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RÉVÉLATION DES NEVROPATHIES LATENTES

minée par la morphine, Talcool, le chloral. Le début du sommeil coïncide avec une congestion de la face et une dilatation passagère des vaisseaux encéphaliques. Le réveil est complet, facile, sans lourdeur de tête, sans troubles gastro-intestinaux; souvent même, on a noté une augmentation de l'appétit. Chez certains sujets plus sensibles, on peut constater du tremblement fîbrillairc des muscles et un peu d'incertitude motrice. Le sommeil normal reviendrait spontanément après quelques jours d'emploi du médicament.

Le principal inconvénient du cbloralose réside dans Texquise facilité avec laquelle les névropathes réagissent sous son influence. C'est un véritable délateur des névropathies latentes. Aussi les phénomènes sous la dépendance du système nerveux sont-ils ceux qui constituent tout ce que Ton pourrait appeler les écarts de Vaction médicamenteuse. Les vertiges, le tremblement généralisé, les fourmillements, Thésitation dans la marche, les troubles de la vue; mais, surtout, Tapparence convulsive des membres, de la mâchoire et du cou, apparence rappelant les accidents du strychnisme et se montrant chez un individu en plein sommeil, sont bien de nature à inspirer aux spectateurs non prévenus quelque inquiétude. La respiration el le cœur ne sont pas atteints; et, seule, l'activité médullaire surexcitée explique ces manifestations, inoffensives au fond.

On a accusé le chloralose d'avoir donné lieu, chez certains névropathes, à des phénomènes de somnambulisme. Après avoir passé par la phase première de médicament parfait, merveilleux, inoffensif, auquel rien ne résiste, le chloralose en est maintenant à la phase de délaissement. Il ne mérite ni cet excès d'honneur ni cette indignité. Seulement son étude demande à être complétée au point de vue de ses applications cliniques et de ses indications; et, dans tous les cas, il est sage de s'abstenir de son emploi, même à faible dose, dans les affections convulsives et spasmodiques, notamment dans le delirium tremens où l'opium joue cependant le rôle d'un médicament héroïque. Le^ doses de 10 centigrammes, répétées au besoin jusqu'à production de l'effet hypnotique, en ayant soin de ne pas dépasser, de cette façon, 60 à 80 centigrammes au total, vous permettront de vous renseigner sur le degré de réactivité de votre sujet et de ne pas occasionner de ces accidents, bien plus impressionnants que graves, qui ont été si énergiquement reprochés au chloralose dans ces dernières années.

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En résumé, le chloralose agit d'une façon élective sur Técorce grise du cerveau, qui, dès lors, n'est plus apte à percevoir les excitations douloureuses. La moelle et le bulbe n'étant pas encore impressionnés à ces doses et n'étant plus modérés par les centres supérieurs, il y a, non seulement conservation, mais encore exagération des réflexes sous l'influence des excitations. L'incontinence d'urine, assez fréquente chez les nerveux, pendant le sommeil, est un symptôme de cette suspension de l'activité cérébrale.

A l'état normal, la substance grise corticale du cerveau est plus excitable par les agents physiques que la substance blanche sousjacente. Sous l'influence du chloralose, la substance blanche parait intacte, tandis que l'impressîonnabilité de la substance grise est très diminuée : cette constatation est en rapport étroit avec les phénomènes de cécité psychique.

Le chloralose a donné le moyen aux physiologistes de dissocier et d'analyser les fonctions les plus élevées, les plus parfaites de l'organisme; aux cliniciens de diagnostiquer des névropathies latentes telles que hystérie, alcoolisme, chorée, somnambulisme, etc. : il jouerait, dans ce dernier cas, un rôle qui a été comparé à celui de la tuberculine pour dépister la tuberculose du bétail.

Enfin, c'est un hypnotique ne présentant pas les inconvénients du chloral, et d'autres médicaments du même genre, sur le cœur et la circulation : il ne possède aucune propriété analgésiante. Mais il faut reconnaître qu'il est d'allure assez capricieuse; en d'autres termes, que la réactivité de chaque sujet en sa présence est particulièrement mobile. Il peut donner lieu facilement à des phénomènes effrayants pour le malade et son entourage, bien qu'ils aient peu de gravité.

Il faut donc le prescrire avec prudence, à doses fractionnées, et en surveillant très attentivement la susceptibilité individuelle à la réaction.

Pour les homologues du chloralose, quelques faits intéressants restent à noter. Le parachloralose est fort peu actif, peut-être à cause de son peu de solubilité. Les deux variétés d'arabino-chloralose ne déterminent pas l'état de strychnisme sur lequel j'ai insisté, bien que, dans l'état d'hypnose, les réflexes soient conservés. Il en est autrement du xylo-chloralose dont les propriétés hypnotiques sont peu marquées, tandis que ses propriétés convulsivantes sont intenses. Le galacto-chloralose est peu actif; et le lévulo- chloralose se rapproche-

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rait beaucoup, par son action fort peu convulsivaute et ses propriétés hypnotiques, de Tarabino-chloralose.

