‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 355 sur 406 · EUCAÏNE A · texte numérisé non relu

EUCAÏNE A

que cette substance a été introduite en thérapeutique, et on lui a immédiatement accordé toutes sortes de vertus. On a dit qu'elle était au moins aussi analgésiante que la cocaïne, sans en avoir les inconvénients, qu'elle était moins toxique qu'elle, qu'elle ne donnait jamais lieu aux accidents de la cocaïne, etc., mais surtout on a fait ressortir ce fait, fort intéressant au point de vue pratique, celui-là, qu'il était possible, par une ébullition prolongée, de stériliser une solution de chlorhydrate d'eucaïne A, alors que cela est impossible en ce qui concerne la cocaïne, puisque nous avons vu que la cocaïne se saponifie facilement en sa qualité d'éther, c'est-à-dire se dédouble en ecgonine, acide benzoïque et alcool méthylique, tous produits que nous savons ne pas posséder de propriétés analgésiantes. Il en résulte donc que si, par suite d'un luxe de précautions, on veut stériliser des solutions de cocaïne avant de s'en servir pour les employer à une opération chirurgicale, on n'arrive à autre chose qu'à réduire le titre de la solution de la cocaïne et à n'injecter même qu'une solution absolument inerte. On insistait beaucoup sur ce fait que la solution de chlorhydrate d'eucaïne ne se décomposait pas en présence de Tébullition et que c'était là un avantage énorme.

La cocaïne ne résiste à la stérilisation que si l'on a soin de la chauffer sous pression dans un autoclave à la température de 115'' et cela pendant un temps assez court; mais c*est là, je le répète, un luxe de précautions, car, en vérité, il n'y a pas de raison de stériliser des solutions de cocaïne. Lorsque ces solutions à 1 p. 100, qui doivent être très récemment faites, ont été préparées avec de l'eau bouillie, elles sont suffisamment pures pour qu'on puisse les injecter sans crainte afin de réaliser une opération chirurgicale.

Les expériences que nous avons poursuivies en 1896 n'ont pas du tout concordé avec les faits que je vous citais tout èl'heure. Non seulement nous avons trouvé que l'eucaïne A possédait une toxicité à très peu près égale à celle de la cocaïne, mais encore nous avons remarqué que l'action analgésiante était moins intense que celle de la cocaïne et que, par conséquent, pour arriver à une même action analgésique, il fallait employer une quantité d'eucaïne A notablement supérieure à la quantité de cocaïne susceptible de produire le même résultat. De sorte que l'action toxique était devenue, sinon supérieure, au moins égale. Ces résultats furent confirmés par M. Reclus dans sa pratique chirurgicale.

ACTION PHYSIOLOGIQI'E 575

De plus, en étudiant de près l'action physiologique de celte eucaïnc, je n'ai pas tardé à vérifier le point que je vous signalais tout à l'heure, à savoir que le nombre de substitutions du groupement méthyl, dans la constitution moléculaire de Teucaïne A, lui a donné des propriétés convulsivantes extrêmement intenses que ne possède pas la cocaïne. En effet, chez les animaux à sang froid, par exemple chez les grenouilles, nous avons vu que la cocaïne ne détermine à peu près rien comme réaction; eh bien, on peut voir, sous l'influence d'injections d'eucaïne A — je ne parle en ce moment que de l'eucaïne A, la première des eucaïnes, — on peut voir sur les grenouilles une phase d'excitation qui fait bientôt place à une phase de paralysie flasque pendant laquelle on observe une hyperexcitabilité qui persiste pendant un temps relativement considérable, souvent de cinq à sept heures, absolument comme sous l'influence d'une dose extrêmement faible de strychnine. Lorsque les doses sont fortement toxiques, on voit survenir rapidement la paralysie flasque que détermine l'introduction dans l'organisme d'une quantité considérable de strychnine : les animaux sont alors comparables à ceux placés sous l'influence d'une dose considérable de strychnine et qu'on pourrait confondre avec des animaux curarisés.

A la dose de 1 milligramme, les grenouilles, après avoir passé par une phase d'excitation* très violente, perdent, au bout de quelques minutes, la faculté de se mouvoir : elles restent étendues, les membres agités de soubresauts couvulsifs, mais elles ne peuvent plus ni marcher ni sauter. A la moindre excitation, Tanimal répond par des mouvements convulsifs localisés surtout dans les pattes. Ce sont là des phénomènes bien différents de ceux que l'on peut déterminer, chez ces mêmes animaux, à l'aide de la cocaïne; et je vous rappelle que nous avons dû arriver à des doses d'au moins 3 centigrammes pour produire une action un peu nettement convulsivanle. Les grenouilles constituant un réactif d'une sensibilité extrême pour les poisons tétanisants et convulsivants, vous voyez que mon interprétation de tout à l'heure se confirme; et que Tcucaïne A, dans laquelle existe un plus grand nombre de fois que dans la cocaïne la substitution du groupe méthyl à de l'hydrogène, est aussi plus convulsivanle.

Chez les animaux à sang chaud, l'hyperexcitabilité réflexe est aussi très marquée et les convulsions peuvent persister pendant un temps

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