‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 316 sur 406 · LA COCAINK AGIT SUR TOUS LES PHOTOPLASMAS · texte numérisé non relu

LA COCAINK AGIT SUR TOUS LES PHOTOPLASMAS

jusqult la cellule de levure de bière, toutes les formes ou les modalités de son activité, depuis la sensibilité consciente jusqu'à la germination, toutes ces manifestations sont touchées sous Tinfluence de la cocaïne; toutes restrictions faites, bien entepdu, relativement aux questions de doses et de dilution qui sont si extrêmement importantes.

On peut dire de la cocaïne que c'est un agent anesthésique à action extrêmement dilatée; le mot est de M, Dastre, et il est absolument exact. Vous avez vu que, dans la série des bypno-anesthésiques que nous avons été appelés à étudier, les uns manifestent une action anesthésiante rapide, d'autres, au contraire, une action anesthésiante lente : le chloroforme, par exemple, détermine une période d'excitation assez courte, son action anesthésiante est relativement rapide; Téther détermine une période d'excitation beaucoup plus longue, son action anesthésiante est moins rapide que celle du chloroforme. Eh bien, à ce point de vue, la cocaïne serait un anesthésique à action plus lente encore que celle des deux substances dont je viens de parler. Mais on observe, sous son influence comme sous Tinfluence de tous les hypno-anesthésiques que nous avons étudiés, l'excitation préparalytique, la susceptibilité hiérarchique ou spéciflque des différents tissus; et cela, presque exactement au même degré que celui que j'ai eu à faire ressortir devant vous sous l'influence de ces hypno-anesthésiques généraux.

La question d'excitation ou de paralysie, ici comme avec le chloroforme, réther, le bromure d'éthyle, etc., est manifestement une question de dose. Il est absolument indispensable de faire, dans cette étude, une distinction entre les doses fortes et les doses faibles; et, surtout, de faire la distinction sur laquelle j'ai eu déjà l'occasion d'insister à propos du degré de dilution de ces doses. Il ne faut pas perdre de vue, cependant, que cette distinction des doses fortes et faibles n'a, dans certains cas, qu'un caractère essentiellement contingent, variable avec les circonstances, Tespèce animale, la fonction à modifier, le mode d'introduction.

A ce sujet. Messieurs, je liens à vous rendre témoins d'une expérience qui va vous démontrer, d'une façon absolument certaine, un fait sur lequel j'ai tant insisté à propos de l'exposé des procédés de la méthode de M. Reclus, c'est celui relatif au degré de dilution. Voici deux cobayes qui pèsent absolument le même poids, qui vien-

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nent de la même niche, qui ont suivi le même régime, qui sont aussi exuclement qu'il est possible dans les mêmes conditions : à Tun d^euxnous faisons une injection intra-péritonéale de 4 centigrammes de chlorhydrate de cocaïne dissous dans 1 centimètre cube d'eau dislillée; au second nous allons faire une injection de 10 centigrammes de chlorhydrate de cocaïne dissous dans 15 centimètres cnbes d'eau distillée. On pourrait, comme je vous l'ai déjà indiqué, exagérer celte différence de dose et le résultat serait le même : le cobaye qui a reçu la plus faible dose en solution concentrée mourra à bref délai; celui qui a reçu la plus forte dose en solution diluée nianifestera les accidents du cocaïnisme, mais résistera à Tintoxication d'une façon absolument certaine.

Lorsque je vous ai parlé de ces faits à propos de la mise en œuvre de la méthode de M. Reclus, je vous ai indiqué que certains médecins voulaient interpréter cette action rapidement et brutalement loxique de la cocaïne en admettant une action leucocyticide tout à fait particuHère : c'est M. Maurel (de Toulouse), qui, le premier, a émis celte hypothèse qui ne me paraît pas du tout démontrée par les faits. Pour lui, dans le cas du premier cobaye, l'action mortelle très rapide serait due à la production d'une embolie pulmonaire sous rintluence de Faction leucocyticide exercée par la cocaïne; les leucocytes deviendraient sphériques, augmenteraient de volume, obstrueraient les capillaires du poumon et détermineraient la formation d'une embolie, mortelle à bref délai.

