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DÉCOMPOSITION DANS L'ORGANISME

122 milligrammes d'eau = 810 milligr. de chloroforme et 312 milligr. d'acide formique.

381 KOH = 810 CHCP H- 570 CHO«K 272 NaOH = 810 CHCl^ + 461 CHO^Na 122 H»0 = 810 CHCl» + 312 CH^O*

Ces quantités sont rapportées à un gramme de chloral anhydre. Mais, en réalité, ce n'est pas à une partie de chloral anhydre qu'il conviendrait de rapporter ces ^chiffres, mais au chloral hydraté dont la formule est exactement : C'HCTO.H'O, car il cristallise avec une molécule d'eau.

Il en résulte que, pour tenir compte de ces faits, et vous allez voir quelle est leur importance dans la discussion que nous allons avoir à résumer à ce sujet, il en résulte que cent parties de chloral hydraté correspondent à 72p"*^"20 de chloroforme; c'est-à-dire qu'en admettant que 100 grammes d'hydrate de chloral, cristallisé avec sa molécule d'eau, se décomposent intégralement, ces 100 grammes donneront naissance à 72*^20 de chloroforme.

Cela posé, voici pourquoi je vous ai reproduit ces chiffres. Liebreich pensait que c'était en raison de la décomposition du chloral dans le sang que cette substance produisait son action pharmacodynamique; pour lui, c'était précisément par cette transformation en chloroforme et en formiate alcalin, c'est-à-dire en mettant à l'état naissant du chloroforme en présence des éléments du sang que l'on pourrait s'expliquer l'action médicamenteuse de Thydrate de chloral.

Une objection se présentait tout de suite, elle n'a pas manqué de frapper Liebreich. C'est que la décomposition que je viens d'indiquer exigeait la dépense d'une quantité relativement considérable d'alcali; mais il admettait que cet alcali se renouvelait dans le sang circulant, que l'action du milieu alcalin sur le chloroforme était successive, régulière; et que la mise en liberté du chloroforme se faisait ainsi à l'état naissant d'une façon continue, lente; et lui permettant de se fixer immédiatement sur les ganglions cérébraux, sur les ganglions de la moelle, sur les ganglions du cœur : c'était comme conséquence de cette fixation du chloroforme que le chloral déterminait son action pharmacodynamique.

Richardson adopta également la même manière de voir et il crut prouver qu'on pouvait obtenir identiquement les mêmes effets, chez

les animaux, par Temploi des injections sous-cutanées de chloral ou de chloroforme. Il poussa très loin Tétude de la comparaison des résultats qu*on pouvait obtenir; et il y a à retenir de ses expériences ceci : c*est qu'il se décompose par heure, dans le sang d'un individu, une quantité de 35 à 40 centigrammes de chloral, quantité qui correspond à 25 ou 30 centigrammes de chloroforme produit. Je vous rappellerai ces chiffres tout à l'heure pour vous montrer, précisément, qu'ils sont absolument insuffisants pour expliquer l'action que le chloral détermine.

Mais il était beaucoup plus simple de chercher à voir si le chloral se décomposait en réalité dans le sang, c'est-à-dire de rechercher la présence de ses produits de décomposition. Personne a entrepris cette recherche; et il pensa avoir démontré l'existence du chloroforme dans le sang par le procédé de recherche que je vous ai mis sous les yeux lorsque je vous ai parlé de la recherche toxicologique du chloroforme. Personne administrait une certaine quantité de chloral à un animal, recueillait son sang, faisait barboter dans ce sang un courant d'air qui allait traverser un tube de porcelaine chauffé au rouge et rempli de pierre ponce : puis, au sortir du tube de porcelaine, le gaz s'en allait barboter dans un tube de Liebig. contenant du nitrate d'argent. 11 voyait se former un précipité de chlorure d'argent; et il en concluait que cela venait de ce que du chloroforme s'était formé dans le sang. Mais, l'odeur du chloral, à elle seule, montre que ce Corps se volatilise, de sorte qu'on pouvait opposer à cette expérience que les vapeurs de chloral pouvaient venir fausser les résultats.

Byasson et Follet, reprenant ces recherches de Personne, conclurent comme lui à la décomposition en chloroforme, à la présence du chloroforme, non seulement dans le sang, mais encore dans l'air expiré; et ils démontrèrent dans l'urine l'existence d'un formiate alcalin. Bien plus, ce furent les premiers qui pensèrent à faire intervenir, dans la production des actions hypnotiques et hypno-anesthésiques, l'influence de l'asphyxie, en disant que cet acide formique s'oxydait dans l'économie aux dépens de l'oxygène du sang et produisait l'état asphyxique des hématies, d'où dérivait ensuite l'hypnose.

