ÉCHANGES RESPIRATOIRES
consiste dans cette constatation que le rapport -jr- est variable avec
l'état d'hypnose ou d'hypno-anesthésie. En se servant de doses progressivement croissantes, M. Arloing a vu ce rapport augmenter pendant Thypnose et diminuer pendant Thypno-anesthésie : de 2,30 à Tétat normal, il passe à 2,30 pendant l'hypnose, pour s'abaisser à 2,03 à la période d'hypno-anesthésie. Les doses faibles, simplement hypnotiques, du chloral, produisent une augmentation relative de la quantité d'acide carbonique contenu dans le sang artériel, tandis que les doses fortes, les doses hypno-aneslhésiques, produisent, au contraire, une diminution de la quantité d'acide carbonique et une augmentation de la quantité d'oxygène.
En envisageant seulement Taction des doses fortes, si l'on compare les variations produites par le chloral dans la composition des gaz expirés à celle des gaz du sang, on remarque que l'augmentation de l'oxygène dans le sang artériel coïncide avec une diminution dans l'absorption de ce même gaz au niveau de la surface pulmonaire. Cela ne peut provenir que du fait du ralentissement des oxydations dans les capillaires, des oxydations interstitielles, de la diminution de la combustion du carbone, et, par suite, de l'économie de Toxygène. En d'autres termes, pendant la chloralisation, les échanges respiratoires, les oxydations organiques et l'oxygénation du sang se trouvent diminués dans une plus ou moins notable proportion, suivant les doses.
En terminant ce qui a trait aux modifications imprimées à la fonction respiratoire, j'insiste sur ce fait que la respiration est arrêtée notablement avant le cœur : cela explique l'utilité et le succès de la respiration artificielle pratiquée en cas d'accidents post-chloraliques. A ce traitement, il faudrait joindre les inhalations d'oxygène; les stimulations par la faradisation cutanée, les frictions, la flagellation, les liquides chauds; l'excitation de la muqueuse nasale de la souscloison, celle où la sensibilité persiste en dernier lieu, comme l'ont montré les expériences de Jastrowitz et Willième. Mais, dans les empoisonnements graves, l'action sur le système nerveux cardiaque et le myocarde est assez profonde pour rendre tout inutile.
Action sur la température. — Cette action peut être aisément pressentie, après ce que je viens de vous dire au sujet de la circulation, de la respiration et des échanges. La température s'abaisse; et
cet abaissement peut atteindre des proportions considérables chez les animaux soumis à des doses hypno-anesthésiques de chloral.
Chez rhomme, les doses hypnotiques déterminent un abaissement de température variant de 0°5 à 1 degré. Chez les animaux, l'influence hypolhermisante est plus accentuée, et cet abaissement atteint facilement 2 à 3 degrés aux doses hypnotiques. Chez le chien, et aux doses hypno-anesthésiques, on a vu cet abaissement aller jusqu'à 10 et 12 degrés. L'hypothermie qui s'observe au cours de Thypno-aneslbésie chloralique est beaucoup plus accentuée que celle qui accompagne l'hypno-anesthésie par le chloroforme ou par Téther. La voie d'introduction de la substance active joue à cet égard un rôle important; et, ainsi qu'il était facile de le prévoir, les abaissements thermiques les plus considérables ont été observés à la suite d'injections intraveineuses de chloral.
La diminution des échanges inlra-organiques, diminution favorisée par la moindre capacité respiratoire des hématies et par Tamyoslhénie, joue évidemment un grand rôle dans cet abaissement de température. Mais un certain nombre d'autres causes viennent également la favoriser : je vous citerai notamment l'affaiblissement du cœur, la paralysie des petits vaisseaux, le ralentissement de la circulation capillaire; Taffaiblisseraent des mouvements respiratoires, et la diminution de l'oxygénation pulmonaire.
Il n'est pas jusqu'à l'action propre du chloral sur les éléments anatomiqucs, action que nous pourrions caractériser en disant qu'elle réalise une diminution de leur valeur biologique, qui ne vienne jouer ici un rôle efficace. Ce rôle est surtout prépondérant pour ce qui est des altérations du fluide sanguin, d'où résulte une diminution de réceptivité des hémalies pour l'oxygène et une difficulté plus grande des échanges avec la substance organisée extra-vasculaire. L'action dystrophique intense exercée par le chloral sur les éléments anatomiques est encore mise en évidence par la mort tardive des animaux, les grenouilles surtout, auxquels on a fait absorber des doses élevées, mais non mortelles, de chloral, et qui succombent au bout de trois à quatre jours, après avoir entièrement recouvré leur motilité et leur sensibilité. La mort est due à la puUulation de bactéries, notamment de streptocoques, qui, à la suite de l'abaissement du coefficient de vitalité des cellules, ont pu envahir cet organisme livré presque sans défense à l'invasion du parasitisme.
CHLORALISME CHRONIQUE 669
De p]u8, et en raison de son action si intense sur les centres nerveux, le chloral doit influencer les centres de thermogénèse : en effet, il empêche la polypnée réflexe, et même, à très fortes doses, la polypnée centrale; il détermine Tabolition du réflexe thermique, ainsi que Tout démontré les expériences de M. Charles Richet. La fonction hypothermisante de la respiration ne pouvant s'exercer pleinement que lorsque la fonction chimique est satisfaite, le chloral Tempêche à un double point de vue. L'action du chloral sur les différents centres nerveux étant caractérisée par une dépression intense sous rinfluence des fortes doses, cette part que peuvent prendre les centres de thermogénèse à l'abaissement de la température ne doit donc pas non plus être négligée.
Chloralisme chronique. — On a noté également une forme particulière d'intoxication par le chloral dont il faut que je vous dise quelques mots; je veux parler du chloralisme chronique. Ce chloralisme chronique a été observé, dans un certain nombre de circontances, chez des individus qui, dans l'espoir d'obtenir soit un état d'hypnose plus ou moins prolongé, soit une sensation particulière de bien-être et même de jouissance, en sont arrivés à faire usage de doses journalières de chloral qui n'ont pas tardé à amener chez eux des accidents assez graves : il y a des chloralomanes comme il y a des morphinomanes, des éthéromanes et des cocaïnomanes.
Le pouvoir congestif très intense du chloral, la vaso-dilatalion générale que ce médicament détermine toujours, ainsi que Thyperhémie des téguments et des organes parenchymateux, permettent d'interpréter un certain nombre des accidents dus à l'intoxication chronique par le chloral.
Tout d'abord, ces accidents peuvent être groupés sous un certain nombre de chefs : ce sont, d'abord, des accidents d'irritation qui consistent principalement en troubles digestifs, parce que c'est toujours par la voie digestive que le chloral est introduit dans ces conditions. Ce sont, d'autre part, des accidents qui ressortissent à la circulation et qui consistent en une action dépressive sur le cœur et les vaisseaux amenant du vertige, de la perte des forces, de l'hébétude. Les chloralomanes ont de la rougeur persistante de la face, marquée surtout aux joues, aux oreilles, aux conjonctives, dont les vaisseaux sont turgescents; ils éprouvent une sensation incommode de chaleur à la tête, souvent même de la céphalalgie intense et persistante; on note