‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 356 sur 406 · MANIFESTATIONS TOXIQUES · texte numérisé non relu

MANIFESTATIONS TOXIQUES

très considérable : les lapins semblent particulièrement sensibles, et chez eux Tinjection par voie péritonéale est presque toujours mortelle. Chez le cobaye, une dose de 5 à 7 centigrammes par kilogramme d'animal produit une grande hyperexcitabilité avec agitation; une dose de 7 à 9 centigrammes détermine des convulsions presque toujours suivies de la mort à assez brève échéance; une dose de 9 à 10 centigrammes est fatalement mortelle. Chez le lapin, une dose de 7 à 8 centigrammes par kilogramme en injection intrapéritonéale produit des convulsions violentes suivies de mort, tandis qu'une dose de 4 à 9 centigrammes en injection hypodermique détermine des convulsions violentes, mais Tanimal survit. Pendant les crises, on remarque, surtout chez le cobaye, un mouvement ambulatoire des pattes qui donne à ces manifestations une physionomie particulière. Les mouvements cloniques sont très accentués sous l'influence de l'action convulsivante de l'eucaïne A quand elle est introduite dans l'économie à doses suffisamment toxiques. Les animaux sont pris de secousses convulsives, de soubresauts qui les soulèvent d'un seul bloc; ils poussent des cris aigus et brefs ressemblant à ceux des manifestations de l'intoxication strychnique, ils sont en opisthotonos après chaque secousse tonique générale : rien ne ressemble de plus près aux manifestations de l'intoxication par la strychnine que celles que présente l'empoisonnement par une dose suffisante d'eucaïne A. Les prodromes mêmes qu'on observe chez les animaux à sang chaud, chez les lapins ou chez les cobayes, par exemple, rappellent ceux qu'on peut voir dans l'intoxication par la strychnine, c'est-à-dire la titubatîon, l'incoordination motrice, les tremblements, qui sont également les signes caractéristiques du début des accidents tétaniformes sous l'influence de la strychnine. Pendant ce temps, la respiration est dyspnéique, les animaux sont pris, lorsqu'il s'agit du cobaye, de salivation assez intense; les lapins urinent au début, comme cela se voit encore avec la strychnine, puis il se produit tout à coup une véritable explosion de secousses convulsives.

Enfin j'ajouterai, comme dernière caractéristique de cette action physiologique, que l'eucaïne parait se montrer plus énergiquemeot et rapidement toxique sur les lapins que sur les cobayes. C'est encore la mèrpo chose qu'avec la strychnine.

Il y a donc, au point de vue de l'action toxique de l'eucaïne A> à

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la rapprocher de celle de la strychnine dans une plus large mesure que pour la cocaïne ; et, pour ma part, je ne puis m'empêcher de faire le rapprochement que je vous signalais tout à l'heure entre ce nombre exagéré de cinq groupements méthyliques substitués dans reucsune A, tandis que dans la cocaïne nous n'avons que deux substitutions de ce genre.

Eh bien, Messieurs, M. Reclus a fait également, au point de vue de l'emploi chirurgical de Teucaïne, des essais qui ont abouti aux mêmes conclusions que celles auxquelles nous étions arrivés ici relativement à son action toxique. Il résulte de ces essais et de ceux consignés dans la thèse de M. Remette S qui résume très exactement tout ce qui a été fait au sujet de Teucaïne A, que Tanesthésie avec Feucaïne s'obtient dans un temps assez court; elle est complète cinq minutes après l'injection faite. Elle est d'une intensité assez notable, mais moindre que celle de la cocaïne, et moindre dans le rapport de sept à dix; sa durée est beaucoup moindre.

De plus, Teucaïne présente un certain nombre d'inconvénients qui devraient, dès l'abord, la faire rejeter dans certains cas. C'est d'abord son pouvoir énergiquement vaso-dilatateur. Dans beaucoup de circonstances, en effet, vous savez que la vaso-constriction déterminée par la cocaïne aide à l'opération, dans une certaine mesure, et que lorsqu'à cette vaso-constriction se substitue une vaso-dilatation, le chanip opératoire est très rapidement voilé par une nappe de sang, ce qui constitue une gêne parfois insurmontable pour certaines opérations. Enfin, l'injection est assez douloureuse, et il subsiste une sensation de brûlure persistant un certain temps après que l'opération est terminée : il est vrai que cette sensation douloureuse peut être évitée par l'addition d'une petite quantité de cocaïne.

De plus, l'action de cette eucaïne sur le cœur est au moins aussi énergique que celle de la cocaïne, sinon plus énergique; et, dans un certain nombre d'expériences, nous avons vu des accidents cardiaques débuter brusquement sur des animaux, sans les avertissements que donne à cet égard la cocaïne et qui permettent, jusqu'à un certain point, aux chirurgiens un peu expérimentés, de se méfier et de savoir qu'il est temps de s'arrêter dans l'administration de la substance analg'ésiante.

1. Hernetle, V Eucaïne, Contribution à V étude de son action physiologique. De son emploi comme anesthésique local en chirurgie. Thèse de Paris, février 1897.

Les tracés ci-après, obtenus avec des cœurs de grenouilles, permettent de juger Faction de Teucaïne et de la comparer à celle exercée parla cocaïne.

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Fig. 37. — Action de l'eiicaïne A sur le cœur de la grenouille.

l tracé normal.

'2 pha^io d'excitation avec augmentation d'amplitude. 3, 4 et T) ralentissement progressif.

G arythmie.

7 tendance au retour à la normale.

