‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 285 sur 406 · XIX« LEÇON · texte numérisé non relu

XIX« LEÇON

EMPLOI DES SUBSTANCES MÉDICAMENTEUSES POUR RÉA LISER UANALGÉSIE LOC A LISÉE. — TECHNIQUE DES PRO CÉOÈS UTILISANT LA COCAÏNE.

En présence des résultats, sinon incerlains, du moins fort inconstantsj qu'on pouvait obtenir par les procédés d'insensibilisation locale f[ue nous avons étudiés dans notre dernière réunion, il était tout naturel qu'on cherchât, par Temploi de quelques substances nicJicameiileuses, à réaliser une analgésie que les procédés de réfrigération divers que nous avons passés en revue, ou bien l'emploi de gaz înt'rles, comme l'acide carbonique, ne permettaient pas d'amener à un degVL^ suffisant pour qu'on pût, à leur aide, pratiquer des opérations (lune certaine importance.

Depnis un certain temps déjà, on avait remarqué que plusieurs substances actives de végétaux, alcaloïdes ou glucosides, étaient capables de déterminer, par suite de leur action sur les terminaisons nerveuses, une analgésie plus ou moins complète; et l'on songea à uliliser celle propriété. C'est ainsi qu'un alcaloïde trouvé dans le liuldu, la boldine; la gelsémine, le principe actif du gelsemium sempenirens; la piscidine, le principe actif du piscidia erythrina; ]'alropiu€ et môme toutes les tropéines, c'est-à-dire tous les alcaloïdes lires des différentes solanées vireuses du genre Atropa, ont été reconnues comme capables de déterminer, dans une certaine mesure, une analgésie plus ou moins prolongée. Cette propriété est encore beaucoup plus développée dans certaines substances, la cocaïne entre autres, et dans certains produits artificiels qu'on a oblenus dans ces dernières années et dont l'eucaïne est le plus important. Certains glucosides comme, par exemple, l'ouabaïne, la struplmnline, la boldoglucine, ont été de même reconnus capables

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de délerminer une analgésie plus ou moins intense; et, si les substances dont je viens de parler, notamment Touabaïne et la strophantine, dont l'action analgésianle est des plus évidentes, ont été laissées de côté, c'est parce que cette action analgésiante s'accompagne toujours d'une action toxique générale plus ou moins accentuée, et que leur activité toxique est telle qu'elle dépasse de beaucoup l'action analgésiante qu'on a intérêt à obtenir. On a été, par conséquent, obligé de laisser de côté ces substances, qui ne sont utilisées, vous le savez, qu'à titre de médicaments cardiaques.

Je ferai une remarque du même genre au sujet de ces substances que nous avons étudiées l'an dernier comme succédanés, dans une certaine mesure, des modificateurs- de la circulation ; je veux parler des différentes variétés de saponines*, qui, elles, possèdent une action analgésiante extrêmement remarquable. Mais cette action analgésiante s'obtient au moyen d'un mécanisme particulier. C'est par suite d'une action chimique spéciale, exercée sur les éléments anatomiques par les différentes variétés de saponines, que cette analgésie s'obtient. L'action des saponines se rapproche, en effet, beaucoup de l'action d'un grand nombre de substances minérales ou organiques qui ne produisent l'insensibilisation qu'en déterminant une modification plus ou moins considérable, parfois très fâcheuse, des éléments anatomiques au contact desquels elles se trouvent. Sous ce rapport, je vous rappelle que nous avons trouvé aux différentes variétés de saponines une action nécrosante extrêmement intense qui permet, précisément, de se rendre compte de leur action analgésiante.

Un certain nombre de substances avaient encore été reconnues comme capables de déterminer l'analgésie par un mécanisme particulier ; c'est ainsi que le chlore et le brome à l'état de gaz, le sulfate ou le bromure d'ammonium, le bromure de potassium, le perchlorure de fer, l'acétate de plomb, l'hydroquinone, la résorcine, l'antipyrine, la térébenthine, l'eucalyptol, l'huile essentielle de camomille, les différents phénols, produisent, lorsqu'on les injecte au sein d'un tissu, une analgésie plus ou moins intense, grâce précisément aux modifications physico-chimiques que les éléments anatomiques au contact desquels se trouvent ces substances arrivent à subir; et, au

!. SaLLE ET Saponaires, leçon publiée dans le Bulletin général de thérapeutique, l. CXXXV, 1898, p. 103.

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IjouL d*un certain temps, en général très court, la région dans laquelle a été injectée Tune de ces substances est devenue plus ou moins cuiu platement insensible.

