COCAÏNISME CHRONIQUE
C'est donc un caractère essentiellement fugace que revêt cette action que j'ai appelée déjà précédemment pseudO'antagonistique\ et en cela d ailleurs, elle se rapproche absolument de toutes celles qui ne sont pas des actions véritablement antagonistiques, c'est-à-dire de ces actions qui s'attaquent au même mécanisme par des modes précisément inverses, par exemple, Faction tout à fait opposée de Tatropine et de la pilocarpine sur les nerfs sécréteurs et les nerfs d'arrêt.
Quelques mots pour terminer ce qui a trait à l'histoire de l'intoxication par la cocaïne, sur le cocaïnisme chronique ou la cocaïnomanie. Je pourrais presque vous répéter point pour point à ce sujet ce que je vous ai dit l'année dernière à propos de la morphinomanie et du morphinisme*. L'introduction dans Téconomie de doses même relativement faibles de chlorhydrate de cocaïne, détermine une excitation cérébrale plus ou moins intense, et, chez beaucoup d'individus, des impressions nouvelles et une sorte d'ivresse plus ou moins analogue à celle que détermine Talcool et mieux encore l'opium ou le haschish. Cette excitation et la production de ces sensations particulières sont précisément les raisons qui déterminent certains sujets à faire un usage répété de la cocaïne qui les conduit infailliblement à Tempoisonnement chronique.
L'accoutumance à la cocaïne est extrêmement rapide, plus rapide encore qu'à la morphine, et l'on a vu des individus arriver à une absorption journalière de 50 et même 70 centigrammes de chlorhydrate de cocaïne par la voie buccale au bout de fort peu de temps, de quelques jours seulement.
L'action toxique exercée par la cocaïne est encore plus redoutable que celle exercée par la morphine à cause de la rapidité et de Tintensité des désordres intellectuels qu'elle détermine. C'est en effet par suite de son action sur les hémisphères cérébraux et sur la moelle que la série des phénomènes reproduisant presque exactement le tableau de la morphinomanie ou du morphinisme est déterminée par la cocaïne. Ce sont principalement des hallucinations, du délire de la persécution, des troubles moteurs, et sensitifs, ces derniers remarquables surtout du côté de la peau, qu'on observe chez les individus qui se livrent à l'usage régulier de la cocaïne.
1. Voir les leçons Morphinomanie et morphinisme, publiées dans le Progrès médical, £898, l. VII, n'^ 18 et 20, p. 273 et 306.