PREMIERES TENTATIVES D ANESTHÉSIE
vue-là que je veux l'envisager, — mais une question très instructive au point de vue de la philosophie de la science, c'est l'historique de l'emploi de ces substances. Il est intéressant de s'y arrêter un peu; cela nous évitera d'ailleurs d'y revenir à propos de chacune de ces substances en particulier. Nous allons donc aujourd'hui, si vous le voulez bien, nous occuper de la façon suivant laquelle les hypnoanesthésiques et les hypnotiques se sont peu à peu introduits dans la thérapeutique.
Aussi loin qu'on puisse remonter, on a toujours trouvé la trace d'un désir, d'une tentative de la part des médecins ou des chirurgiens pour essayer d'éviter la douleur pendant les opérations.
Les premiers points de repère à ce sujet doivent être, suivant l'expression classique, recherchés dans la nuit des temps. Sans vouloir m*étendre sur des faits qui ne présentent en somme qu'un intérêt assez éloigné relativement à la question qui nous occupe, je me bornerai à vous rappeler que les prêtres des différentes religions cherchaient à impressionner les masses en se livrant devant elles à des exercices impossibles à répéter par le commun des mortels.
C'est ainsi par exemple que dans les livres Parsis on nous représente Zoroastre comme capable d'étendre ses membres sur le feu, sans paraître en souffrir tout au moins, et imposer ainsi son caractère de divinité, en quelque sorte, au peuple. Le Talmud nous rapporte des récits non moins fabuleux, et s'il faut, dans tous ces faits, attribuer une très grande part à la crédulité populaire, à la supercherie même, il n'en est pas moins vrai que dans des temps beaucoup plus rapprochés de nous, et même de nos jours, il n'est pas rare de voir des circonstances dans lesquelles certains individus sont capables de supporter des phénomènes, en apparence extrêmement offensifs, sans manifester la moindre douleur.
A une époque beaucoup plus rapprochée de nous, alors que la névrose hystérique n'était pas connue au point où l'ont amenée les travaux de Charcot et de son école, lorsque les prétendus exorcistes exerçaient leur ministère dans les campagnes et dans les villes, on savait très bien qu'il existait certains individus ayant la possibilité de résister aux tortures les plus extraordinaires et paraissant n'en souffrir en aucune façon. C'était là ce que les exorcistes appelaient le charme de taciturnité. Et pour vous rappeler un fait intéressant au point de vue des applications médicales, le chirurgien expert qui
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accompagnait toujours Texorcisle dans ce cas était chargé de rechercher sur les individus ce qu'on appelait le t Sigiilum diaboli », c'està-dire le point anesthésique qui était, dans ce temps-là, la preuve que rindividu qu'on mettait à la torture était possédé du démon.
Nous savons maintenant que ce Sigiilum diaboli peut se rencontrer assez facilement sur un certain nombre d'individus, qu'il n'est rien autre chose, en somme, qu'une manifestation d'une névrose particulière, de la névrose hystérique, qui est très bien connue depuis les beaux travaux de l'école de la Salpétrière. C'est à des phénomènes de ce genre qu'il faut rapporter toutes les histoires plus ou moins fabuleuses, plus ou moins incroyables au premier abord, qui sont relatées dans les auteurs, surtout entre les xv® et xvu* siècles.
Mais, Messieurs, au point de vue qui nous intéresse, au point de vue de l'hypno-anesthésie, on a pu utiliser dans une certaine mesure des phénomènes de ce genre ; et, pour ne plus avoir à revenir sur ce point, laissez-moi vous rappeler le fait qui est relatif à l'opération pratiquée par Cloquet en 1829, opération dont vous pourrez lire tous les très curieux détails dans le Bulletin de la société de Chirurgie, et consistant en une ablation des seins qui fut pratiquée sur une femme endormie par un procédé se rapprochant du procédé employé à ce moment par Mesmer.
Biçn mieux, en Angleterre, à partir de 1841, Braid, de Manchester, essaya, alors qu'on ne connaissait pas encore le maniement des hypnotiques, d'employer ces procédés et de transformer cette pratique en la rendant applicable aux opérations chirurgicales. L'un des premiers, il fit de l'hypno-anesthésie par la méthode qui porta son nom pendant un certain temps et fut connue sous le nom de Braidisme. C'était en faisant contempler aux individus qui étaient susceptibles de tomber dans ce sommeil hynotique (car vous savez que cet état n'est pas possible à réaliser chez tous les individus), c'était en leur faisant contempler des objets brillants qu'il arrivait à anéantir suffisamment non seulement leur volonté, mais encore leur sensibilité, afin de pouvoir effectuer sur eux des opérations plus ou moins douloureuses. Il fut suivi dans cette voie par un certain nombre de chirurgiens; et, à une époque déjà assez éloignée de celle-là, en décembre 1859, Broca, qui ignorait les travaux de Braid, crut avoir retrouvé dans l'emploi de procédés analogues un moyen anesthésique très supérieur aux médicaments connus alors et incapable