INHALATIONS PULMONAIRES
de suite. Le nombre considérable, comme vous le voyez, des moyens qui ont été employés, puis abandonnés tour à tour, témoigne absolument de leur impuissance à produire l'effet qu'on recherche.
Il y a, il est vrai, une distinction à établir entre ces différents moyens. Il faut d'abord mettre de côté ceux qui sont depuis longtemps oubliés, et dont le souvenir ne constitue plus, pour ainsi dire, que les traces d'une idée à travers les âges de la chirurgie. Il y en a d'autres, comme la compression des vaisseaux carotidiens, la réfrigération, la syncope, quel que soit le procédé par lequel elle est obtenue, qui peuvent encore être, en somme, des ressources précieuses, mais absolument infidèles, pleines d'insuffisance, pleines même de dangers.
Il faut arriver à la fin du siècle dernier pour voir le procédé, qui est encore actuellement utilisé pour réaliser Tanesthésie, le procédé dû aux inhalations, apparaître dans la pratique médicale. L'idée que l'anesthésie pourrait être réalisée au moyen de vapeurs subtiles ne faisant absolument que traverser l'économie, exerçant sur cette économie une action vive, prompte, mais éphémère comme leur séjour; vapeurs qui seraient peu ou point solubles dans le sang et qui, par conséquent, seraient incapables d'exercer sur lui une réaction chi- s mique quelconque et dont l'élimination incessante entraînerait la f disparition des effets presque au fur et à mesure de leur production ; ^ s cette idée-là avait certainement sollicité un grand nombre d'expéri- 8 r mentateurs. Elle fut réalisable surtout à partir du moment où les découvertes de Lavoisier, de Gavendish et de Priestley, vers 1776, i > permirent aux opérateurs chez lesquels cette idée avait germé de ^ pouvoir opérer avec des gaz et des vapeurs isolés et qu'on croyait à ce moment parfaitement purs.
L'absorption par la voie pulmonaire réalise un mode régulier et constant de pénétration; et, en même temps, un mode d'expulsion très rapide de ces vapeurs actives sur l'organisme.
L'usage médical des inhalations gazeuses remonte donc environ au milieu du xvni* siècle. En effet, à cette époque déjà, des médecins anglais, Richard Pearson et Thornton, avaient pensé à utiliser les inhalations d'air fixe (comme on disait alors pour désigner l'acide carbonique) et de vapeurs d'éther, pour le^:raitement des tuberculeux et des individus atteints d'affections pulmonaires.
Ce fut quelques années après, au mois d'avril 1799, qu'un médecin
52 EMPLOI DU PROTOXYDE D'âZOTE
anglais, Beddoes, créa aux environs de Bristol, à Clifton, un Institut pneumatique. Cet Institut pneumatique devait avoir pour but, diaprés lui, de traiter certaines afifections au moyen de Tinhalalion des airs — comme on disait à ce moment-là — qui venaient d*être découverts. On a créé depuis quelques années des instituts pneumatiques analogues à celui de Beddoes et précisément dans un but semblable : seuls les procédés mécaniques diffèrent.
L'institut de Clifton se caractérisait par Texistence d'un laboratoire destiné à la préparation des gaz purs qu'on devait employer, et d'un hôpital pour les inhalations méthodiques de ces airs factices.
Ce fut un des plus grands savants anglais, flumphry Davy, qui fut chargé de la direction du laboratoire en même temps que de Tétude des airs factices dont l'application devait être faite aux malades. Il faut reconnaître que ce fut véritablement le hasard qui l'amena à étudier le protoxyde d'azote qui devait lui donner de si remarquables résultats. C'est à ce protoxyde d'azote que Davy donna, en raison des effets qu'il peut produire sur les individus, le nom de gaz hilarant. On l'appela aussi gaz du paradis.
Au début, l'anesthésie n'était pas du tout l'objet de ses recherches, il constata seulement la production de certains phénomènes bizarres, qu'il étudia fort bien d'ailleurs, sous l'influence de l'inhalation de ce gaz; et, en définitive, vous allez voir combien il s'éloignait du but auquel ou est arrivé plus tard, l'anesthésie proprement dite, puisque, pour Davy, la découverte du protoxyde d'azote n'avait eu d'autre importance que de lui révéler une autre forme du plaisir physique et intellectuel, une extension de la gamme des sensations.
En effet, si nous nous reportons au journal de Davy, nous voyons que l'inhalation de protoxyde d'azote avait déterminé chez lui une série de phénomènes qu'on n'a plus retrouvés par la suite, au moins avec une pareille intensité. Davy les décrit ainsi dans son journal : L'inhalation de ce gaz détermine un bien-être extrême. Sous son influence il semble que la poitrine se dilate... Il est pris d'accès de rire, de sensation de chatouillement à la poitrine et aux extrémités. Les sensations du tact revêtent une acuité exquise. Il en est de même des sensations auditives et visuelles qui sont exaltées à un point remarquable; des images fraîches et riantes passent dans son esprit et éveillent des perceptions de nature particulièrement agréable... Il est en proie au bout d'un certain temps à une extase