‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 38 sur 406 · EXPERIENCES DE HUMPHRY DAVY · texte numérisé non relu

EXPERIENCES DE HUMPHRY DAVY

délirante; et il est frappé surtout par la clarté et la vivacité extraordinaire des idées que ces inhalations suscitent chez lui. Il note également une exaltation du sentiment de la personnalité, une absorption de la conscience et une perte du sentiment de soi-même et du monde extérieur. Au réveil, il est en proie à une énergie inquiète, à un irrésistible besoin d'agir; et, chez les individus auxquels il avait fait inhaler le gaz en même temps que lui, les principales manifestations qui le frappent consistent en une gaieté folle et des rêves délicieux.

Ces faits furent confirmés par Berzélius en Suède, par Pfaff et Wurzer en Allemagne, et par Pictet à Genève.

Mais, lorsqu'on voulut les reproduire en France, Proust, Vauquelin, Thénard, OrGla, qui cherchèrent à répéter les expériences d'Humphry Davy, n'arrivèrent pas du tout au même résultat. Pour eux, les phénomènes déterminés par le protoxyde d'azote se manifestèrent sous forme de sensations pénibles, constriction douloureuse des tempes, angoisses de la suffocation, malaise prolongé; et, dans un cas même, Thénard dit que s'il n'avait pas suspendu très rapidement les inhalations il aurait succombé à l'asphyxie. Dans tous les cas, les effets obtenus par différents expérimentateurs sont des plus inconstants, et, parfois même, dangereux.

Quelle pouvait être la raison de ces différences d'action? On a cherché cette raison dans un certain nombre de causes qui me paraissent ne pas donner d'une façon satisfaisante la solution du problème.

On a dit par exemple que Davy, dans ses expériences, se servait de ballonnets de soie gommée renfermant le protoxyde d'azote; qu'alors Toxygène de l'air pouvait traverser ces récipients et réaliser ainsi un mélange de protoxyde d'azote et d'oxygène, ce qui permettait d'inhaler une plus forte quantité de gaz sans éprouver des phénomènes d'asphyxie. Nous verrons en effet que l'action anesthésique du protoxyde d'azote ne se produit que quand il est dans le sang à la tension d'une atmosphère.

On a prétendu également qu'il faisait usage pour la préparation de sou gaz de produits impurs; que le protoxyde d'azote ainsi obtenu pouvait être mélangé à des traces de chlore, de vapeurs nitreuçes. . . etc. J'admets très bien toutes ces raisons, mais un fait qu'elles ne me paraissent pas expliquer du tout c'est celui-ci : l'impression exhilarante éprouvée par Davy était tellement vraie, tellement certaine,

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