Mais tous ces composés produisent, en définitive, ce qu'on a ap[)êlé Yanalgcsie douloureuse^ c'est-à-dire une analgésie plus ou itioins durable, précédée d'abord d'une période de douleur, souvent extrêmement accentuée, à laquelle fait suite l'hyperhémie, lorsque raciion dont je parlais tout à l'heure sur les éléments anatomiques u'u (tas été suffisamment intense pour déterminer leur destruction ou leur mortification.

A côté de ces substances, on avait remarqué également d'autres jiroJuits utilisés en thérapeutique, dont l'action permettait, dans une certaine mesure, d'arriver à une stupéfaction du système nerveux central, stupéfaction dont la narcotisation déterminée par les principes actifs de l'opium, et surtout la morphine, constitue l'exemple le plus frappant.

Lrjrsque j'ai retracé très rapidement devant vous l'histoire de 1 'aii(*âtliésie et des substances hypno-anesthésiques, je vous ai fait un tableau suffisant, quoique succinct, de l'emploi de ces narcotiques pour n'avoir pas à y revenir ici. Le type de ces médicaments serait la luorptiine, ou plutôt l'opium, et l'on pourrait y comprendre égalenieul les préparations de belladone et de ciguë. Mais dans tous ces cas, on arrive seulement à un engourdissement, à une stupéfaction du système nerveux central; la douleur n'est pas empêchée, c'est la réceptivité, la perception qui est abolie dans une certaine mesure; et encore n'arrive-t-on à ce résultat qu'à la condition de faire usage de doses véritablement énormes des substances médicamenteuses, et on s'expose presque sûrement à déterminer des accidents toxiques, la stupéfaction du système nerveux central n'étant autre chose qu'une des manifestations toxiques des substances dont je viens de parler.

D'autre part, les circonstances dans lesquelles on cherche à obtenir l'analgésie sont fort différentes. Autant il est logique d'avoûr recoiirvS à un stupéfiant, à un narcotique, comme l'opium, la belladone ou la ciguë, lorsqu'il s'agit de faire supporter, en l'atténuant, à un individu qui souffre, une période de douleur plus ou moins inlenâo, à mettre son système nerveux en état de moindre réceptivité [10 ur cette douleur; autant il est illogique de commencer par là

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lorsque le chirurgien se trouve dans Tobligation de déterminer, pour exécuter une opération, une douleur qui sera nécessairement locale et dont il a le devoir, en quelque sorte, de chercher Taltcnuation par un procédé également local.

Eh bien, Messieurs, à ce point de vue, aucune substance, incontestablement, ne possède des propriétés supérieures à Talcaloïde de la coca, la cocaïne. C'est Tun des rares, peut-on dire, sinon le seul analgésique local spécifique qu'il soit rationnel d'employer maintenant. Nous verrons plus tard qu'il y a peut-être une restriction à faire en faveur d'un des succédanés de la cocaïne qui a été lancé dans la pratique médicale depuis deux ans à peine : je veux parler d'une eucaïne que nous étudierons en faisant l'histoire de ces succédanés de la cocaïne.

On connaît bien d'autres substances, comme le gaïacol par exemple, qui sont capables de déterminer des effets analgésiques plus ou moins intenses lorsqu'on les met au contact des tissus. Mais en même temps que ces effets analgésiques, on observe toujours des effets altérants, dans le sens grammatical et thérapeutique du mot, c'est-à-dire des effets d'action modifiante sur les éléments anatomiques, plus ou moins analogues à l'action nécrosante dont je vous parlais tout à l'heure à propos des saponines.

De plus, ces substances diffusant facilement dans les vaisseaux, circulent dans l'organisme, et alors on se trouve exposé à tous les accidents ou inconvénients qu'elles peuvent déterminer. D'autre part, on a signalé pour plusieurs d'entre elles une action tout à fait spéciale qu'elles exerceraient sur les leucocytes, et on a même voulu faire de cette action le point de départ d'une explication de leur action analgésiante en partant de ce fait que, sous Tinfluence de ces substances — je parle ici aussi bien des anesthésiques généraux que des analgésiques locaux, — les leucocytes devenaient sphériques, augmentaient de volume d'une façon assez sensible et déterminaient l'arrêt plus ou moins accentué de la circulation des hématies dans les capillaires, ce que viendrait encore aider l'influence vaso-constrictive déterminée par certaines de ces substances médicamenteuses. La production de l'action analgésique dériverait ainsi de cette ischémie d'origine mécanique. Cette interprétation, due à M. E. Maurel, me semble vraiment bien insuffisante et, dans tous les cas, difficilement applicable aux agents qui produi-

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