ANESTHÉSIE AVEC CONSERVATION DES RÉFLEXES
Il en résulte que le bulbe el la moelle sont sensibles à la succussion; mais que les autres excitations, notamment celles qui provoquent la douleur, sont devenues incapables d'éveiller une perception sensiiive dans les régions du cerveau qui réagissent normalement à ces excitations douloureuses : la conscience des excitations douloureuses a complètement disparu.
L'insensibilité se trouve prouvée par ce fait que, le pouvoir moteur n'étant pas aboli, les animaux soumis à Tinfluence du chloraiose ne réagissent cependant pas aux excitations qui déterminent de la douleur chez les animaux normaux. Celte anesthésie, avec conservation des réflexes et maintien, ou même légère élévation, de la tension artérielle, rend Temploi du chloraiose des plus précieux en physiologie opératoire. Il remplace avantageusement le curare qui a l'inconvénient de ne pas abolir la sensibilité et celui, plus considérable encore, de nécessiter la trachéotomie et l'emploi de la respiration artificielle : les animaux curarisés sont presque toujours fatalement voués à la mort, tandis que les animaux chloralosés peuvent servir à répéter, dans des conditions variées, une même expérience.
La façon dont le système nerveux central est influencé par le chloraiose et la part qu'il prend dans la manifestation des symptômes de rintoxication est suffisamment prouvée par les faits que je viens de vous exposer. J'y ajouterai que Ton peut encore fournir une preuve de cette importance en pratiquant une section de la moelle dans les régions dorsale ou lombaire : les animaux ne montrent plus alors de secousses dans le train postérieur.
M. Charles Richet est donc bien en droit de conclure que le chloraiose est un poison surtout psychique, limitant son action à la zooe corticale du cerveau, et respectant les fonctions bulbaires et médullaires : le cerveau est engourdi, la moelle est éveillée et même surexcitée; sur le cerveau le chloraiose agit comme le chloral, et sur la moelle il agit comme la strychnine.
Le cœur et la circulation ne sont pas influencés fâcheusement par le chloraiose, ainsi que cela ressort des faits que je viens de vous exposer; le rythme reste intact et l'on constate toujours un ralentissement après excitation des vagues : on peut même observer que Ténergie du myocarde est plutôt légèrement accrue, et, dans tous les cas, au moins chez les chiens, le cœur est beaucoup plus résistant qu'à l'état normal.
La respiration est beaucoup plus intéressée; mais seulement à des doses bien supérieures à celles nécessaires pour déterminer l'effet hypnotique. On voit les respirations devenir de plus en plus faibles et irréguliëres, et Ton peut, à la condition de les maintenir dans un calme absolu, observer chez les animaux la respiration périodique, comme sous Tinfluence de la morphine. Nous étudierons en détail, avec la morphine, la production de ce phénomène, témoin irrécusable de l'atteinte portée à la spontanéité de Tappareil d*innervation respiratoire. Ainsi que nous l'avons vu, la mort survient par arrêt de la respiration.
La respiration artificielle permet de faire supporter aux animaux des doses infailliblement mortelles sans remploi de cet artifice, et d'acquérir la preuve que l'action sur le cœur est négligeable. M. Richet a trouvé que les quantités de liquides (solution aqueuse de chloralose à 0,8 pour 100) qu'il faut alors injecter pour intéresser le cœur sont assez grandes pour devenir par elles-mêmes une cause de mort.
La température subit seulement un très léger abaissement; c'est encore là un point par lequel l'action du chloralose diffère de celle du chloral; et il en est également de même en ce qui concerne l'appareil digestif, qui n'éprouve, de la part du chloralose, aucun des phénomènes fâcheux, ou seulement désagréables, que lui fait éprouver le chloral. Sous Tinfluence d'une administration continue, il se produit une accoutumance au médicament, mais pas d'accumulation.
Si Ton excepte son action excitante sur la nioelle, le chloralose présente donc, comme hypnotique, un grand nombre d'avantages sur le chloral.
Ainsi que cela s'observe avec tous les médicaments à action élective sur la cellule nerveuse, l'homme est beaucoup plus sensible que tous les animaux à l'action du chloralose; ainsi, une dose de 20 centigrammes, dose active minima suffisante, dans la plupart des cas et lorsqu'elle est administrée en une seule fois, pour produire un effet hypnotique chez un homme de 70 kilos, ne représente que 3 milligrammes par kilo, chiffre notablement inférieur à celui de la dose active minima chez le chat, le plus sensible des mammifères sur lesquels on ait expérimenté.
Le sommeil, sauf chez les nerveux, est calme, sans rêves; parfois précédé d'une période d'ivresse psychique analogue à celle déter-