ABOLITION DU POUVOIR EXCITO-MOTEUR DE LA MOELLE
suite de paralysie de la tunique musculaire de Testomac; la paralysie du sphincter anal, de Tutérus, etc. : on a même préconisé l'emploi du chloral pour arrêter un avorte ment menaçant, en déterminant la paralysie des flbres utérines. La résolution musculaire étant sous la dépendance du pouvoir excito-moteur de la moelle, et la moelle commençant à se paralyser par sa partie inférieure, on peut s'expliquer ainsi les bons effets du chloral pour s'opposer à un avorlement qui aurait pour cause Thypercinésie des fibres utérines.
Mais la contractilité de la fibre musculaire n'est atteinte que lorsque le chloral est mis au contact direct de l'élément anatomique. Dans ce cas, le muscle devient rigide par suite de l'action exercée par le chloral sur les albuminoïdes : il faut tenir compte aussi, sans doute, des modifications apportées dans les réactions physico-chimiques qui caractérisent la vitalité normale des cellules, surtout lorsque la dose de chloral est trop faible pour agir efficacement sur les albuminoïdes. Voici une grenouille en état de résolution musculaire complète sous l'influence du chloral. Vous pouvez voir que la faradisation du sciatique, aussi bien que celle du gastrocnémien, produit des contractions musculaires : je touche le nerf d'abord, puis le muscle avec une goutte de solution de chloral au cinquième, et vous voyez aussitôt diminuer rapidement, puis disparaître tout à fait, les contractions si énergiques tout à l'heure.
La résolution musculaire est donc la conséquence de la perte du pouvoir excito-moteur de la moelle ; quant à l'incoordination, elle peut être expliquée par une action du chloral sur la protubérance, ou encore par la perte du pouvoir de coordination exercé par l'encéphale; probablement même, les deux actions coexistent et s'ajoutent.
Dans quelques rares circonstances, on voit la résolution musculaire être précédée d'une période d'exaltation qui peut, précisément, être attribuée à une hyperexcitabilité de la moelle qui n'est plus compensée et maintenue par l'influence des centres cérébraux : c'est principalement chez les buveurs, certains aliénés, quelquefois même chez des nerveux, que ces phénomènes, qui ont atteint parfois jusqu'à des accès convulsifs, ont été observés. Je vous ferai, à ce sujet, remarquer que l'on peut donner de ces derniers phénomènes une interprétation tout à fait opposée; et dire que l'exaltation musculaire passagère ainsi observée est due à la suppression de Tinfluence médullaire : le déterminisme des conditions dans lesquelles ces
faits, je le répète, fort rares, ont été observés, n'est pas sufQsaoïment connu pour que Ton puisse choisir de préférence Tune ou l'autre hypothèse.
Action du chloral sur le cœur et la elrcalation. — Sur le
cœur et la circulation, le chloral agit d'une façon toute particulière et intense; et, en définitive, il constitue un véritable poison du cœur. D'après M. E. Labbée, 10 centigrammes suffisent à arrêter, dans l'espace d'environ quinze minutes, les battements du cœur d'une grenouille; 3 grammes déterminent l'arrêt du cœur d'un lapin, 6 grammes produisent l'arrêt du cœur d'un chien.
Sans qu'il existe dans le sang en quantité suffisante pour déterminer les altérations macroscopiques dont nous l'avons reconnu capable, le chloral peut, par sa seule présence dans le milieu intérieur, agir sur l'endocarde comme un excitant énergique et produire, dans certaines circonstances, un arrêt subit par action de contact direct sur les ganglions automoteurs, ou par suite d'un réflexe provoqué par l'intermédiaire du bulbe. C'est pour cela que les injections veineuses doivent toujours être pratiquées avec des solutions fortement diluées. Cet arrêt subit, provoqué par l'action irritante des solutions concentrées, s'effectue en systole tétanique; tandis que lorsque l'arrêt du cœur se fait plus lentement, lorsqu'il est, par exemple, la conséquence de l'action d'une dose mortelle introduite par la voie digestive, il s'effectue en diastole. La pression descend peu à peu jusqu'aux environs de zéro, et cela d'une façon régulière et continue qui montre jusqu'à quel point, non seulement le système nerveux intrinsèque du cœur, mais encore le myocarde lui-même est intéressé. Vous pouvez constater cette lenteur de l'arrêt, ainsi que la tendance à l'état diastolique, sur ce tracé obtenu avec un cœur de grenouille. Fig. 38.
D'autres mécanismes peuvent encore permettre d'expliquer Tarrêt, lent ou brusque, du cœur. Telle est Texcitation du bulbe ou de l'origine des nerfs accessoires dans le centre bulbo-spinal, excitation capable de déterminer l'arrêt du cœur comme celui réalisé par la faradisation des vagues. Telle est aussi l'action irritante, inhibilrice, exercée sur le mvocarde lui-même. Telle est encore l'action exercée sur les vaso-moteurs qui, jointe à un certain degré de paralysie des vaisseaux périphériques, a pour conséquence un afîaiblissement notable des contractions cardiaques.
GRAPHIQUES DU CŒUH
Hydrate de ohloral.
Fig. 38. — Modifications du rythme cardiaque chez la grenouille intoxiquée par Fhydrate de chloral.