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ANESTHESIE PAR LA CHALEUR

la chaleur est elle-même capable, dans certaines conditions et chez certains animaux, de déterminer une anesthésie plus ou moins rapide. L'expérience est très facile à réaliser chez les grenouilles. On va mettre devant vous, dans une eau chauffée à une température variant de 37*^ à 38**, une grenouille bien vivace et vous allez voir qu'au bout de quelques minutes de séjour dans cette eau, la grenouille va être aussi énergiquement anesthésiée que celles que nous avons tout à Theure plongées soit dans l'eau additionnée de chloroforme, soit dans l'eau additionnée d'éther.

Il ne peut s'agir, dans cette circonstance, d'une coagulation des albuminoïdes, puisque les albuminoïdes, comme vous le savez, ne commencent à se coaguler qu'à la température de 55*^ et que c'est seulement vers 75"* que leur coagulation est parfaite.

Si l'on cherche à réaliser cette expérience sur des mammifères, on voit que les résultats ne sont plus du tout les mêmes. Tandis que la grenouille laissée pendant quelques minutes dans une eau à une température notablement supérieure à la sienne va subir une action anesthésiante très nette, les mammifères dont on essaie d'élever la température meurent brusquement, tout d'un coup, lorsque leur température atteint 43** pour les mammifères comme le chien et le lapin et 48** à 50° pour les oiseaux ; il s'agit ici, bien entendu, de la température du sang et non pas de la température rectale ou axillaire ou de toute autre région du corps de l'animal.

Chez les animaux à sang chaud, la mort se produit par arrêt subit du cœur, et elle est accompagnée d'une rigidité musculaire généralisée, absolument comme si les albuminoïdes, à cette température à laquelle ils ne sont cependant pas encore coagulés, avaient subi une coagulation brutale.

Quant aux grenouilles, lorsqu'on les laisse un temps trop considérable dans l'eau chauffée à 38^, elles meurent par asphyxie, ce qu'on peut constater à la couleur de leur sang, qui est très noir, mais elles ne meurent pas subitement, comme les mammifères, et elles ne présentent pas cette rigidité particulière, qui est si caractéristique, et qui même, au point de vue médico-légal, a une importance considérable dans la mort par élévation de température. C'est là un fait important à noter, car il établit une différence saillante entre Tanesthésie par la chaleur, qui n'est autre chose qu'une asphyxie passagère, et l'anesthésie par l'éther ou le chloroforme.

CONDITIONS EXPERIMENTALES 79

Bien mieux, chez les animaux à sang froid, et surtout chez les grenouilles, cette asphyxie et cette action anesthésiante qui l'accompagne peut être produite en plongeant simplement la tête de Tanimal, à l'exclusion du reste du corps, dans Teau chauffée : c'est là ce que Yous allez voir se produire sur cette grenouille dont on va faire passer la tête à travers l'ouverture pratiquée dans la feuille de parchemin qui ferme ce vase rempli d'eau à 38*", de façon à ce que la tête seule plonge dans le liquide; l'action anesthésiante sera plus lente à s'établir, naturellement, mais elle se produira tout aussi bien que pour la grenouille nageant librement dans l'eau chaude et la résolution musculaire, l'hypno-anesthésie seront complètes.

Dans cette expérience, on peut, au bout d'un temps suffîsant, déterminer la mort de la grenouille, et l'on constate alors que le sang est noir (asphyxique) dans toutes les parties du corps. Si, lorsque la mort est imminente, on vient soustraire la grenouille à l'action de l'eau chaude et à la plonger brusquement dans l'eau froide, on voit le sang redevenir rouge au fur et à mesure que l'animal reprend son habitude ordinaire. Ces phénomènes sont étroitement liés à l'action exercée par le froid ou la chaleur sur les propriétés respiratoires des hématies; mais il faut certainement encore faire intervenir ici des influences nerveuses. C'est, en effet, par suite de réchauffement du système nerveux central, cérébral, que cette expérience peut être réalisée chez la grenouille; et il est hors de doute que les variations de température que peuvent subir les centres nerveux réagissent à leur tour sur la mécanique circulatoire et sur les phénomènes physico-chimiques des échanges gazeux interstitiels.

Il est impossible de réaliser une pareille expérience à l'aide d'animaux présentant un volume plus considérable que la grenouille : chez ce batracien, on arrive à chauffer le système nerveux cérébral, ce qu'on ne peut arriver à faire chez d'autres animaux; peut-être sera-t-il possible, quelque jour, d'arriver à un dispositif expérimental permettant d'amener la température des centres nerveux des mammifères à un degré suffisant pour pouvoir faire une expérience comparative avec celle que permet de réaliser la grenouille; mais, dans tous les cas, on s'exposerait à voir l'animal succomber tout à coup comme cela s'observe, ainsi que je vous l'ai dit tout à l'heure, quand on essaye d'élever graduellement la température des mammifères. Peut-être même s'agit-il dans ce cas, ainsi que le pensait Claude

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