OBSERVATION DE ORE
piration s'est régularisée. Quant au tétanos, il est profondément modifié; les mouvements du cœur et des membres inférieurs sont entièrement libres. Les parois abdominales se laissent déprimer. Toutefois, l'élément morbide n^est pas entièrement éliminé. Le malade essaie-t-il, en effet, de faire des mouvements, il est aussitôt pris de contracture générale, le thorax se projette en avant, la région lombaire se creuse, et Ton a sous les yeux un opisthotonos complet.
Mais ces crises durent pendant 5, 10, 15 minutes au plus. Elles cessent alors et le calme revient, avec le relâchement musculaire. Je ne crus pas devoir recourir de nouveau à Tinjection intra-veineuse, puisque le mal semblait s'épuiser. Je me contentai de rester témoin attentif de phénomènes convulsifs qui s'atténuaient de jour en jour, et de combattre les accidents bronchiques.
Le 17 février, la journée fut calme, la respiration sèche, le pouls sans intermittence et régulier; les convulsions, de plus en plus espacées, sont moins longues, mais toujours très douloureuses. Le malade dépeint ce qu'il appelle ses crises^ ses crampes^ en les comparant à un resserrement violent qui part des reins pour s'irradier brusquement aux membres inférieurs, à l'abdomen, au thorax, au cou, à la face.
Dans les moments de calme, il cause librement, il expectore avec facilité, il demande à être levé. On se rend à son désir, on l'assied sur un fauteuil pendant dix ou quinze minutes : il ne s'y trouve pas du tout incommodé.
Une fois assis, les jambes sont à moitié fléchies sur les cuisses, les cuisses sur l'abdomen; le tronc est manifestement plié sur le bassin, bien que l'angle soit encore très obtus.
Je renouvelle la potion au kermès; le malade se plaignant d'éprouver de l'insomnie, j'ajoute trois pilules d'extrait thébaïque de 5 centigrammes. Ces pilules furent continuées pendant trois jours. Loin d'amener du calme, elles produisirent de la fatigue. J'y renonçai. A partir de ce moment, jusqu'au 28 février, l'état du malade a toujours été en s'améliorant. La contracture n'était plus, en effet, un état permanent; elle revenait, au contraire, par crises de courte durée, portant tantôt sur les membres inférieurs, tantôt sur les parois abdominales, sur les muscles des lombes, du cou ou des mâchoires; elle cessait presque aussitôt pour faire place au relâchement. Quoi qu'il en soit, j'étais disposé à recourir aux injections si elles devenaient nécessaires. Il n'en a pas été ainsi.
Le 28 février, le malade est en pleine convalescence; il s'assoit dans son lit, peut se coucher indifféremment sur le côté droit et le côté gauche; les membres inférieurs, ainsi que les parois thoraciques et abdominales, ont repris leur souplesse habituelle; le sommeil est bon, l'appétit revenu. Le malade a pu manger des aliments solides; toutes les fonctions s'accomplissent, du reste, avec une régularité parfaite. 11 a demandé à rentrer dans sa famille, ce que j'ai refusé d'accorder par excès de précaution.
Aujourd'hui 14 mars, il a repris son régime habituel, et il ne lui reste plus de son état maladif que de la faiblesse et une maigreur notable.
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Cependant, Messieurs, il ne faudrait pas croire que le résultat soit toujours aussi brillant que celui-là; et il n'est pas rare, lorsqu'on fait des injections simultanées de strychnine et de chloral, ou de tétanotoxine, c'est-à-dire de culture du bacille du tétanos, et de chloral, de voir la mort survenir après une période de douze à trente-six heures, avec un abaissement considérable de température; et cela, en Tabsence complète d'accidents convulsifs.
