ANESTHESIE ET ASPHYXIE
Bernard, d'un phénomène particulier aux animaux à sang froid et, chez eux, la production de Tanesthésie par la chaleur tient-elle seulement aux conditions biologiques dans lesquelles ils se trouvent, ou à des propriétés fonctionnelles particulières de leurs éléments anatomiques
La seule chose à retenir, c'est qu'il existe des différences profondes, en ce qui regarde les grenouilles et les batraciens en général, entre Tanesthésie qu'on peut obtenir à l'aide de la chaleur et celle qu'on peut produire par les agents anesthésiques comme le chloroforme ou l'éther.
Dans l'étude des agents anesthésiques, les observateurs qui se sont occupés d'expérimenter sur les animaux ont alternativement vu le sang noir ou rouge chez les animaux qui étaient soumis à l'influence des agents anesthésiques. Tout cela dépend de conditions extérieures à l'action des anesthésiques eux-mêmes. Et en effet, si on administre d'emblée une très forte dose de substance aneslhésique, on observe, au début, des contractions spasmodiques chez les animaux, et, d'une façon concomitante, une suspension de l'acte respiratoire. Vous avez pu constater des phénomènes de ce genre chez l'homme lorsqu'on emploie la méthode d'anesthésie rapide appelée anesthésie étouffante. A ce moment, si Ton fait un prélèvement sur l'animal, on constate que le sang artériel est absolument noir et qu'il y a, en même temps que l'anesthésie, une asphyxie très nettement confirmée. A ce moment également, la recherche du chloroforme par le procédé que je vous indiquais tout à l'heure démontre qu'il en existe dans le sang et qu'on se trouve en présence d'un double phénomène : action de la substance anesthésique qui existe dans le sang; action, d'autre part, de l'asphyxie, qui est révélée par la coloration noire du sang.
Si, au lieu de cette administration brusque, brutale même, on pratique chez les animaux une administration lente, successive, de chloroforme, on observe des contractions spasmodiques très faibles, quelquefois même on n'en observe pas du tout, la respiration persiste avec un rythme voisin du rythme normal; et si l'on fîdt un prélèvement de sang artériel, on voit que ce sang est resté rouge et qu'il a absolument le caractère et la composition chimique du sang artériel normal, sauf les variations que je vous ai signalées précédemment relativement à la teneur en oxygène et en acide carbonique.