Il ne me reste plus, à présent, que quelques mots à vous dire au sujet des chloralides dans lesquels Faction médicamenteuse du corps combiné au chloral joue un rôle efficace. Ces médicaments tendent de plus en pins à être abandonnés, l'expérience ayant démontré qu'ils ne possèdent pas d'avantages réels.

Chloraluréthane. — On a proposé, sous la dénomination de ural, une combinaison résultant de Tunu^n d'une molécule d'urétbane avec une molécule d'hydrate de chloral et élimination d'une molécule d'eau. L'ural, ou chloraluréthane, forme des cristaux incolores, de saveur très amëre, fort peu solubles dans Peau, solubles dans l'alcool, fusibles vers lOô*"» volatils sans décomposition. — Je reviendrai plus tard, en étudiant d'autres hypnotiques, sur l'action hypnagogue qu'il convient d'attribuer à l'uréthane.

On l'administre à la dose de 2 à 4 grammes, en cachets, ou en potion alcoolique, associé à quelques gouttes d'essence de menthe et à du sirop d'écorces d'oranges amëres, comme correctifs.

L'hypnose déterminée par l'ural est inconstante, le plus souvent accompagnée d'accélération du pouls et d'un abaissement notable de la température et de la pression artérielle. Au réveil, on a noté un état marqué de faiblesse, de la céphalalgie, de l'inappétence, un état nauséeux, parfois même des vomissements.

On a prétendu que les cardiaques supportaient bien ce médicament, même à la dose de 4 grammes, ce qui n'est guère d'accord avec les faits que je viens d'exposer et les résultats de l'expérimentation physiologique chez les animaux. C'est surtout chez les aliénés (mélancoliques, maniaques) que les résultats, sinon franchement hypnotiques, tout au moins véritablement sédatifs, ont été observés : dans les autres cas, le médicament est d'une action inconstante, même aux fortes doses, et il ne présente aucun avantage incontestable sur le chloral.

Éthylchloralnréthane. — En chauffant sous pression réduite, et distillant finalement dans le vide partiel, un mélange de chloral, d'uréthane et d'alcool étliylique, on obtient un produit résultant de la combinaison, avec élimination d'eau, de ces trois composants et

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que Ton a désigné sous la dénomination de somnal. Il forme des cristaux blancs, déliquescents, fusibles à 42^5, distillant sans décomposition entre 145** et 150^ dans le vide. Dans le commerce de la droguerie, le somnal se trouve sous forme de solution alcoolique renfermant 3 parties de somnal cristallisé dissous dans une partie d'alcool.

Sa grande solubilité dans Teau et dans Talcool permet de l'administrer facilement en potions. La dose moyenne est de 2 grammes, la dose extrême de 5 grammes.

Son administration chez les animaux (chiens et chats) a déterminé, à dose relativement élevée, du vertige, de la titubation, suivis d'un sommeil plus ou moins profond. Il ne produirait pas, comme Tural, d'action fâcheuse sur la muqueuse digestive. La tension sanguine, après avoir subi une légère élévation, revient à sa valeur normale.

On observe, chez Thomme, avant la réalisation de l'action hypnotique, une période d'excitation qui parait devoir être attribuée à l'alcool.. L'excitation retentit même sur la moelle, car le sommeil est fréquemment agité, accompagné de rêves erotiques et même de pertes séminales. Le somnal accroît la surexcitation chez les aliénés excités. Il est dépourvu de tout effet hypnotique dans les cas de douleurs intenses, dans la syphilis, le délire alcoolique.

A fortes doses, il exerce une action dépressive sur les centres cardiaques et respiratoires, et il détermine une diminution de la tension artérielle par suite de l'action qu'il exerce sur les ganglions cardiaques.

C'est encore un médicament sans avantages sur le chloral, d'autant qu'il a été assez souvent remplacé, dans le commerce, par un simple mélange d'alcool, de chloral et d'uréthane.

Chloralantipyrine. — Ce composé, connu sous la dénomination d'hypnal^ est le plus important du groupe que nous étudions en ce moment; dans la classe des chloralides, il ne le cède qu'au chloralose comme importance et comme valeur médicamenteuse.