Un argument qu'ils faisaient valoir à l'appui de leur interprétation était le suivant. Les trichloracétates de potasse ou de soude, dont la formule répond d'assez près à celle du chloral, sont capables de se

dédoubler également dans réconomie en donnant naissance à du chloroforme et à un carbonate alcalin ; aussi leur action est-elle bien moins énergique que celle du chloral en raison de Tabsence du formiate.

C^CPO^K + KOH = CHC13 + CO^K»

Il y avait une bien meilleure interprétation à faire valoir : c'était l'action déshydratante du formiate de potasse. Vous vous rappelez sans doute que j'ai appelé votre attention sur l'importance que les phénomènes de déshydratation pouvaient avoir dans la production de l'hypno-anesthésie. On aurait pu faire intervenir ici l'action déshydratante du formiate de potasse, action qui est telle, comme l'ont démontré les recherches de Lieben, que, sous son influence, Taldéhyde ordinaire se convertit en aldéhyde crolonique :

Mais je passe sur ces faits et j'arrive à une série d'expériences qui ont été faites par MM. Horand et Peuch, qui ont repris les expériences de Personne et ont paru avoir prouvé d'une façon tout à fait péremptoire le bien fondé de ses conclusions.

En effet MM. Horand et Peuch démontrèrent d'abord la stabilité des solutions de chloral très pur, c'est-à-dire qu'ils démontrèrent qu'un courant d'air traversant une solution diluée de chloral n*entratnait pas de chlore à travers un tube chauffé au rouge et par conséquent ne déterminait pas la précipitation de la liqueur d'argent dans le tube de Liebig. Ils démontrèrent ensuite que lorsqu'on administrait du chloral à un animal, comme l'avait déjà fait Personne, le courant d'air barbotant dans le sang de cet animal entraînait un dérivé chloré qui produisait un précipité de chlorure d'argent.

Us en concluaient que le chloral s'était décomposé dans le sang, où il n'existait plus en nature, et cela par ce fait que s'ils attendaient que la production de chlorure d'argent eut cessé, et s'ils venaient alors à ajouter de la potasse au sang qui restait encore dans l'appareil, en continuant à y faire barboter un courant d'air, ils n'obtenaient plus la formation d'acide chlorhydrique capable de précipiter le nitrate d'argent, ce qui, d'après eux, démontrait que la totalité du chloral s'était décomposée et qu'il n'en restait plus en dissolution dans le sang.

A Tappui de leurs expériences, ils apportaient encore cette considération que le dédoublement du chloral est d'autant plus prononcé que lalcalinité normale du sang est plus considérable : ainsi la réaction de Tacide chlorhydrique provenant de la décomposition du chloroforme serait plus évidente avec le sang de mouton, de cheval et de bœuf, qu'avec le sang de lapin ou de chien.

Rabuteau adopta également les conclusions de ses prédécesseurs. Pour lui, non seulement il y avait décomposition comme je viens de le dire, mais il y avait, en plus, oxydation du formiate alcalin. Cette oxydation permettait même de comprendre comment tout Talcali disponible du sang n'était pas utilisé à faire la décomposition du chloral. Il appuyait son observation sur ce fait qu'en administrant du formiate de potasse ou de soude en quantité assez considérable à des animaux, on ne tardait pas à voir les urines devenir alcalines, comme elles le sonl d'ailleurs toutes les fois qu'on administre des sels alcalins d'acides organiques en quantité assez considérable. Cette interprétation ne concordait pourtant pas avec l'observation déjà bien établie que, lorsqu'on administre du chloral à des individus ou à des animaux, l'urine devient bien plus énergiquement acide qu'à l'état normal.

Enfin une expérience par laquelle Liebreich croyait avoir absolument prouvé le bien fondé de son interprétation était celle-ci. Il soumettait un lapin à la diète absolue jusqu'à ce que, par suite de cette diète, l'élimination des chlorures eût complètement cessé par son urine. A ce moment il administrait à l'animal un gramme d'hydrate de chloral contenant 643 milligrammes 3 de chlore. Or, en dosant le chlore dans les urines du lapin, il en retrouvait de 55 à 60 centigrammes. Il croyait avoir ainsi démontré péremptoirement le fait de la décomposition du chloral dans l'économie.

Eh bien. Messieurs, cetle expérience qui est valable dans une certaine mesure, ne l'est pas absolument, à mon avis du moins, dans ce cas particulier. Voici pourquoi. Lorsqu'on soumet un animal à une diète absolue, on le force en quelque sorte à utiliser, au maximum possible, la première substance qui va être introduite dans son économie; et cet animal se trouve, par rapport au chlore du chloral, exactement dans la même situation que le serait un individu mourant de faim par rapport à une substance fort peu nutritive, quelle qu'elle soit, que vous viendriez ensuite à lui donner. Il utili-

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serait de son mieux cette substance peu alibile, il la décomposerait dans une certaine mesure; mais cela ne prouverait rien en faveur de la valeur nutritive de la substance en question, pas plus que de sa facile décomposition dans l'organisme normal.

