POMMES ODORANTES DES MAGICIENS
gues qui exaltaient, si Ton peut ainsi dire, le pouvoir anesthésique de ces substances.
D ailleurs les preuves de l'emploi, au Moyen Age, d'agents volatils pour déterminer une anesthésie plus ou moins considérable ne manquent pas ; nous pouvons trouver ces preuves dans la préparation de breuvages somnifères et anesthésiques destinés soit à éviter aux patients la douleur d'une opération, soit même à permettre aux individus, au moment où l'Inquisition sévissait, de supporter les tortures sans mourir assez rapidement et sans avoir l'air de souffrir énormément des épreuves auxquelles ils étaient soumis. L'action insensibilisante de ces préparations est tout à fait certaine et attestée par des faits très nombreux.
Ces phénomènes d'anesthésie pendant les tortures de l'Inquisition s'étaient, à un moment donné, tellement multipliés que Nicolas Eymeric, grand Inquisiteur d'Aragon, s'était plaint en 1578 de ce que les individus qu'on soumettait à la torture recevaient des geôliers la communication de certaines receltes capables de les mettre, plus ou moins profondément, en état d'anesthésie, dirions-nous maintenant, en état, disait-il, de résister à toutes les tortures qu'on pouvait leur infliger.
De plus, certains auteurs, qui sont, si vous voulez, plutôt des magiciens que des médecins, en attachant à ce mot magicien le sens qu'on y attachait au milieu des xv* et xvi* siècles, par exemple Pesta dans son ouvrage de la Magie naturelle^ Bodin dans son ouvrage de la Démonomanie des sorciers, nous rapportent un certain nombre de procédés à l'aide desquels ils constituaient des préparations narcotiques au moyen des sucs de plantes, plantes parmi lesquelles figuraient à peu près toutes les variétés que nous connaissons maintenant dans le groupe des solanées vireuses, associées au pavot, à la ciguë, à des semences de jusquiame qu'on mélangeait avec de la lie de vin, avec du musc, et qu'on soumettait ensuite à une certaine fermentation. Que se passait-il pendant ces opérations? Il serait assez difficile, même à la chimie actuelle, de le deviner. Les plantes que je viens de citer étaient-elles les seules qui faisaient partie de ces mélanges? C'est possible, mais ce n'est pas absolument certain.
Toujours est-il que les faits qui sont venus à nous d'une façon absolument certaine, absolument prouvée, démontrent que, par les procédés, soit de Pesta, soit de Bodin, soit d'autres magiciens du