‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 340 sur 406 · SYNTHESE PARTIELLE DE LA COCAÏNE · texte numérisé non relu

SYNTHESE PARTIELLE DE LA COCAÏNE

gonine rend très bien compte de la facile disparition de la cocaïne dans Torganisme animal et de son altérabilité.

En définitive, la cocaïne résulte de la combinaison de Falcool méthylique, de Tacide benzoïque et de l'ecgonine avec élimination de deux molécules d*eau. Réciproquement on peut, en partant de l'ecgonine, reconstituer la cocaïne, soit en méthylant la benzoylec- ' gonine, soit en benzoylant la métbylecgonine. Ces deux procédés sont utilisés pour faire, industriellement, une synthèse partielle de la cocaïne, en partant de l'ecgonine obtenue comme terme constant du dédoublement des alcaloïdes contenus dans les feuilles de coca.

Un certain nombre d'autres substances alcaloïdiques ont encore été découvertes dans les différentes variétés de coca; c'est ainsi que Lossen, en 1862, signala dans une variété de coca du Pérou l'existence d'un alcaloïde auquel il donna le nom d'HygrinCy alcaloïde que Liebermann montra plus tard être constitué par un mélange de plusieurs bases oxygénées : c'est également Lossen qui montra que la cocaïne est susceptible de se décomposer en acide benzoïque, en alcool méthylique et en ecgonine.

Enfin, dans ces dernières années, les très beaux travaux, au point de vue chimique, de Liebermann, de Merling, d'Einhorn, de Giesel, de Merck nous ont fixés absolument, non seulement sur la constitution chimique de la cocaïne, mais même sur le moyen d'arriver à faire artificiellement de la cocaïne, c'est-à-dire à préparer une cocaïne de synthèse; et ce sont ces recherches également qui ont servi de guide pour la préparation des substances se rapprochant, dans une certaine mesure, quant à leur composition chimique, de la cocaïne; je veux parler des eucaïnes, dont je vais vous dire quelques mois dans un moment.

La cinnamylcocaïne, c'est-à-dire l'alcaloïde dans lequel le radical benzoyle est remplacé par le radical de l'acide cinnamique, existe dans les feuilles de coca de Truxillo, dans les petites feuilles de coca de Java et des Indes Anglaises : on la trouve rarement dans la coca à larges feuilles du Pérou et de la Bolivie, et nous allons voir tout à rheure l'intérêt qu'il y a à tenir compte de l'action physiologique de ces différentes substances qui sont très loin d'être identiques les unes aux autres.

D'autres alcaloïdes dont je vous ai écrit les noms sur le tableau se trouvent également dans les diverses variétés de coca. L'isatropyl-

IMPORTANCE DE L'ECGONINE 55^

cocaïne et ses isomères, la cocamine et risococamine, se rencontrent surtout dans les variétés de Truxillo, de Java et des Indes. L'homococaïne et rhomoisococaïne se rencontrent dans les cocas de TAmérique du Sud. Enfin, la tropacocaïne ou benzoylpseudotropéine provient surtout des espèces à petites feuilles de Java. Quelle que soit ' la nature des alcaloïdes qu*elles renferment, la richesse des feuillesdes diverses variétés de cocas diminue dans une notable proportion sous rinfluence du temps : on peut la voir tomber, dans un espace de temps relativement court, au cinquième de sa valeur initiale. Cette transformation que Ton pourrait presque appeler spontanée des alcaloïdes, est à rapprocher de la facile et prompte disparition de la cocaïne introduite dans Torganisme animal.

Un fait fort intéressant mis en lumière par les travaux des auteurs^ dont je vous parlais tout à l'heure est celui-ci : quel que soit celui des principes actifs de la coca — cocaïne ou homologues dont le nom figure sur ce tableau — que Ton soumette à une réaction saponifiante,, par exemple, lorsqu'on les fait bouillir en présence de Teau et d'un acide, ces produits se dédoublent, en donnant naissance à de Talcool méthylique, à un acide dont la nature varie — c'est l'acide benzoïquedans le cas de la cocaïne, — et à une base qui a reçu le nom d'ecgonine. Le point intéressant c'est que Tccgonine est le squelette, si Ton peut ainsi dire, de tous ces composés; et que tous se dédoublent, soit en alcool méthylique, soit en alcool éthylique, ou en un autreradical alcoolique quelconque; d'autre part, en un radical acide qui est le radical benzoyle lorsqu'il s'agit de la cocaïne vraie, le radical cinnamyl dans le cas de la cinnamylcocaïne; mais Tccgonine est, dans tous les cas, un terme constant de cette décomposition. Toutefois, la tropacocaïne et les mélanges de bases oxygénées que l'on a étudiées sous le nom d'hygrine n'ont pas l'ecgonine pour noyau de leur constitution.

Or, comme nous l'avons vu tout à l'heure, cette ecgonine présente,, avec des bases préparées artificiellement et dérivées de la série pyridique, un lien de parenté extrêmement étroit; la base tropine, qui^ comme vous le savez, est le squelette, le noyau de la constitution des alcaloïdes de la belladone, présente avec l'ecgonine une analogie extrêmement remarquable.

Le point intéressant sur lequel je veux insister, c'est que, comme vous allez le voir dans un moment, les propriétés physiologiques de

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