‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 51 sur 406 · VOIE GASTRO-INTESTINALE · texte numérisé non relu

VOIE GASTRO-INTESTINALE

nous ferons de cela une application intéressante dans un moment, que les procédés dont je viens de vous parler, Tinhalation chez les mammifères, ou bien Tinjection sous-cutanée ou l'immersion dans une solution aqueuse, lorsqu'il s'agit d'animaux à sang froid, pouvaient être remplacés par d'autres procédés. C'est ainsi, par exemple, et le fait est assez curieux pour être cité tout au moins, s'il n'est pas susceptible d'applications, que Brown-Sequard a démontré que, chez certains animaux à système nerveux extrêmement impressionnable, comme le chat, on pouvait déterminer une anesthésie par la seule application de la substance anesthésique sur une vaste surface de la peau dépouillée de poils; dans l'espèce, il s'agissait de chloroforme. C'est là un exemple typique de ces actions dites propulsives que nous avons à chaque instant à envisager au point de Tue de l'application thérapeutique.

Mais il ne faut jamais perdre de vue qu'en raison de la volatilité des substances vraiment hypno-anesthésiques, si leur absorption se fait en un point tel que le cours du sang les ramène nécessairement aux poumons avant qu'elles aient pu exercer leur action propre, elles s'élimineront, sinon en totalité, au moins dans une proportion telle que leur action anesthésique pourra devenir nulle. L'expérience a déjà appris depuis fort longtemps que la muqueuse puU monaire, à la fois surface d'absorption et d'élimination, est la véritable voie d'élection pour l'administration des substances volatiles.

L'introduction des anesthésiques par la voie pulmonaire est donc incontestablement la plus importante de toutes et celle qu'il faut préférer; l'historique seul des anesthésiques que je vous ai fait dans notre dernière réunion suffirait à le prouver; mais il faut cependant voir s'il n'y aurait pas d'autres procédés utilisables pour l'emploi des anesthésiques; et si les modes d'administration par la voie gastro-intestinale ou la voie intra-veineuse ne pourraient pas être utilisés dans certaines circonstances : la voie des tissus cellulaires sous-cutanés est jugée après ce que je viens de dire.

Pour l'administration des anesthésiques, la voie gastro-intestinale, peut-être plus encore que pour l'administration de toute autre substance thérapeutique, se fait remarquer par la lenteur et l'inégalité de l'absorption, essentiellement variables suivant que l'individu est à jeun ou en cours de digestion; c'est certainement le plus

68 VOIE RECTALE

grand écueil de cette voie d'administration : de plus, je pourrais vous répéter ce que je disais tout à Theure au sujet de Télimination de la substance par le système veineux et par la voie pulmonaire ; et, de fait, vous savez fort bien que les potions éthérées ou chloroformées ne déterminent jamais Tanesthésie, tout au plus peuvent-elles déterminer, lorsqu'on les emploie en quantités suffisamment considérables, une sorte d*état de torpeur de Tindividu auquel ces potions sont administrées. Dans ces conditions, le sang n'en contient jamais des quantités suffisantes pour impressionner efficacement les éléments nerveux sensitifs.

Je ne parlerai ici que pour mémoire des tentatives d*hypno-anesthésie par la voie rectale. L'absorption est, dans ce cas, beaucoup plus considérable, et, partant, plus efficace que par la voie gastrique; aussi est-il possible de voir survenir une hypno-anesthésie véritable en raison de ce que l'exhalation pulmonaire est insuffisante pour débarrasser le sang de la totalité des vapeurs anesthésiques. Les premières tentatives dans cette voie remontent à 1847 et sont dues à Pirogoff, de Saint-Pétersbourg. En 4884, M. Daniel Mollière, de Lyon, tenta sans grand succès de restaurer cette méthode d'administration des anesthésiques, efficace surtout avec Téther en raison de son point d'ébullition peu élevé.

L'inconstance et l'inégalité de la résorption des vapeurs anesthésiques ainsi introduites dans l'intestin sont précisément les raisons principales de l'abandon de cette méthode.

Les substances injectées par la voie du tissu cellulaire sous-cutané sont très rapidement absorbées par suite de leur contact direct avec les capillaires sanguins et les réseaux d'origine des vaisseaux lymphatiques : cependant, le tissu cellulaire sous-cutané présente encore à ce point de vue de grandes variétés, de notables différences. Extrêmement chargé de graisse chez certains animaux, il forme une couche épaisse sous laquelle on ne peut compter voir s'effectuer une absorption rapide et certaine; telle est, par exemple, la couche adipeuse du porc; et certains animaux même, comme le hérisson, semblent devoir, au moins en grande partie, à cette lenteur de l'absorption dans la couche adipo-celluleuse, l'immunité dont ils jouissent vis-à-vis de certains poisons, de certains venins. Il est toutefois prudent de faire ici une restriction au sujet du pouvoir antiloxique du sang et des humeurs; mais cette restriction ne fait qu'affaiblir, sans

VOIE m TISSU CELLULAIRE 6«

la détruire, Timportance de cet obslacle à une rapide et complète absorption.

Des différences de même ordre se rencontrent encore dans la densite du tissu suivant la région dans laquelle est pratiquée Tinjection : chez le chien, par exemple, le tissu cellulaire sous-cutané est très dense, très serré, et les liquides qu'on y injecte ne diffusent que difficilement dans ses mailles, sauf au creux axillaire ou au pli de Taine, où ce tissu est plus lâche et rend ainsi Tabsorption plus facile et plus efficace.

Les expérimentateurs avaient depuis longtemps cherché à s'affranchir de ces variations dans l'intensité et la rapidité de l'absorption. C'est pour cela que Magendie injeclait toujours dans la plèvre les substances dont il voulait étudier les effets, cherchant ainsi à obtenir une constance aussi grande que possible dans l'intensité et la rapidité de l'absorption. Claude Bernard faisait les injections, chez la grenouille, dans le muscle gastrocnémien, de manière à réaliser l'abr sorption par le tissu cellulaire interposé aux fibres et aux faisceaux musculaires.

Ces faits d'observation viennent donc s'ajouter aux remarques que je faisais précédemment et nous conduisent à rejeter cette voie d'administration pour les anesthésiques.

Quant à l'injection intra-veineuse, elle détermine facilement chez les animaux une hypno-anesthésie efficace. Mais c'est là un procédé de laboratoire, qui n'a aucun intérêt dans la pratique médicale, attendu qu'on ne se trouve jamais dans l'obligation de pratiquer une injection intra-veineuse pour déterminer l'hypno-anesthésie. C'est donc l'absorption pulmonaire qui reste la voie d'élection et qui permet la pénétration d'une quantité assez considérable de la substance active dans la circulation pour déterminer l'anesthésie générale, tout en laissant possible l'élimination constante et régulière de cette substance active.

C'est là un fait vrai, non seulement pour les animaux, mais aussi pour les plantes, comme je vous le faisais déjà pressentir tout à l'heure. Il faut, pour que l'anesthésie se produise, qu'il y ait un mélange intime et en quantité suffisante du milieu nutritif avec la substance anesthésique. Ainsi l'on peut déterminer l'anesthésie partielle d'une feuille ou d'une portion de feuille de la sensitive en soumettant cette feuille ou cette partie de feuille seulement à l'action du

Page 1