On peut observer, chez Tliomme, sous Tinfluencc de Teucaïne, un ralentissement très notable du pouls qui, chez un des malades de M. Remette, est tombé de 76 pulsations à 48. Par contre, jamais on

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n'a observé de syncope, même quand le malade restait dans la station verticale.

A rhypérémie très forte des tissus injectés il faut joindre une baisse notable de pression dans la grande circulation, ce qui détermine chez le sujet une tendance marquée à l'état lipothymique.

J'insiste ici à dessein sur l'action vaso-dilatatrice parce que nous allons voir tout h l'heure que Teucaïne B, qui a remplacé Teucaïne A dans la pratique thérapeutique, est également vaso-dilatatrice; et, par conséquent, je n'aurai pas à y revenir quand j'en parlerai. On a voulu faire de cette action vaso-dilatatrice un avantage en faisant ressortir que, grâce à elle, les muqueuses ne se rétractaient pas; que, dans les applications à l'ophtalmologie, les vaisseaux oculaires étaient dilatés et plus visibles; mais il faut compter avec ce fait que je vous signalais tout à l'heure et que M. Reclus a bien mis en lumière, c'est que, dès qu'une incision était faite dans un tissu analgésie par Teucaïne, la plaie était voilée par une nappe de sang; que, dans les cas où on l'employait en ophtalmologie, une cuisson assez violente persistait pendant un temps assez considérable après l'instillation. Enfin, dans un assez grand nombre de circonstances, on a noté une irritation notable de la conjonctive. Ces faits ont été relevés, dans ce cas, non seulement par M. Reclus, mais par M. Panas, par Silex (de Berlin) et par Best (de Giessen). Les avantages, s'il y en a, sont donc largement compensés par les inconvénients.

C'est alors que, s'ingéniant à diminuer le nombre des groupes méthyliques qui semblait faire de l'eucaïne A une substance par trop convulsivante, on a cherché à réduire le nombre de ces substitutions de méthyl, et que l'on est arrivé à l'eucaïne B, c'est-à-dire à cette base dérivée de la vinyldiacétonamine, base qui tient à la fois, tant au point de vue de sa constitution chimique que de ses propriétés physiologiques, de la cocaïne, d'une part, et de la tropacocaïne, d'autre part. Il semble que sa parenté avec la tropacocaïne adoucisse l'action toxique de l'eucaïne A, surtout son action convulsivante. L'eucaïne B a été lancée par Schering, en février 1897, et expérimentée aussitôt avec succès par M. Gaetano Vinci à Berlin. Elle a pour formule brute G"H»«AzO\

Cette eucaïne B, comme l'eucaïne A, est stable à l'ébullition; on peut en stériliser les solutions. Mais un avantage plus réel de Teucaïne B, c'est qu'elle est moins toxique et beaucoup moins irritante

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que Teucaïne A et même, dans une certaine mesure, que la cocaïne. La solubilité de son chlorhydrate est assez faible; elle est cependant de 5 p. 100 et, par conséquent, elle est plus que suffisante pour les opérations chirurgicales.

Sa toxicité est beaucoup moindre que celle de la cocaïne et que celle de Teucaïne A. Mis en éveil — car il s'était élevé entre M. Vinci, le promoteur à Berlin de Teucaïne A, et moi, une discussion au sujet du pouvoir toxique de celte eucaïne, — mis probablement en défiance par les faits que j'avais avancés et soutenus, parce qu*ils étaient basés sur des résultats expérimentaux, les promoteurs de Teucaïne ont exagéré, dans une assez notable mesure, faction toxique de Teucaïne B, c'est-à-dire qu'ils ont fait Teucaïne B plus toxique qu'elle n'est en réalité. Lorsque nous avons entrepris, en 1897, l'étude de l'eucaïne B, nous avons eu encore à corriger les chiffres des auteurs allemands, mais cette fois, au lieu de les corriger en moins, nous les avons corrigés en plus. Ainsi, on avait donné la toxicité de l'eucaïne B comme sensiblement moitié de celle de l'eucaïne A, et à peu près la même, c'est-à-dire moitié encore, de celle de la cocaïne. Les chiffres exacts sont les suivants : le rapport est de 1 à 3 en ce qui concerne l'eucaïne A; de 1 à 3,75 en ce qui concerne la cocaïne. En d'autres termes, l'eucaïne B serait trois fois moins toxique que l'eucaïne A et près de quatre fois moins toxique que la cocaïne. Par kilogramme de cobaye, par exemple, la dose toxique serait de 8 centigrammes pour la cocaïne, de 10 centigrammes pour l'eucaïne A et de 30 centigrammes pour l'eucaïne B. Si vous voulez prendre en considération que l'eucaïne B est sensiblement moins énergiquement analgésique que la cocaïne, vous pourrez en conclure que, malgré celte différence, la dose capable d'amener des accidents toxiques est notablement inférieure à celle de la cocaïne.

Les phénomènes toxiques ressemblent de très près à ceux de la cocaïne; les convulsions semblent plus violentes, de même que l'hyperexcitabilité réflexe. A mon avis, cela doit être en rapport avec les substitutions du groupe méthyl dont je parlais précédemment.

Lorsqu'on injecte à un animal, à un cobaye par exemple, une quantité d'eucaïne B capable de déterminer chez lui des accidents toxiques, on voit se produire des mouvements ambulatoires désordonnés qui rappellent ceux que détermine l'eucaïne A; puis, tout d'un coup, après une période de repos pendant laquelle la respiration est rapide

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