consécutive intiHisiî.
Lorsque le contact persiste pendant quelques secondes, la sensibilité est émoussée; les parties qui ont été en contact avec les tampons
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prennent une pâleur cadavérique : mais cette insensibilité est encore suivie d'une période de congestion.
Si le contact est un peu plus prolongé Tanalgésie est complète. Enfin lorsque le contact est encore plus prolongé, c'est-à-dire lorsqu'il atteint 5, 6, 7, 10 secondes, au maximum, on voit se produire une coloration brune de Tépiderme, coloration qui persiste pendant plusieurs semaines sans qu'il y ait d'autres signes dé désorganisation. Mais, c'est ici la limite extrême de l'application du stypage; au delà commence la désorganisation des tissus.
La gradation de ces phénomènes est d'ailleurs assez régulière et lente pour qu'on puisse très facilement, à volonté, obtenir les quatre stades que je viens de vous énoncer.
Outre ses usages pour la réalisation de l'analgésie locale, ce mode d'emploi du chlorure de méthyle, le stypage, a été appliqué au traitement des névralgies, au traitement du rhumatisme musculaire et de diverses autres affections.
Qu'on se serve du chlorure de méthyle en pulvérisations, ou du stypage, il est un point important à observer dans la pratique, c'est la siccité parfaite de la région sur laquelle on va porter le jet de chlorure de méthyle ou l'appareil de stypage ; et cela afin d'éviter la formation de glaçons et les adhérences qui en résultent. Lorsqu'on veut faire du stypage sur une muqueuse, il est nécessaire, pour éviter la formation de ces glaçons et l'arrachement de l'épithélium de la muqueuse, d'interposer, sous la bourre de ouate, un morceau d'étoffe de soie fine qui permet cependant une réfrigération assez intense pour déterminer l'analgésie.
Enfin, on peut réaliser le mouillage du tampon, soit au moyen d'un jet de chlorure de méthyle, soit en versant directement le chlorure de méthyle sur le tampon : on peut encore faire usage d'un appareil que voici, le Thermo-isolateur à vide sec de d'Arsonval; cet appareil permet de conserver quelque temps le chlorure de mélhyle liquéfié comnne un liquide fixe à la température ambiante et de le manier facilement. Il se compose de deux tubes concentriques dans l'espace annulaire desquels on a fait le vide avec la machine à mercure. Les tubes ont été soudés après le vide fait, de sorte que le gaz liquéfié contenu dans le tube intérieur est séparé de l'atmosphère ambiante par un espace vide très mauvais conducteur de la chaleur. Si nous venons à mettre dans le tube central un liquide facilement volatil,
iU PROCÉDÉ DE RÉFRIGÉRATION INDIRECTE
comme du chlorure de méthyle, il restera liquide pendant un temps très sufQîïamment considérable pour permettre de mouiller de petits appareils comme ceux-ci, en les trempant simplement dans le tube, et d*arTÎver à en imprégner les bourres de coton, de manière à réaliser le stypage comme je l'indiquais tout à Theure.
M. Galippe a proposé de saturer Téther ordinaire par du chlorure de métliylc gazeux, de façon à augmenter dans une notable mesure sa Yolalilité. C'est un procédé qui serait, en quelque sorte, intermédiaire entre l'emploi de Téther et celui du chlorure de méthyle et détermine mit une réfrigération plus considérable que celle produite par la simple volatilisation de Téther ordinaire et moins intense que celle produite par la volatilisation du chlorure de méthyle.
Enfin un procédé, appelé Procédé de réfrigération indirecte de Lesaer, coEisiste à refroidir, par l'emploi des mélanges réfrigérants ou par Vévaporation d'un liquide volatil, des plaques d'un métal bon conducteur qui sont ensuite mises au contact de la région à anes- Ihésier.
Pour réaliser ce procédé, Lesser avait imaginé des récipients de nickel de formes différentes; il leur avait donné une surface convexe d'un côté, concave de l'autre, de façon à pouvoir leur faire épouser exacteniciïl la forme des doigts, des bras, de certaines tumeurs, des aisselles, îles cavités, etc. 11 recommande d'employer l'appareil préalablement refroidi, et après avoir fait usage de la bande d'Esmarch pour réduire la circulation au minimum. C'est là un procédé supérieur à celui de la réfrigération par pulvérisation directe, mais certainement bien inférieur au stypage.
Enfin, Messieurs, pour terminer ce qui a trait aux procédés physitiues cl mécaniques d'analgésie, je vous citerai un produit qui commence maintenant à être fort employé : c'est le chlorure d'éthylc.
Le cfi lot lire d'élhyle bout à une température de beaucoup supérieure à celle du chlorure de méthyle; son point d'ébullilion est à l i'' au dessus de zéro, alors que le chlorure de méthyle bout à 24* au-dessous de zéro. Par conséquent, au point de vue de la réfrigération, c'est un produit de beaucoup inférieur.
Mais si le chloiVure d'éthyle est inférieur au chlorure de méthyle, qua[it àlaliaissement de température qu'il peut donner par volatilisation, il lui est supérieur, d'un autre côté, parce que son maniement est plus facile, et surtout parce qu'il est plus commode à régler,
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quant à rabaissement de température obtenu, que le chlorure de mélhyle.