La sanction expérimentale de Tinterprétalion de Liebreich a semblé avoir été apportée dans ces dernières années par M. Arloing.

Délaissant complètement le côté de physiologie chimique qui avait été seul envisagé jusque-là, M. Ârloing estime avoir démontré le bien fondé de l'interprétation de Liebreich par les méthodes de la physiologie pure, et voici comment. Il étudia Faction du formiate de soude sur les animaux; et il remarqua que lorsqu'on administre à des chiens du formiate de soude à dose faible, on diminue le nombre et la force des contractions cardiaques; cela toutefois après une très courte période d'excitation préalable. Puis, il se produit un écoulement plus rapide du sang des artères dans les veines. En effet, lorsqu'on introduit du formiate de soude chez les animaux par voie d'injections in tra- veineuses on détermine une dilatation de tout le système capillaire. A forte dose, les contractions cardiaques sont excitées, alors qu'à faible dose elles sont, au contraire, diminuées. Il en résulte qu'alors l'effet de vaso-dilatation périphérique est contrebalancé, en partie, par une influence centrale.

M. Arloing, je crois, se hâta un peu trop d'interpréter cette action du fprmiate de soude en disant que, grâce à cette vaso-dilatation exercée par lui sur l'appareil circulatoire de Tanimal en expérience, le chloroforme qui provenait de la destruction du chloral était apporté plus rapidement et en plus grande abondance tant aux centres nerveux qu'aux terminaisons sensilives périphériques, et que c'était là Texplicalion de l'action calmante, de l'action sédative du chlorah

En résumé, le formiate à faible dose — mais j'insiste sur ce point : il faut qu'il soit introduit dans l'économie par voie intra-veineuse — produit un ralentissement du cœur, la dilatation des capillaires, un abaissement de la pression artérielle et une augmentation de la vitesse diastolique dans les vaisseaux centrifuges. A forte dose, le formiate produit l'accélération du cœur, la diminution de l'énergie des systoles, l'abaissement de la pression et l'augmentation de la vitesse du sang dans les artères, augmentation moins considérable cependant que celle qu'on observe à dose faible. Si l'on vient à

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introduire brusquement une dose forte dans le cœur de ranimai, on voit le ralentissement et même Tarrèt déRnitif survenir, comme dans l'intoxication par le chloral, après Tarrêt respiratoire.

M. Arloing pense que Taction exercée par le chloral en nature sur Torganisme n'est autre chose que la série des modifications successives imprimées au cœur et à la respiration par suite de l'introduction du chloroforme d'abord, puis du formiate alcalin chez un animal. Il croit en avoir fait la preuve par la démonstration expérimentale qu'il a appelée la synthèse de l'action du chloral. En introduisant d'abord, par voie d'injections intra- veineuses, chez un animal, du chloroforme en suspension dans de Teau, il voyait survenir une augmentation de pression, la diminution des vitesses systolique et diastolique; puis, sous Tinfluence de Tintroduction brusque d'une solution de formiate de soude, à cette augmentation de pression il voyait succéder une diminution telle que la pression descendait bientôt au-dessous de la normale; en même temps, les vitesses systolique et, surtout, diastolique s'accroissaient au point de dépasser bientôt leur valeur primitive.

L'objection que la sensitive, si sensible à l'action du chloroforme, n'est pas affectée par le chloral, M. Arloing Técarte en admettant que le chloral ne trouve pas dans les organes de la plante les conditions essentielles de sa décomposition, c'est-à-dire l'alcalinité du milieu. Pour lui il ne peut y avoir de doute, les faits expérimentaux viennent confirmer absolument la théorie de Liebreich. Ses conclusions sont les suivantes. Le chloral se dédouble dans l'organisme en chloroforme et en formiate alcalin. Les effets du chloral sur les fonctions autres que la sensibilité ne sont pas semblables aux effets du chloroforme. Les modifications circulatoires sont la résultante des modifications propres d'abord au chloroforme, ensuite au formiate. Il en est de même des modifications qu'on peut observer du côté de la respiration et de la calorifîçation. Les effets anesthésiques sont dus entièrement et uniquement à l'action du chloroforme qui prend naissance. Le formiate alcalin favorise mécaniquement cette action en facilitant le transport du chloroforme au contact des éléments nerveux, en augmentant leur imprégnation.

Une dernière tentative de soutien de la théorie de Liebreich a été faite par M. Gabriel Guérin, qui a consacré sa thèse à l'étude de l'interprétation de l'action du chloral. Pour M. Guérin, non seule-

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