EXPERIENCES SUR LES AIRS ARTIFICIELS
qu'il se fonda en Angleterre une secte d'individus recherchant, par remploi du gaz hilarant, les phénomènes d*euphorie et les sensations inconnues jusque-là que procurent aussi l'opium, le haschisch, etc. ; et que sous l'influence des inhalations de ce gaz il se produisit des symptômes tellement intenses chez les individus qui étaient adonnés à cette pratique qu'on ne peut mieux comparer cette secte d'individus qu'aux fumeurs d'opium, aux thériakis, aux morphinomanes. Il me semble impossible de trouver, dans les raisons qui ont été données, une explication rendant exactement compte de ces faits. Les désordres amenés par les inhalations de protoxyde d'azote furent tels, à un moment donné, qu'on dut même prohiber absolument les réunions dans lesquelles se faisaient ces inhalations, comme on a cherché à prohiber les cercles dans lesquels se fument l'opium et autres substances du même genre.
Cependant, pour en revenir au sujet qui nous intéresse, le but de l'anesthésie avait été touché de bien près. En efi'et les propriétés anesthésiques du protoxyde d'azote avaient été bien nettement spécifiées par Davy; et on ne peut être que vraiment bien surpris de ne l'avoir pas vu pousser la solution du problème jusqu'au bout. Davy dit en efi'et en propres termes que t le protoxyde d'azote pur parait jouir, entre autres propriétés, de celle d'abolir la douleur. On pourrait probablement l'employer avec avantage dans les opérations de chirurgie qui ne s'accompagnent pas d'une grande efl'usion de sang. » Un pas de plus et Davy avait découvert l'anesthésie vraie.
Comme les observations de Davy n'avaient pas amené à l'anesthésie véritable, et en raison peut-être de la prohibition dont je parlais tout à l'heure, les essais de respiration des airs artificiels ne furent plus continués que par des curieux. C'étaient, en général, les travailleurs fréquentant un laboratoire qui avaient la curiosité d'éprouver une fois les phénomènes si bizarres décrits par flumphry Davy; d'essayer si l'inhalation d'autres substances gazeuses, d'autres vapeurs, ne déterminerait pas chez eux des efl'ets du même genre. C'est dans de semblables conditions que les inhalations se firent.
Au mois de décembre 1844, à Hartford, dans la province de Vermont, aux États-Unis, se fit une séance d'inhalation à laquelle assistait un très modeste dentiste du nom de Horace Wells. Wells était à l'alTùt — si vous voulez me permettre cette locution un peu vulgaire — des phénomènes relatifs à l'action exercée par les inhalations; et,