Ce fait, sur lequel j'ai déjà insisté en étudiant l'action physiologique de la strychnine, montre que l'exeitabilité exagérée delà substance grise n'est pas seule en jeu; et qu'il faut compter avec des modifications physico-chimiques de la moelle, modifications matérielles plus profondes, qui, engendrées au début par les excitations venues de la plaie et, très probablement, je dirai même volontiers très certainement favorisées par l'action chimique du poison sur les éléments nerveux — que ce poison soit la toxine du tétanos, la strychnine, ou toute autre substance agissant de la même façon, — persistent, même après la disparition de ces excitations, et déterminent alors l'abolition progressive des fonctions de l'axe cérébrospinal. J'en veux trouver la preuve dans les expériences de Vulpian sur l'administration simultanée, à des animaux, de strychnine et de curare ; et dans les expériences de Charles Richet sur l'administration de doses énormes de strychnine à des mammifères chez lesquels on pratique la respiration artificielle. Dans tous les cas, on voit les animaux succomber, soit à la toxine du tétanos, soit à la strychnine; et cela, sans que la quantité de chloral administrée, qui a cependant empêché d'une façon absolue la production de convulsions tétaniques, ait pu empêcher cette atteinte des propriétés fonctionnelles de la cellule nerveuse et ces modifications physico-chimiques dont je parlais tout à l'heure.
Mais, dans ces cas, ce qu'il y a de certain, c'est que le chloral permet, en faisant cesser les accidents convulsifs et en relâchant les muscles, de nourrir et de médicamenter le malade; de soutenir ses forces. D'autre part, le chloral abolit la douleur et la sensibilité anormale de la plaie; il supprime les irritations périphériques acfivant ou entretenant le travail morbide dont la moelle est le siège; et, dans ces conditions, il aide dans la plus avantageuse mesure à la réparation du tissu nerveux et à la restitution de son état normal. Si ces altérations persistaient, la mort surviendrait rapidement.
ABOLITION DE LA REFLECTIVITE BULBO-MEOULLAIRE 651
comme dans les expériences dont je parlais lout à l'heure, soit par asphyxie pendant les crises convulsives, soit par abolition progressive d'aptitude fonctionnelle de la moelle.
On a cherché à appliquer également le chloral au traitement de la rage, au moins dans ce que ce traitement peut avoir à démêler avec le chloral, c'est-à-dire dans ce que le traitement de la rage peut avoir à demander au chloral comme abolissant de la réflectivité bulbo-méduUaire.
XXVIP LEÇON
ACTION SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE, LE CŒUR ET LA CIRCULATION, LA RESPIRATION. — CHLORALISME CHRO- NIQUE. — CROTON-CHLORAL. — BROMAL.
Le chloral exerce sur le système musculaire une action assez remarquable, mais qui n'intéresse vraiment ce système que lorsque le chloral est mis directement au contact du muscle. L'abolition des réactions cérébro-musculaires a lieu au moment précis où disparaissent les mouvements réflexes d'origine sensitive périphérique. Lorsque le cerveau est devenu inexcitable, les muscles et les nerfis moteurs ont encore conservé toute leur excitabilité. Le chloral paralyse la substance grise; et cette action se porte principalement sur la substance grise médullaire. 11 s'agit, en réalité, de phénomènes nervo-musculaires; mais les troubles du système moteur sont tellement accentués qu'ils sollicitent vivement l'attention de l'observateur.
Ces troubles de motilité débutent par de l'incoordination et de la paresse des mouvements aboutissant bientôt à une résolution musculaire qui présente un degré variable avec les doses, mais qui peut aller jusqu'à la résolution complète, comme dans l'hypno-anesthésie. Chez rhomme, l'amyosthénie n'atteint jamais le degré de perfection auquel on la voit arriver chez l'animal ; on a cependant signalé des effets acinétiques tels, que la tête et la mâchoire inférieure, n'étant plus soutenues par la tonicité des muscles, retombaient à l'état flasque en obéissant aux lois de la pesanteur, absolument comme dans l'ivresse la plus profonde.
Cette influence peut atteindre les muscles de la vie organique, ainsi que le prouvent l'incontinence d'urine, l'arrêt de la digestion,