Ce chlorure d'éthyle se prépare maintenant d'une façon courante. Son point d'ébullition de il** fait que, pendant les chaleurs de Tété, il se volatilise; mais on le recueille dans des petites ampoules comme celles-ci, qui contiennent une dizaine de grammes de chlorure d'éthyle : une faible augmentation de pression suffit pour le maintenir à Tétat liquide. La simple évaporation à Tair libre du chlorure d elhyle peut déterminer un abaissement de température de — 25* à — 30"*. C'est donc plus que suffisant pour obtenir des effets analgésiques. Il permet également de remplacer des instruments compliqués, à la condition de tenir Torifice du jet de l'appareil dont on fait usage à une distance variant de 15 à 25 centimètres de la surface à analgésier, afin que le liquide soit entièrement vaporisé et ne mouille que le point à insensibiliser.
Pour le chlorure d'éthyle comme pour les autres jets de vapeur réfrigérante, si Ton craint de disséminer par trop la substance liquide et de déterminer la réfrigération ou l'analgésie en dehors des points sur lesquels on a intérêt à les faire porter, il suffit d'envelopper la partie qu'on veut analgésier d'une couronne protectrice de ouate non hydrophile, de manière à mettre à l'abri du jet de vapeur la partie sur laquelle on ne veut pas opérer.
Mais voici ce qui fait que l'emploi du chlorure d'éthyle est particulièrement commode; c'est qu'aux petites ampoules fermées à la lampe dont je parlais tout à l'heure, on a substitué des ampoules ayant une fermeture métallique, garnie par une lame de plomb qui fait une obturation suffisante pour empêcher la vaporisation continue du liquide et qui laisse, lorsque l'appareil est débouché, un orifice capillaire à travers lequel se fait très facilement la vaporisation de ce liquide. Voici une de ces ampoules ouvertes. En la plaçant horizontalement, la chaleur de la main suffit à déterminer la formation d'un jet de vapeur très visible et facile à diriger.
Ce jet, dirigé à une dislance de 15 à 25 centimètres sur le point dont on veut obtenir l'analgésie, détermine d'abord l'apparition d'une tache blanche sur la peau ou les muqueuses : cette tache indique que l'analgésie est effective. Cette analgésie est superficielle ; le plan sous-jacent y participe à peine : elle dure environ deux minu tes et peut être prolongée à l'aide de pulvérisations intermittentes.
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Ces petits appareils sont fermés par un bouchon en métal, garni d'une lamelle de plomb qu'un bouton relié à une tige à pas de vis fin, mobile dans un écrou, vient appliquer plus ou moins fortement sur l'orifice de Tampoule, ce qui donne une fermeture suffisante pour qu'on puisse facilement les manier, les transporter. On a ainsi toujours àous la main une substance fortement réfrigérante et capable de permettre de réaliser l'analgésie locale.
Dans ces derniers temps, M. Bardet a eu l'idée de perfectionner, si l'on peut ainsi dire, l'action analgésiante de ce chlorure d'éthyle en y faisant dissoudre des substances analgésiantes par elles-mêmes, de la cocaïne ou de l'eucaïne, par exemple.
Le tube que voici est précisément un tube dans lequel une certaine quantité d'eucaïne est en dissolution dans le chlorure d'éthyle. En dissolvant dans le chlorure d'éthyle soit du chlorhydrate de cocaïne, soit du chlorhydrate d'eucaïne, on arrive à un résultat de beaucoup supérieur à celui obtenu par la simple vaporisation du jet de chlorure d'éthyle. En effet, dans ce cas, l'action de la cocaïne ou de l'eucaïne vient s'ajouter à l'action analgésiante du chlorure d'éthyle; et, de plus, le jet de chlorure d'éthyle, produisant en quelque sorte l'effraction de la partie sur laquelle on le fait porter et dissolvant la matière grasse à la surface de la peau, permet la pénétration de la cocaïne ou de l'eucaïne à une certaine profondeur : il est de fait qu'on obtient, avec la pulvérisation de ce chlorure d'éthyle cocaïne ou eucaïné, une analgésie plus intense et pénétrant à une plus grande profondeur que celle produite par la seule pulvérisation du jet de chlorure d'éthyle, ou môme du chlorure de méthyle.
Enfin, j'ajouterai qu'on peut pratiquer le stypage à l'aide soit du chlorure d'éthyle seul, soit du chlorure d'éthyle cocaïne ou eucaïné. L'analgésie réalisée par ces moyens a donné d'excellents résultats dans le traitement des abcès cutanés, des furoncles, des kystes sébacés, des panaris, de toutes les affections cutanées nécessitant une intervention chirurgicale. L'analgésie superficielle peut, en outre, servir de préparation, ouvrir la voie aux injections profondes, pratiquées avec les analgésiques m édicamenteux que nous étudierons prochainement.
Il y aurait peut-être, cependant, une restriction à faire au point de vue de ce chlorure d'éthyle additionné de chlorhydrate de cocaïne
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OU de chlorhydrate d'eucaïne, ce serait de savoir si l'absorption, par les voies circulatoires, de la cocaïne ou de Teucaïne n'est pas favorisée dans une certaine mesure; cela me paraît assez probable. Jusqu'ici, nous n'avons étudié que les analgésiques mécaniques ou physiques; nous allons maintenant aborder l'étude des analgésiques médicamenteux et nous allons avoir à nous occuper des accidents qui peuvent résulter de la mise en circulation dans l'organisme de la cocaïne et de l'eucaïne. Comme nous allons le voir, ces analgésiques médicamenteux permettent de réaliser des opérations qui seraient absolument impraticables avec les seuls moyens que nous venons de passer en revue.