C*H»C130 H- KOH = CHO*K + C'H»CI
Croton-chloral. Formiate Chloroforme
de potasse, propylique.
cm*œ = Hci + c3H*ci»
Chloroforme Propylène
propylique. bicnlorë.
Or, le croton-chloral possède des propriétés hypno-anesthésiques encore plus accentuées que celles du chloral, et ces propriétés se trouvent en désaccord absolu avec le dédoublement du chloroforme propylique.
Les arguments les plus sérieux, tant d'ordre chimique que d'ordre physiologique, me paraissent donc plaider en faveur de la prépondérance tout au moins, sinon même de l'exclusivité, de l'action propre dii chloral.
J'ajouterai à tous les précédents un dernier argument qui me parait avoir au moins autant d'importance que les autres; je l'emprunterai à l'action hypnotique énergiquement accusée des chloralides, c'est-à-dire de ces composés chimiques qui dérivent du chloral et dont le chloralose nous représente le type le plus parfait. Comment pourrait-on interpréter l'action hypnotique du chloralose avec cette théorie de Liebreich? Il faudrait admettre que le chloralose se décomposerait en donnant du chloral, qui, lui-même, se décomposerait à son tour en donnant du chloroforme. De sorte qu'il serait nécessaire d'arriver à des doses de chloralose plus que mortelles
pour obtenir ]e dégagement d'une quantité de chloroforme sufBsante pour impressionner lorganisme. Ou bien, il faudrait alors refuser d'admettre que ce soit à la molécule du chloral que les chloralides empruntent leur pouvoir hypnotique, ce qui me paraît absolument contraire aux faits d'observation et d'expérience.
Comme vous le voyez, Messieurs, les interprétations de Taction du chloral se réduisent en somme à deux théories : les uns sont partisans de la décomposition du chloral, les autres, non.
Je vous ai cité tout à l'heure les principaux partisans de la théorie du dédoublement, c'est-à-dire de la théorie de Liebreich. Voici les noms des principaux partisans de la théorie adverse, celle de l'action propre du chloral : Demarquay, Labbé et Goujon, Gubler, Claude Bernard, Liégeois et Giraud-Teulon, Diculafoy et Krishaber, Ferrand, Giraldès, Soulier, en France; à l'étranger, Hammarsten, Rajewsky, Lewison, Heidenhain, Arndt, Nothnagel et Rossbach, Musculus et de Méring, de Marmé, Kûlz; et certainement d'autres dont les noms m'échappent. Tous nient ou réduisent à une proportion insignifiante la décomposition du chloral en chloroforme et en formiato alcalin.
Pour ma part, je crois que l'opinion mixte est la vraie. C'était Topinion de Yulpian, qui pensait que, bien certainement, une partie du chloral introduit dans l'organisme se décompose sous l'inQuence de l'alcalinité du sang — et, pour moi, j'ajouterai surtout sous Tinfluence de l'activité vitale des cellules, — mais que l'autre partie, la plus considérable, de beaucoup, agit en propre.
Je viens de vous dire que cette décomposition est évidemment sous la dépendance de l'activité vitale des cellules et de l'alcalinité du milieu; peut-être faut-il faire intervenir aussi la tension de l'acide carbonique dans le sang, mais cela reviendrait encore, sous une autre forme, à l'activité vitale dont je parlais tout à l'heure. L'action du métachloral est pour moi une preuve des faits que j'invoque : le métachloral, insoluble, n'agit évidemment comme substance hypnotique qu'après s'être transformé en chloral dans l'économie; or, nous savons qu'il faut une action physico-chimique énergique pour arriver à cette transformation, par exemple, une température d'au moins 180". Eh bien, nous savons que des réactions chimiques qui ne s'obtiennent qu'au prix de conditions réalisées par des procédés physiques ou mécaniques violents sont au contraire produites facile-
PREUVES A l'appui DE L'ACTION PROPRE 625
ment par le fait seul de la vie, de ractivité biologique des cellules. C'est, je crois, à cette activité biologique qu'il faut rapporter la part de décomposition du chloral dans l'économie.
Un dernier mot. Messieurs, relativement à une autre interprétation de Taction du chloral, due à M. Tanret. Je vous en ai déjà parlé à propos des hypno-anesthésiques. M. Tanret, se basant sur ce fait que le chloral, en présence du permanganate de potasse en solution alcaline, se transforme en donnant comme produits de décomposition de l'oxyde de carbone, de Tacide carbonique, de l'acide formique et un chlorure alcalin, a émis l'opinion que c'était par suite de cette décomposition, et de l'action que l'oxyde de carbone exerçait sur les hématies, que le chloral produisait son action hypnotique. J'ai discuté cette théorie à propos des hypno-anesthésiques : à mon avis, elle est aussi insoutenable pour le chloral que pour les hypno-anesthésiques; je n'ai donc pas à y revenir.
A présent que nous voici fixés sur l'interprétation à admettre relativement au mode d'action du chloral, il nous reste à étudier l'action physiologique spéciale qu'il exerce sur les divers appareils de l'économie.
XXVP LEÇON
ACTION PHYSIOLOGiaUE DU CHLORAL. — ACTION ANES- THÉSIQUE GÉNÉRALE. — ACTION SUR LE SYSTÈME NERVEUX. -ABOLITION DE LA RÉFLECTIVITÉ BULBO- MÉDULLAIRE.
L'absorption du chloral, quelle que soit la voie par laquelle il pénètre dans Torganisme, est extrêmement rapide et les effets pharmacodynamiques qu'on en obtient sont presque immédiats; cependant, Tanesthésie ou Fhypnose sont à peu près nulles lorsque le chloral pénètre dans l'organisme par voie d'inhalation.
Ainsi vous vous rappelez avoir vu dans notre précédente réunion une grenouille placée sous une cloche dont l'atmosphère était saturée d'hydrate de chloral, ou bien encore de vapeurs de chloral anhydre; l'absorption se fit très rapidement; elle se traduisit par des symptômes tout à fait différents de ceux de l'action pharmacodynamique qu'on recherche dans le chloral, c'est-à-dire que ces symptômes, au lieu de se traduire par de l'hypnose, ont consisté en convulsions suivies rapidement par la mort.
Il en est de même chez les animaux à sang chaud; et si l'on vient à mettre un cobaye, par exemple, sous une cloche dont l'atmosphère est saturée de vapeurs de chloral anhydre, on voit la mort survenir, après un temps plus ou moins considérable, dans les mêmes conditions que chez la grenouille.
Sous l'influence des injections hypodermiques, on peut obtenir chez les animaux ou chez l'homme l'action médicamenteuse du chloral; mais, comme je vous l'ai fait remarquer, cette méthode des injections hypodermiques ne peut être recommandée, elle est même à proscrire absolument, parce que l'action locale exercée par l'hydrale