SUCS DES PLANTES NARCOTIQUES
ment, on se heurte, dans Tétude et la recherche de tous ces faits ensevelis dans le passé, à un mélange de choses véritables et certaines avec des fables que pouvaient seules admettre la crédulité et la superstition populaires. Aussi est-il bien difflcile de faire dans ces récits la part exacte revenant à chacun de ces éléments.
Au xn® et au xni* siècles — et en cela les médecins de ce temps n'étaient que les continuateurs de Técole hippocratique et de l'école galénique — on employait d'une façon courante les sucs de certaines plantes narcotiques pour déterminer soit la diminution de la douleur, soit même l'insensibilité plus ou moins complète sur les individus qu'on voulait opérer. C'est ainsi que les sucs de lierre terrestre, de morelle, de jusquiame, de ciguë, de mandragore, de laitue vireuse, étaient employés couramment par les différents médecins ou chirurgiens de cette époque dans le but de déterminer une analgésie plus ou moins complète.
Les propriétés de la mandragore étaient déjà connues du temps d'Hippocrate qui les a nettement spécifiées; il indique la mandragore comme un remède pour l'insomnie et les douleurs violentes, et il n'ignorait pas qu'à forte dose cette substance déterminait un délire furieux. Il faut remarquer que la mandragore d'Hippocrate n'est autre chose que notre belladone. L'action stupéfiante de cette drogue était proverbiale; et, bien mieux, les anciens prétendaient que l'odeur seule des fruits de belladone — pour restituer au terme mandragore l'appellation qui lui convient dans notre nomenclature actuelle — suffisait pour déterminer cette action stupéfiante. C'est ce que rapportent Pline, Dioscoride, Malthiole, dans leurs écrits.
En 1583, c'est-à-dire vers la fin du xvi* siècle, Dodoëns, qui professait la médecine à Leyde, dit que le vin dans lequel on a mis tremper ou cuire de la racine de mandragore est capable de faire dormir et d'apaiser la douleur à un point tel, chez les individus auxquels il est administré, qu'on peut pratiquer chez eux des opérations importantes : couper, scier, brûler quelque partie du corps sans que les individus en éprouvent des douleurs bien sensibles. Et il ajoute, répétant en cela ce que je vous disais tout à l'heure, que la flaireur des pommes fait dormir; mais que l'action est beaucoup plus intense encore lorsqu'elle résulte de l'ingestion d'une décoction de ces pommes ou des racines de la belladone, qu'on appelait alors encore mandragore, dans du vin ou mieux dans du vinaigre.