ACTION DES ANERTHÉSIQUES SUR LE SANG
thésiques se fussent introduites dans Tappareil respiratoire; ces expérimentateurs ont démontré, en effet, que toutes les fois qu*on prenait les précautions suffisantes, et ces précautions sont assez difficiles à réaliser à cause de la grande volatilité du chloroforme ou de Téther, MM. Dieulafoy et Krishaber ont montré que toutes les fois qu'on faisait une ligature parfaite de la trachée sur le tube allant puiser Tair pur tout à fait en dehors de la salle où l'on faisait Texpérience, jamais Tanesthésie ne se produisait dans ces conditions.
Comme je viens de vous le dire, les recherches de Claude Bernard sont venues démontrer avec la plus entière certitude la présence du chloroforme dans le sang, et maintenant il est reconnu comme absolument nécessaire que les substances anesthésiques circulent dans le sang pour que leur action se produise.
Il est d'ailleurs intéressant pour nous de voir en quoi consiste l'action exercée par les anesthésiques sur le sang; tout à l'heure j'ai déjà eu l'occasion d'appeler votre attention, à propos des conclusions de M. Faure, sur ces faits qui tendaient à ne faire voir dans l'action anesthésique rien autre chose qu'une asphyxie; nous allons constater en effet dans un moment que les deux phénomènes sont, dans certaines conditions, fort comparables et que, même, dans beaucoup d'anesthésies il faut tenir compte d'une asphyxie concomitante.
L'action exercée par les anesthésiques sur le sang pourrait se manifester par des altérations de ses éléments figurés; ces altérations, telles que le racornissement, le retrait, la déformation des hématies, existent bien, mais ne se montrent que lorsque des vapeurs de chloroforme viennent agir en quantité considérable sur le sang et au dehors des vaisseaux : toutes les fois que le sang reste dans les vaisseaux; si vous voulez me permettre cette expression à laquelle il ne faut attacher que la valeur d'une image, toutes les fois que le sang reste vivant, et que la substance anesthésiante n'y est contenue qu'en proportion telle qu'elle peut être dissoute par le sérum sanguin, cette substance anesthésiante n'exerce absolument aucune action directe sur les hématies. Il n'y a donc pas lieu de se préoccuper, relativement à l'action des anesthésiques, d'une modification dans la structure histologique des éléments figurés du sang.
Mais il peut en être et il en est en effet autrement de la composition chimique du sang. Les expériences faites avec un appareil que j'aurai bientôt occasion de mettre sous vos yeux et qui a permis
d*ameaer Tétude des anesthésiques au point de précision expérimentale auquel Ta portée Paul Bert, ont montré qu'en ce qui concerne le sang artériel, l'oxygène diminuait progressivement, tandis que la quantité d'acide carbonique augmentait : dans le sang veineux, on observe une légère diminution de la quantité d'oxygène, mais la quantité d'acide carbonique reste sensiblement stationnaire.
Pour fixer vos idées à cet égard, je vous donnerai le résultat d'une expérience de Paul Bert. Elle concerne l'analyse des gaz du sang artériel d'un chien qui a été anesthésié à l'aide d'un mélange à 12 p. 100 et de l'appareil à mélanges titrés. Avant l'anesthésie, la quantité d'oxygène contenue dans le sang artériel était de 22**** p. 100 ; la quantité d'acide carbonique était de SI''"', 2. Trente minutes après Tanestbésie, la quantité d'oxygène est tombée à lO^^SS, la quantité d'acide carbonique est montée à 41 ^''',2; enfin, une heure et demie après le début de l'anesthésie, la quantité d'oxygène n'était plus que de 14'***, et la quantité d'acide carbonique atteignait 44'"*'. Voilà donc bien prouvés les faits que je viens de vous exposer.
Une remarque doit être prise en considération au sujet de ces expériences. L'anesthésie est toujours précédée d'une période d'anhélation et d'agitation; pendant cette période, il peut y avoir une augmentation de la quantité relative ou absolue d'oxygène absorbé, c'est là un fait secondaire qui ne doit pas entrer en ligne de compte; mais dans la période d'anesthésie confirmée, toujours, d'une façon absolue, on observe l'appauvrissement du sang en oxygène et son enrichissement en acide carbonique.
Cette action exercée sur le sang par les anesthésiques se traduit encore par des modifications de la température et des échanges respiratoires. L'expérience montre que, sous l'influence des anesthésiques, on observe des abaissements de température, qui ne sont pas négligeables et qui peuvent fort bien atteindre 1 , 2 et même 5 degrés ; vous n'ignorez pas que c'est pour ce fait que, dans toute opération chirurgicale nécessitant l'emploi des hypno-anesthésiques, on enveloppe toujours le malade d'ouate au moment où on va commencer lanesthésie; c'est précisément pour éviter, dans la mesure du possible, le refroidissement par rayonnement qui, à cette période, peut atteindre une valeur considérable.
C'est non seulement le rayonnement qui détermine l'abaissement de température, mais c'est surtout la diminution des oxydations :
chez les animaux, par exemple, le fait a pu se vérifier expérimentalement avec la plus grande rigueur. L'expérience a montré à Paul Bert que la température rectale d'un chien soumis à Tanesthésie pouvait subir un abaissement de 10 degrés et passer de 38 à 28°.
Dans ce cas, lorsqu'on fait l'analyse des gaz de la respiration, on a encore la confirmation du fait que je viens de vous indiquer. En dosant la quantité d'oxygène absorbé et d'acide carbonique produit par heure, pendant la période de l'anesthésie, Paul Bert est arrivé aux résultats suivants. Avant l'anesthésie, un chien absorbait 9"S92 d'oxygène par heure; il produisait 9''S55 d'acide carbonique. (Vous vous rappelez qu'on ne retrouve pas exactement pour l'acide carbonique produit le même chiffre que celui représentant l'oxygène absorbé; il y a là un fait dont vous devez vous souvenir au point de vue physiologique.) Cinq minutes après le début de l'anesthésie, la quantité d*oxygène absorbé n'était plus que de 6'",57, et la production d'acide carbonique de 5"S26; vous voyez l'écart primitif s'accentuer.
Quarante-cinq minutes après le début de l'anesthésie, l'absorption de l'oxygène n'était plus que de 4'",42, et la production d'acide carbonique de 3"S90; enfin, une heure et demie après le début de l'anesthésie, l'absorption de l'oxygène était réduite à 3''*,69, et la production de l'acide carbonique à 2''',39. Et si l'on cherche
CO* maintenant le rapport -jr, qui doit donner une constante très voisine de l'unité chez les animaux normaux, nous voyons que ce rapport est égal à 0,93 avant l'anesthésie, chiffre très voisin de l'unité normale; il descend à 0,72 cinq minutes après le début de l'anesthésie; à 0,69 au bout de quarante-cinq minutes; et enfin à 0,57 une heure et demie après le début de l'anesthésie.
La diminution du taux des oxydations est donc manifeste, non seulement quant à la quantité de chaleur dégagée, mais encore quant aux réactions chimiques, qui sont du reste les producteurs de cette quantité de chaleur. Bailleurs, Paul Bert est arrivé à ce résultat que la diminution de la thermogénèse et des combustions respiratoires peut atteindre jusqu'à 60 p. 100 de la valeur normale.
Il faut donc admettre, et cela est prouvé, ainsi que nous le verrons plus tard, par l'étude du mécanisme de leur action, que les anesthésiques exercent sur les centres nerveux (bulbo-protubéran-