L'action élective initiale de la cocaïne ne s'exercerait que sur les Icucorytes et les nerfs vaso-moteurs. Cela permettrait de comprendre pourquoi une solution à titre élevé, leucocyticide, lorsqu'elle vient à être introduite par la voie sanguine, amène rapidement la mort; tcindis qu'une dose plus forte, mais à un degré plus considérable de ilihition, peut être tolérée, puis éliminée, sans accidents mortels.

A Tappui de son interprétation, M. Maurel fait intervenir les considérations suivantes : il y aurait un rapport entre la sensibilité des leucocytes à l'action de la cocaïne et celle de l'animal lui-même, sensibilité variable, bien entendu, non seulement d'un animal à l'autre, mais encore chez le même animal suivant des circonstances déterminées; seulement cette sensibilité varierait toujours dans le même sens, c'est-à-dire qu'un animal étant extrêmement sensible à la cocaïne, ses leucocytes lui seraient également extrêmement sensi-

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bles. D'autre part, il aurait constaté une diminution du nombre des leucocytes circulant à la suite de Tinfluence du chlorhydrate de cocaïne lancé dans la circulation générale. Pour lui, les leucocytes seraient beaucoup plus sensibles que les éléments nerveux et que les éléments musculaires à Taclion toxique de la cocaïne. Enfin, et ici je ne suis pas du tout de son avis, il admettrait que Tobstruction des capillaires, sous Tinfluence de la poudre de lycopode en suspension dans l'eau, produit des phénomènes très étroitement analogues à ceux de l'intoxication cocaïnique. Qu'il y ait des eCFets analogues, c'est incontestable; un animal auquel on pratique une injection de spores de lycopodes meurt par asphyxie, par embolie pulmonaire, cela ne fait pas de doute, mais on arrive à la retrouver cette embolie, tandis que dans le cas de la cocaïne on ne la retrouve jamais. La perte de sensibilité, l'excitation, puis la résolution musculaire, sont des manifestations banales de toute asphyxie; et il est tout naturel que l'animal qui va mourir asphyxié par suite de l'embolie déterminée par une injection de spores de lycopode présente les phénomènes de l'asphyxie que présentent aussi les animaux succombant sous l'influence de la cocaïne, ou de toute autre substance déterminant la mort par asphyxie, les hypno-anesthésiques, ou même la strychnine, par exemple. Il n'y a donc rien d'extraordinaire à ce que, sous ce rapport, les phénomènes se ressemblent; mais je n'ai jamais vu, et je crois que personne n'a vu davantage, des accidents nerveux, comme ceux que détermine la cocaïne, produits par la circulation de spores de lycopode dans l'organisme.

Enfin, pour M. Maurel, d'autres substances leucocyticides agiraient exactement comme la cocaïne : telles seraient l'eau froide, c'est-à-dire à une température inférieure à iO"; l'eau chaude, aune température supérieure à 56°; et voilà où cette interprétation physiologique devient fantaisiste, le bromhydrale de quinine, le sublimé, les hypno-anesthésiques; tous ces produits si difTérents quant à leurs manifestations physiologiques détermineraient les mêmes phénomènes. Ce serait la simplification de la toxicologie, mais ces simplifications-là, lorsqu'il s'agit de toxicologie ou d'action physiologique, il ne faut malheureusement pas y ajouter beaucoup d'importance.

J^'ai tenu à répéter devant vous ces deux expériences parce que je voulais vous bien persuader de cette importance considérable du degré de dilution sur l'évolution des accidents toxiques qu'il peut

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déterminer : cela montre combien M. Reclus a eu raison d'insister comme il Ta fait, dans la mise en pratique de son procédé, sur la nécessité de diluer le plus possible les solutions de cocaïne; vous voyez l'importance qu'il y a à n'injecter que ces solutions extrêmement diluées de cocaïne, parce que, si vous avez des accidents sous rinfluence de l'introduction dans l'économie de ces solutions très diluées, vous pouvez au moins espérer les conjurer; tandis que si la solution est introduite dans l'économie à un titre concentré, quoi que vous fassiez, vous n'arriverez jamais à triompher de ces accidents.