En mélangeant deux solutions aqueuses concentrées, l'une d'antipyrine, l'autre d'hydrate de chloral, on voit que le liquide devient trouble, laiteux, et qu'il se rassemble peu à peu à la partie inférieure un fluide huileux, dense, qui se prend, au bout de quelque temps, en une masse cristalline compacte. Suivant que le mélange a été effectué avec 1 ou 2 molécules d'hydrate de chloral pour 1 molécule d'anti-

pyrine, on obtient le monochloralantipyrine ou le bichloralantipy rine : c'est le monochloralantipyrine qui est seul employé sous le nom d'hypnal, d'autant plus que le bichloralantipyrine se dissocie en présence de Teau en hypnal et chloral libre. La combinaison se réalise en dissolvant 47 grammes d'hydrate de chloral dans 50 grammes d'eau et en ajoutant à cette solution une solution de 53 grammes d'antipyrinedans 50 grammes d'eau : la couche huileuse dense, résultant de la réaction, est séparée au moyen d'un entonnoir à robinet et abandonnée à la cristallisation.

L'hypnal forme des cristaux incolores, de saveur un peu amëre, très différente de celle de chacun des composants, peu solubles dans l'eau, assez solubles dans le chloroforme et dans Téther, très solubles dans l'alcool, fondant à 67**. Soumis à une température suffisamment élevée, entre 115'* et 120**, il perd une molécule d'eau en devenant insoluble et inactif au point de vue physiologique. Les acides faibles sont sans action sur lui; les alcalis le décomposent en ses éléments.

A la dose de 20 à 25 centigrammes par kilo d'animal et par la voie d'injection intra-veineuse, le monochloralantipyrine diminue la sensibilité et détermine un état d'hypnose plus ou moins accentué, avec conservation des réflexes. A la dose de 30 à 35 centigrammes, les réflexes sont abolis et l'anesthésie survient. La dose mortelle est voisine de 1 gramme par kilo. Le sommeil est toujours précédé d'une période d'agitation, parfois assez accentuée. L'amplitude et le nombre des mouvements respiratoires subissent une diminution appréciable presque toujours suivie d'une phase d'accélération : aux doses toxiques, la respiration se ralentit de plus en plus, devient presque abdominale et se fait en plusieurs temps : on voit se produire de longs arrêts respiratoires et la fonction s'arrête en expiration. Les contractions cardiaques sont notablement ralenties, irrégulières; et Ton observe une diminution très marquée de la pression artérielle. L'action de Tantipyrine sur le myocarde et son appareil nerveux vient se joindre à celle du chloral, de sorte, qu'en définitive, une dose donnée d'hypnal est plus toxique que la quantité relative de chloral qu'elle renferme. Le cœur s'arrête seulement après la respiration; mais, malgré la respiration artificielle, l'action toxique exercée sur lui par l'hypnal se manifeste par un arrêt irrémédiable si la dose est suffisante. La température est légèrement abaissée.

Chez l'homme, l'effet hypnotique est très constant, à la dose de

1 à 2 grammes, en moyenne, par voie d'ingestion stomacale. On peut utiliser pour Tadministration de l'hypnal soit la formule de M. Bardet :

( Hypnal i gramme.

Eau 15 —

( Chartreuse 4 —

soit la suivante, qui correspond à 1 gramme d'hypnal par cuillerée à soupe :

Hypnal 5 grammes. ^

Eau distillée 30 — J

Alcool à 90O ) I

Alcoolat d'écorces d'oranges amères ^ " ^

Sirop simple 40 — ^"

On peut l'administrer aussi sous forme de cachets, car Thypnal est dénué de toutes propriétés irritantes, puisqu'on a pu l'injecter par voie hypodermique, à des animaux, sous forme du liquide huileux prenant naissance lors du mélange des solutions aqueuses concentrées de chloral et d'antipyrine.

Comme avantage de l'hypnal, on peut signaler la diminution de causticité et de saveur des composants, l'association des actions hypnotique et analgésique; enfin l'augmentation de l'activité médicamenteuse de chacun des composants, de telle sorte que l'hypnal est efficace à des doses moindres que Tantipyrine et le chloral pris séparément pour obtenir le même effet.

Il s'est montré un calmant excellent de l'insomnie d'origine cérébrale, et surtout des insomnies douloureuses, de la toux, du spasmodisme; il ne congestionne pas le cerveau, il n'a pas de retentissement sur l'appareil digestif, il ne crée pas l'assuétude.

Mais ses inconvénients sont à peu de chose près ceux du chloral : abaissement de la pression artérielle, diminution du nombre et de l'énergie des contractions cardiaques : il faut reconnaître, cependant, que cette action dépressive est moindre que celle exercée par le chloral seul, et que les troubles cardio-vasculaires sont moins accentués aux doses moyennes, de même que l'état comateux aux doses élevées. L'antipyrine semble atténuer certaines manifestations, bien que ce soit toujours les effets du chloral qui prédominent : ainsi les convulsions caractérisant les doses toxiques d'antipyrine ne se montrent jamais, même lorsqu'on expérimente sur des animaux et à l'aide de la respiration artificielle.

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