ACTION SUR LES REFLEXES
En raison de ce fait que la cocaïne pourrait être envisagée, à la rigueur, comme un anesthésique général, il est intéressant de voir ce que deviennent les réflexes sous son influence. Eh bien, comme tous les autres phénomènes, les réflexes sont excités par les doses faibles et diminués par les doses fortes. Cela s'observe surtout en ce qui concerne le réflexe rotulien, et il y a à ce point de vue une action tout à fait particulière exercée par suite d'influence médullaire, puisque Ugolino Mosso a pu faire cette expérience : injecter à un chien une petite quantité de cocaïne, constater que les réflexes étaient, à ce moment, exagérés sous Tinfluence de cette petite dose, sectionner la moelle allongée de façon que les réflexes disparaissent complètement; puis injecter une nouvelle quantité, massive celle-là, de chlorhydrate de cocaïne par voie intra-veineuse et, sous rinfluence de cette quantité massive, voir pendant un certain temps reparaître, avec exagération par rapport à sa manifestation primitive, le réflexe rotulien qui avait disparu d'abord au moment de la section de la moelle.
De plus, comme je vous l'ai déjà indiqué, on doit au même physiologiste une étude des réflexes vésicaux sous l'influence de l'action de la cocaïne, élude de laquelle il résulte que les réflexes vésicaux persistent pendant la période intense de l'intoxication, après avoir été suspendus pendant les quelques instants qui suivent immédiatement l'injection. C'est le pléthysmograpbe qui lui a permis de faire cette expérience et de vérifier que, s'il y avait une période fort courte pendant laquelle les réflexes vésicaux disparaissaient au moment où se fait l'injection, ces réflexes ne tardaient pas à reparaître et à persister pendant toute la durée de l'opération, ce qui lui avait permis de mettre en doute, l'un des premiers, l'hypothèse du fameux curare sensitif que nous avons discutée à plusieurs reprises.
La cocaïne exerce sur la nutrition une action extrêmement importante et pour Texplication de laquelle le temps me manque un peu. D'ailleurs, pour mener à bien cette question, il me suffirait de reprendre, pour ainsi dire un à un, tous les arguments que j'ai eu l'occasion de vous exposer l'année dernière lorsque je traitais de Taclion de la caféine et du groupe des caféiques sur la nutrition. J'ai invoqué, en eff'et, à ce moment, -comme terme de comparaison, l'action exercée sur la nutrition par la cocaïne et Ton pourrait faire
de chacune de ces actions un tableau absolument identique. Je vous prierai donc de vous reporter, pour les détails de cette discussion, à l'étude que j'ai publiée Tan dernier dans le Bulletin général de thérapeutique. Je vous rappelle simplement que mon but était surtout de combattre cette théorie de Yaliment d'épargne, qui est maintenant d'ailleurs, je crois, tout à fait ruinée. Pas plus la caféine que la cocaïne ne sont des aliments d'épargne; et non seulement la cocaïne n'épargne rien, mais, au contraire, elle brûle; voilà ce qu'il est exact de dire.
Sous rinfluence de la cocaïne, on voit en effet, et à un degré beaucoup plus considérable encore que sous l'influence des caféiques, une excitation générale des échanges dans Torganisme, une augmentation très notable de tous les matériaux de déchets, augmentation de l'azote total, augmentation des chlorures, augmentation de l'acide sulfurique, augmentation de l'acide phosphorique ; enfin, une utilisation intense des réserves. C'est précisément grâce à cette utilisation possible des réserves que la cocaïne, comme les caféiques, est capable de donner à l'organisme ce coup de fouet dont je parlais tout à l'heure, qui fait que lorsqu'une solution diluée ou une quantité faible de cocaïne vient à être introduite dans l'organisme d'un individu fatigué, il éprouve cette sensation de défatigue que produit précisément aussi l'action des caféiques. Mais cette action est essentiellement transitoire. Si l'on veut la faire persister, il faut avoir recours à une nouvelle ingestion de cocaïne, comme à une nouvelle ingestion de caféine, et cela conduit fatalement à une usure exagérée de l'organisme. C'est précisément par des phénomènes de ce genre que se traduit l'abus de la cocaïne, abus qui peut entraîner, comme nous le verrons, des accidents graves ; amener au cocaïnisme chronique. C'est, en réalité, la ruine physiologique de l'organisme à laquelle on peut assister par l'exagération des combustions organiques, ruine qui est encore plus intense que celle à laquelle entraine l'emploi abusif des caféiques.
Etudions maintenant, car le sujet en vaut la peine, l'action de la cocaïne sur l'homme dans les dilTérenles circonstances où cette substance est employée; et, tout d'abord, voyons ce qu'on peut appeler la dose physiologique, pour passer ensuite à la dose toxique.
A dose physiologique, il résulte de ce que je viens de vous dire que la cocaïne est un excitant de l'axe encéphalo-médullaire, avec