OBSERVATION DE GRÉ
Le 12 février. — La nuit a été très bonne, calme; le faciès n'est plus abattu; les membres inférieurs sont devenus souples, ainsi que les parois abdominales. Le malade a uriné abondamment. L*amélioration est si manifeste pour tous ceux qui suivent ma visite,que je ne crois pas devoir renouveler l'injection et que je me contente de prescrire une potion avec 4 grammes de bromure de potassium.
La journée fut bonne; le malade put s'alimenter convenablement. Le soir j'allai le revoir. Je le trouvai couvert de sueur : je m'aperçus alors que, depuis la visite du matin, on lui avait enlevé un énorme gilet de flanelle gui n'avait pas été remplacé. Une simple chemise de toile était appliquée directement sur la poitrine, que je fis aussitôt couvrir d'une pièce de ouate, en attendant qu'on lui remit le vêtement si malencontreusement enlevé. Aussi, le lendemain 13 février, j'appris sans étonnement que la nuit avait été mauvaise; que le malade avait été tourmenté par une toux ardente accompagnée de crises de suffocation occasionnées par l'imprudence commise, par une contracture violente des parois thoraciques. Cette contracture, qui revenait par accès répétés, constituait alors te phénomène tétanigue dominant, car les membres inférieurs avaient repris leur souplesse et obéissaient à, l'action de la volonté; le trismus était notablement diminué; le malade pouvait en effet s'alimenter «facilement. Quant à l'opislhotonos, c'était plutôt de la raideur musculaire qui n'empêchait pas le malade de rester assis pour peu qu'on l'aidât. Il devenait évident que l'exaltation du pouvoir excito-moteur de la moelle était singulièrement modifiée, et que la maladie avait perdu beaucoup de terrain. Néanmoins, je songeais, pour activer la terminaison, à faire une quatrième injection, lorsqu'au moment où j'introduisais la canule dans la veine, survint une quinte de toux accompagnée de suffocation, de cyanose, qui dura plus de cinq minutes.
Je jugeai prudent de m'abstenir, et je prescrivis pendant les deux jours qui suivirent 28 grammes de chloral dans 120 grammes de sirop de tolu, qui furent donnés par l'estomac. Cette dose si élevée amena seulement de la somnolence sans produire la moindre modification dans l'état tétanique, tel que je viens de le décrire. Le dégoût d'une part, et la fatigue que cette substance amena du côté de l'estomac, me firent en suspendre l'emploi.
Pendant ces deux jours, les crises de toux et de suffocation ne semblèrent pas se modifier favorablement; aussi, le 16 février, l'engouement pulmonaire persistant, je prescrivis la potion suivante qui fut renouvelée deux fois en vingt-quatre heures :
Eau 120 grammes.
Sirop de tolu 30 —
Kermès 15 centigrammes.
Acétate d*ammoniaque 10 grammes.
Sous l'influence de cette potion, expectoration abondante de crachats muqueux ne présentant pas la moindre strie sanguinolente. Le pouls a perdu de sa fréquence (76j, mais il est intermittent. La res-