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LA COCAÏNE AGIT SUR TOUS LES TISSUS

proprement dite de la cocaïne, vous allez voir qu'un coup d'œil d'ensemble sur les propriétés les plus importantes, celles qui se manifestent à nous le plus facilement, au point de vue de Taction physiologique, va nous permettre précisément d'interpréter Faction analgésiante si intense exercée par la cocaïne.

Tout d'abord, l'action paralysante de la cocaïne n'a absolument rien de spécifique sur les terminaisons nerveuses, comme on l'avait admis à un moment donné; on avait cru que la cocaïne exergait son action, exclusivement, sur les terminaisons nerveuses sensitives, que les terminaisons motrices n étaient en aucune façon touchées, et on avait traduit cette interprétation par une image qui, comme beaucoup de figures de rhétorique, n'était pas exacte; on avait appelé la cocaïne un curare sensitif; c'est une expression pittoresque, jusqu'à un certain point, mais absolument dépourvue de vérité.

Ce qui est vrai, c'est que la cocaïne suspend l'activité de tous les éléments vivants au contact desquels on la met à dose suffisante; c'est un véritable poison protoplasmique : toutes les variétés de protoplasma sont touchées par la cocaïne à la condition, comme je viens de le dire, que cette cocaïne agisse sur ce protoplasma, quel qu'il soit, à une dose et à un degré de dilution suffisants. On peut dire que c^est un poison paralysant banal, aussi bien des terminaisons nerveuses motrices que des terminaisons nerveuses sensitives, aussi bien des nerfs périphériques de toute catégorie que des centres nerveux, aussi bien des éléments musculaires que des éléments glandulaires, aussi bien des cellules épithéliales vibratiles que des leucocytes; enfin pour ce qui regarde le protoplasma végétal, la cocaïne est un poison de toutes les cellules, de tous les microbes, de tout ce que vous pouvez imaginer de vivant.

Sous l'influence de la cocaïne mise au contact d'un tronc nerveux, ainsi que Ta démontré M. François-Franck dans une série de recherches extrêmement précises, comme tous les travaux qui sortent de son laboratoire, on peut obtenir une section physiologique progressive et transitoire des nerfs en déterminant une véritable action paralysante locale; un cordon nerveux quelconque, qu'il soit centripète ou centrifuge, qu'il appartienne au système cérébro-spinal, ou bien au sympathique, peut être fonctionnellement sectionné, dans une zone très limitée, par une application locale de 5 à 10 milligrammes de cocaïne suivant, bien entendu, le volume du nerf et le mode

d'application. Cette action suspensive locale peut s'observer très bien même sur les nerfs moteurs et sur les nerfs exclusivement moteurs, et c'est François-Franck qui en a donné le premier la preuve en montrant que, chez le chien, par exemple, le phrénique pouvait être inhibé par Ta cocaïne et empêcher tout mouvement du diaphragme. Cette paralysie que produit ainsi le contact d'une solution de cocaïne avec le tronc nerveux s'établit progressivement; elle survient très rapidement lorsque la cocaïne est introduite par voie d'injection interstitielle dans la gaine celluleuse, mais il faut avoir soin

Fiff. 30. - Courbe schématique des variations locales d'excitabilité d*nn nerf au niveau de la zone cocaïnée par injection interstitielle.

I^ niveau normal N N des r«'»artions produites par des excitations induites faibles, mais safrisante^. est dêjjassé {n h) pondant la période initiale, très courte, de l'imprécrnation : la cocaïne se comporte d'abord comme un erritnnt Inral. L'excitabilité revient ensuit© plus rapidement \bc) au niveau normal au-dessous duquel elle descend très vite (c d) pour tomber à zéro (0 0) pendant une période [de] qui dure, en moyenne, de 30 à 50 minutes pour une eocaïnisation modérée. — Le retour do rovcitabilité s'opère ensuite (c f] plus ou moins rapidement, ii mesure que le poison paralysant est résorbé. Quanti l'excès de cocaïne a disparu et que le nerf n'e^i i»lus imprégné que par une faible dose jouant le rôle d'excitant, comme au début de l'ai'tion croissante, on peut saisir une pha.se très courte d'hypcrexcitabilité [ffj) après laquelle (7 h) le niveau normal N N est regagné d'une façon définitive. [(îraphique du à M. François-Franck et extrait dos Archivet tir physiologie.]

