‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 370 sur 406 · ACTION DU CHLORAL SUR LE SANG · texte numérisé non relu

ACTION DU CHLORAL SUR LE SANG

les solutions étaient uu peu concentrées. Si les solutions ne présentaient pas un certain degré de concentration, on serait obligé alors d'en injecter des quantités telles que le procédé serait encore plus inapplicable. Il faut donc absolument renoncer à la voie hypodermique pour l'emploi du chloral chez Thomme.

Un mot relativement à l'action du chloral sur le sang, précisément comme corollaire, en quelque sorte, de la méthode des injections in tra- veineuses dont je vous parlais tout à Theure.

Lorsqu'on fait agir in vitro le chloral sur le sang, on voit le sang prendre une couleur brun-grisàtre et se coaguler presque instantanément, comme il le fait sous TinQuence d'une addition d'alcool. Si Ton observe au microscope ce qui se passe, on remarque que les hématies sont ratatinées et, au bout d'un temps en général assez court, on peut voir se produire la désintégration du stroma sous forme de débris filamenteux. En même temps la matière colorante diffuse, et, dans les préparations microscopiques, il n'est pas rare de voir se former des cristaux d'hémoglobine. Ce dernier fait est confirmé par l'expérimentation chez les animaux : lorsqu'on leur injecte par la voie veineuse des solutions de chloral un peu trop concentrées ou en quantité un peu trop considérable, il est fréquent de voir survenir une hémoglobinurie quelquefois très intense. C'est la conséquence de cette action toxique du chloral sur les hématies.

Une autre conséquence de l'introduction brusque dans une veine d'une solution trop concentrée de chloral est une modification produisant une coagulation incomplète et telle que le sang ainsi altéré pourra traverser le cœur droit, être lancé dans les poumons, et, arrêté dans les capillaires pulmonaires, déterminer tous les accidents des embolies capillaires des poumons, des troubles plus ou moins graves de l'hématose, une perturbation des contractions cardiaques, et, ultérieurement, de la congestion, de l'apoplexie, de Tœdème pulmonaires : parfois même, on voit se produire une eaibolie presque subitement mortelle.

In vitroy une solution au cinquième est encore nocive, et il est nécessaire d'arriver à amener la dissolution jusqu'au vingtième si l'on veut ne pas avoir de phénomènes d'action locale; et cependant, même avec cette solution au vingtième, on observe encore un gonflement du stroma.

Néanmoins on peut très bien se servir chez les animaux d'une solu-

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tion au cinquième sans qu'on voie survenir chez eux le moindre accident. Cela tient peut-être à une affinité particulière des matières albuminoïdes pour les substances étrangères, affinité qui fait que ces matières albuminoïdes s'en emparent en quelque sorte, en les empêchant d'exercer leur action nocive. Cela peut tenir également à une dilution très rapide dans le sang. Dans tous les cas, c'est là un fait d'expérience, s'il n'est pas possible de l'interpréter d'une façon suffisante pour le moment : par suite de la vie du sang, c'est-à-dire lorsque le chloral agit sur du sang qui circule chez Tanimal vivant, son action parait certainement beaucoup moins intense que celle qu'il peut exercer, au même degré de dilution, sur du sang in vitro. Dans les vaisseaux, les hématies, et le sang dans sa totalité, paraissent mieux défendus contre les atteintes des agents capables d'amener leur destruction ou la coagulation.

Messieurs, comme je vous le disais tout à l'heure, c'est en 186& que Liebreich fit ses premières expériences relatives à l'action médicamenteuse du chloral. Il s'avisa d'étudier les actions chimiques que certaines substances exerçaient vis-à-vis du chloral et il remarqua que lorsqu'on faisait agir sur lui une solution alcaline, on obtenait une décomposition en vertu de laquelle du chloroforme et un formiate alcalin prenaient naissance.

Je vous écris cette réaction parce qu'elle est extrêmement importante et en même temps parce qu'il y a des chiffres dont il faut tenir compte dans la discussion dans laquelle nous allons entrer maintenant. La formule de la réaction est celle-ci :

C^HCl^O + KOII = CHO^K + CHCP

Si nous envisageons les quantités de chacune de ces substances qui entrent en réaclion, nous voyons que le poids moléculaire du chloral est de 147,5; celui de la molécule de potasse de 56,1; celui de la molécule de formiate de potasse de 84,1 ; et celui du chloroforme de 119,5. La même réaction, bien entendu, peut se produire avec de la soude et même seulement sous l'inQuence de l'eau, au moins théoriquement. Nous pourrons ainsi dresser le tableau suivant :

381 milligrammes de potasse = 810 milligr. de chloroforme et 570 milligr. de

Tormiate de potasse.

272 milligrammes de soude = 810 milligr. de chloroforme et 461 milligr. de

formiate de soude.

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