L'effet des doses faibles de cocaïne est toujours excitant; celui des doses fortes, au contraire, toujours paralysant. Et ces phénomènes s'observent, non seulement sur des animaux relativement élevés dans l'échelle des êtres organisés, comme les cobayes, mais cela s'observe aussi sur les éléments anatomiques d'ordre infiniment plus humble, et même sur les cellules des végétaux. A ce sujet, il existe une intéressante expérience de Ugolino Mosso, sur le Phaseolus multiflorus^ qu'il a entreprise pour opposer aux assertions contraires de MM. Paul Regnard et Raphaël Dubois, qui n'admettaient pas cette action anesthésiante de la cocaïne sur les phénomènes de la germination.

L'expérience de Ugolino Mosso consiste à prendre des graines de haricot multiflore et à faire germer ces graines en les mettant dans du coton imprégné de solutions plus ou moins concentrées, ou pour mieux dire plus ou moins diluées, de chlorhydrate de cocaïne. Lorsque le coton est imbibé avec une solution de chlorhydrate de cocaïne d'un titre égal ou inférieur à 1/2 pour 100, on voit que les phénomènes de la germination sont hâtés; si, au contraire, le titre de la solution de cocaïne atteint 1 pour 100 ou s'élève au-dessus de 1 pour 100, les phénomènes de la germination sont d'autant plus retardés que la dose de cocaïne est plus forte. Il peut même arriver que le protoplasma soit complètement tué sous l'influence d'une dose de cocaïne suffisante.

Des expériences du même genre ont été faites par Albertoni, qui a montré que, sous Tinfluence de solutions très diluées de cocaïne, les cils vibratiles des cellules épithéliales de la muqueuse de Tœsophage de la grenouille étaient également excités. Il pratiquait pour le démontrer une expérience très amusante, mais qui est trop délicate à faire pour qu'on puisse la reproduire dans un cours : elle con-

■:^'^*rv

PHENOMENES l) ANESTHÉSIE (;ENERAL1SÉE 509

siste à étaler sur une lame de verre un œsophage de grenouille, à le mettre en contact avec une solution très faible de chlohydrale de cocaïne, puis à placer un petit corps étranger très léger à la surface des cils vibratiles; vous savez que ces cils vibratiles sont animés d'un mouvement régulier qui, à Tétat normal, fait progresser ce corps étranger dans un sens déterminé; eh bien, sous Tinfluence d'une solution très diluée de chlorhydrate de cocaïne, le corps étranger progresse avec une rapidité beaucoup plus considérable que celle avec laquelle on le voit progresser à Tétat normal. Lorsque la solution du chlorhydrate de cocaïne est trop concentrée, les cils vibratiles sont paralysés, la progression se fait plus lentement ou s'arrête même tout à fait. C'est d'ailleurs ce qui arrive dans toutes ces expériences lorsqu'on a atteint la dose paralysante ; dans ce cas, quel que soit l'élément analomique, végétal ou animal, sur lequel on fait agir le chlorhydrate de cocaïne, cet effet est définitif, la mort s'ensuit.

Ces phénomènes ont été observés par un grand nombre d'expérimentateurs, non seulement dans les circonstances que je viens de vous indiquer, mais encore sur des larves de lépidoptères, sur des amibes, sur les cils vibratiles de différentes cellules, sur les spermatozoïdes, sur les grandes cellules que l'on rencontre dans le sang de Técrevisse, dont les mouvements amœboïdes sont ralentis ou facilités.

On a même observé que la cocaïne pouvait entraver la diapédèsc des leucocytes; toutefois, leur pouvoir chimiotactique est conservé d'une façon absolue, comme l'ont démontré les expériences de MM. Massart et Bornet.

Enfin, les effets anesthésiques ont été confirmés également par Danilewsky sur tous les animaux. Dans tous les embranchements, qu'il s'agisse d'animaux avec ou sans système nerveux, à système nerveux localisé ou non, dans toutes les circonstances où Ton a pu observer, après une période plus ou moins prolongée d'action excitante, on a pu voir survenir une action paralysante et la diminution progressive, jusqu'à zéro, des propriétés physiologiques fonctionnelles de tous les tissus au contact desquels s'était trouvée la cocaïne. De plus, on peut assister au rétablissement des propriétés fonctionnelles de ces différents tissus lorsqu'un lavage convenable entraine la cocaïne dont ils étaient imprégnés. La seule différence que Ton

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