de ne pas déterminer de traumatisme des tubes nerveux; c'est pour cela que tout à l'heure, au point de vue de la pratique de la chirurgie, j'insistais sur ce point; c'est extrêmement difficile. Cela n'a que peu d'importance quand l'on fait de la physiologie expérimentale ; on en est quitte, si l'on a un accident, pour recommencer son expérience, mais il en est autrement dans la pratique chirurgicale. Celle action paralysante se produit aussi, mais avec lenteur, lorsqu'au lieu de faire l'injection dans la gaine celluleuse, on fait simplement un enveloppement du nerf dans de la ouate hydrophile imbibée d'une solution de cocaïne; on observe alors une perte de la conductibilité nerveuse, et cela à la suite d'une très courte période d'excitation (voir fig. 30) : cette perte de conductibilité s'accuse alors, au Tpoinl

de vue périphérique, par Tapparition graduelle de modificatioas fonctionnelles résultant de Tisolement des organes périphériques innervés. C'est ainsi, par exemple, que si, comme je vous le disais tout à Theure, on fait une injection dans la gaine celluleuse des phréniques, ou si Ton enveloppe les deux phréniques d'un chien avec un peu d'ouate hydrophile imprégnée d'une solution de chlorhydrate de cocaïne, on voit cesser peu à peu les contractions du diaphragme, par suite de la disparition des propriétés fonctionnelles du nerf ainsi mis au contact de la cocaïne.

La perle d'activité est complète, comme Ta montré François- Franck, et cela, dans les deux sens; elle équivaut véritablement à une section, et elle s'étend environ à un ou deux centimètres au maximum au-dessus et au-dessous de la zone cocaïnisée, toutes précautions étant prises, iien entendu, pour éviter la diffusion, l'imbibition qui pourrait se faire des tissus avoisinants. Cet isolement du nerf, ce résultat que François-Franck a très bien caractérisé au point de vue expérimental par la dénommation de section physiologique^ persiste pendant un temps variable, bien entendu, avec la dose de cocaïne; puis, la restitution à l'état primitif, à l'état normal, se fait graduellement; et cela, après une phase très courte d'augmentation de l'excitabilité, phase qui est, dans la période de retour, à peu près équivalente à ce qu'est, au début, la période d'excitation (voir fig. 30).

La réparation est parfaitement complète, absolue; il ne reste véritablement pas la moindre trace de l'action de la cocaïne sur le nerf, et François-Franck part de là pour en conclure qu'il ne s'agit pas d'une combinaison fixe entre le protoplasma et la cocaïne, pas plus que d'une altération histologique des centres nerveux; c'est une véritable action de contact, une action physico-chimique, peut-être même simplement une action mécanique.

Au point de vue de l'expérimentation, le principal avantage de cette section physiologique consiste surtout dans ce fait qu'on peut obtenir la survie des animaux sur lesquels on a pratiqué une opération de ce genre, et qu'on peut recommencer cette opération dans des conditions absolument identiques. La cocaïnisation locale peut donc, comme Ta fait ressortir François-Franck, être utilisée dans tous les cas où la section était nécessaire; et cela, quel que soit le nerf sur lequel on veuille agir, et sans que l'animal sur lequel on opère soit

définitivement sacrifié. Enfin, au point de vue de la chirurgie humaine, elle a tous les avantages que nous venons de voir tout à Theure : la possibilité d'opérer une région qui est absolument dépourvue de sensibilité, et même de mouvement jusqu'à un certaia point, puisque Faction motrice elle-même est éteinte sous Tinfluence de la cocaïne. Mais, pour tirer le meilleur parti de la cocaïne au point de vue de son application à la physiologie opératoire, il est nécessaire de réaliser certaines conditions qui, si elles sont différentes, comme cela semble évident a priori^ des conditions dans lesquelles on peut se trouver au point de vue de la pratique chirurgicale, n*en sont pas moins intéressantes parce qu'elles montrent comment on a pa arriver à établir la technique des opérations chirurgicales, en se basant sur les résultats de cette technique physiologique et de Texpérimentation sur les animaux.

La dose doit être suffisante pour paralyser localement le nerf et insuffisante pour provoquer des troubles généraux à la suite de son absorption : c'est là, également, l'idéal de l'emploi au point de vue de la chirurgie. Eh bien, un fait que l'expérimentation physiologique seule pouvait apprendre, et qui a une importance considérable au point de vue de l'application à la chirurgie humaine, c'est celui-ci : la quantité de cocaïne nécessaire pour obtenir cette action inhibitrice sur le nerf ne varie pas suivant la taille des sujets, comme on pourrait se l'imaginer au premier abord; elle est différente par exemple chez le cobaye, chez le chien, chez la grenouille; mais elle varie étroitement suivant le volume et la consistance des tissus nerveux. C'est pour cela, précisément, que, dans les méthodes comme celle de Schleich, où l'on emploie une quantité relativement faible de cocaïne, on est obligé d'en venir, comme je vous le disais précédemment, à une anesthésie partielle des troncs nerveux qu'on rencontre avec une solution phéniquée à 5 p. 100, afin d'arriver à obtenir une analgésie suffisante : dans les procédés d'anesthésie régionale où Ton emploie une solution à 1 p. 100, l'analgésie se produit plus facilement, mais au bout d'un temps plus ou moins considérable. De plus, chez les animaux, on n'observe pas ce qu'on observe chez l'homme au point de vue de la cocaïne, une susceptibilité individuelle qui peut être exagérée.

Le contact de la solution de cocaine doit être exactement limité au nerf qu'il s'agit de supprimer fonctionnellement; et c'est ainsi, par

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