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CONDITIONS EXPÉRIMENTALES

Mais il est une preuve d'un autre ordre, beaucoup plus topique en quelque sorte que les deux faits que je viens de vous indiquer, elle consiste à pratiquer Tanesthésie chez les animaux en faisant pénétrer la substance anesthésique sans la faire passer par les premières voies : en pratiquant la trachéotomie, on peut arriver à faire pénétrer la substance anesthésique sans qu'elle traverse la bouche, le pharynx; eh bien, dans ce cas, on n'observe, pas la moindre agitation de l'animal, le sang artériel reste rouge et il possède toutes les qualités du sang artériel normal.

Comme je vous le disais tout à l'heure, l'asphyxie n'est donc, quand elle se produit en même temps que Tanesthésie, qu'un incident ou un accident avec lequel on peut avoir à compter, mais qui n'a vraiment rien à voir dans la production de l'anesthésie vraie. Il peut se faire que l'asphyxie aide, dans une certaine mesure, à l'anesthésie; mais on n'a pas besoin de cette asphyxie, on devrait même chercher à l'éviter.

La preuve de ceci nous a été donnée par les recherches de physiologie qui ont démontré que l'action excitante et la production des convulsions spasmodiques du début, les symptômes d'asphyxie en un mot, étaient dues à Faction directe exercée par les agents anesthésiques sur certaines terminaisons nerveuses, notamment sur les terminaisons du nerf laryngé supérieur.

La substance anesthésique, qu'il s'agisse d'éther et à plus forte raison de chloroforme, car les vapeurs de chloroforme sont beaucoup plus irritantes que celles de l'éther, exerce en effet une action irritante sur les extrémités terminales nerveuses des premières voies; et les accidents mortels qu'on peut observer, au début tout à fait de la période d'anesthésie, sont dus à un arrêt du cœur et des mouvements respiratoires, identiques à ceux que l'on peut réaliser à la suite d'une irritation expérimentale.

Cette syncope, que M. Dastre a appelée syncope laryngo-réflexe, ou syncope primitive, est due à une excitation dont la voie centripète est le nerf trijumeau ou le nerf laryngé supérieur, et la voie centrifuge le pneumogastrique.

En effet, ainsi que Font montré les recherches de Vulpian et de M. François-Franck, au début de l'anesthésie, après que l'agitation a disparu, on peut en excitant soit le trijumeau, soit le laryngé supérieur, soit même le bout central du vsigue, déterminer un arrêt

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du cœur beaucoup plus facile qu*à Tétat normal : de plus, cet arrêt est persistant. Par conséquent, il semble que, sous Tinfluence des anesthésiques, les excitations qui peuvent se transmettre par les voies d'accès que je viens de vous indiquer prennent une importance plus considérable qu'à Tétat normal.

D'ailleurs, d'autres phénomènes d'excitation réflexe du même genre sont imputables à l'irritation des parois de la bouche ou de la muqueuse linguale. En effet, au début de l'anesthésie, la salivation augmente dans une très notable proportion, par suite de l'excitation que la substance anesthésiante exerce sur la muqueuse linguale et, s'il est vrai de reconnaître que cette salivation est beaucoup plus considérable avec l'éther qu'avec le chloroforme, bien que les vapeurs d'éther soient notablement moins irritantes, elle n'en est pas moins fort accentuée avec le chloroforme. Comme nous le verrons, l'éther exerce de plus une action sécrétoire très marquée sur tous les éléments glandulaires; mais il y a une action manifeste exercée sur la sécrétion salivaire par toute substance anesthésique.

J'aurai l'occasion d'appeler votre attention sur l'action irritante plus particulièrement exercée par les impuretés qu'on rencontre dans les substances anesthésiques, cela viendra en son temps ; mais toujours est-il que l'excitation est due à des phénomènes déterminés par l'introduction de la substance anesthésique dans l'économie, lorsque cette substance pénètre par les voies normales, par la bouche, par le pharynx : ces accidents peuvent être absolument éliminés, comme je vous le disais précédemment, en introduisant la substance anesthésique par la trachée; dans ce cas le sang reste rouge, il contient sa proportion presque normale d'oxygène, et c'est bien la preuve de ce que je vous disais tout à l'heure, qu'il est possible de réaliser l'anesthésie sans produire le moins du monde l'asphyxie.

L'asphyxie peut cependant déterminer une anesthésie plus ou moins profonde; et cette propriété était connue et même utilisée depuis fort longtemps avant les deux expériences, l'une due à Bichat, l'autre à Claude Bernard, que je veux vous rappeler en terminant et qui plaident absolument dans le sens des arguments que je viens de vous présenter.

Bichat avait en effet remarqué que par la compression, même très courte, de la trachée sur un animal, le sang devenait noir presque immédiatement; et Claude Bernard, répétant cette expérience, avait

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remarqué que ce même phénomène se produisait encore bien que Ton eût lié la trachée sur un tube qui permettait à Tanimal de respirer librement à Tair extérieur. Vous voyez donc intervenir encore une fois ce fait qu'une excitation mécanique des nerfs situés au voisinage des voies respiratoires détermine une action asphyxiante qui, jusqu'à un certain point, peut amener ou faciliter Fanesthésie. Maintenant que nous avons passé en revue les différents modes de pénétration des anesthésiques dans Toi^anisme, que nous avons appris quel était leur mode d'emploi, que nous avons vu qu'en déflnitive l'introduction par les voies pulmonaires était de beaucoup la Toie d'élection des anesthésiques, celle que la pratique avait adoptée déjà depuis longtemps, nous pourrons aborder fructueusement Fétude de la physiologie générale des anesthésiques.

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