‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 62 sur 406 · UNIVERSALITÉ D'ACTION DES ANESTHÉSIQUES · texte numérisé non relu

UNIVERSALITÉ D'ACTION DES ANESTHÉSIQUES

développées par lui dans son ouvrage sur les phénomènes communs à la vie des animaux et des végétaux.

Choisissons quelques exemples pour montrer que les phénomènes de la vie sont atteints très profondément dans tous les règnes de la nature; la motilité, d'abord, puisque c'est le phénomène qui disparaît le premier.

Voici, sous cette cloche, un cœur de grenouille et un cœur de tortue, tous deux détachés récemment de l'animal et capables, comme vous le savez, de continuer encore pendant un temps assez long, à battre d'une façon rythmique si aucune circonstance étrangère n'intervient; cette période de temps n'est dans tous les cas pas moindre de trois ou quatre jours dans la saison que nous traversons en ce moment. J'introduis dans l'intérieur de la cloche quelques gouttes de chloroforme et vous allez voir cesser le mouvement de pulsations rythmiques dont le cœur est encore animé en ce moment. En replaçant ces cœurs à l'action de l'air; au bout d'un certain temps, lorsque le chloroforme se sera évaporé, ils reprendront leurs battements rythmiques, pourvu toutefois que le contact du tissu avec les vapeurs anesthésiques n'ait pas été trop longtemps prolongé, et on pourra ainsi, un certain nombre de fois, leur faire cesser et reprendre ces battements.

J'ai déjà appelé votre attention sur l'arrêt des mouvements des cils vibratiles; sur la suspension d'activité et la reviviscence de certains animaux inférieurs, les anguillules du blé niellé, par exemple : ces vers se conservent indéfiniment lorsqu'ils sont placés dans l'air sec; pour déterminer leur reviviscence, il suffit de les mouiller avec une gouttelette d'eau, et on les voit bientôt reprendre leurs mouvements. Si, au lieu de se servir d'eau pure, on se sert d'eau dans laquelle on a fait dissoudre du chloroforme ou de l'éther, les mouvements ne reparaissent pas.

Je vous ai également cité l'exemple de la sensitive, cette plante, dont vous voyez ici un échantillon, qui, au moindre attouchement, replie ses feuilles, semble absolument sentir les offenses auxquelles on se livre à son égard et chercher à s'en garantir, circonstance qui l'a fait appeler par Paul Bert végétal à sang chaud et lui a fait donner par M. Dastre la dénomination non moins pittoresque de végétal hystérique \ la sensitive elle-même est capable d'éprouver les effets du chloroforme.

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Comme VOUS le voyez, j'expose aux vapeurs de chloroforme qui se dégagent de ce vase quelques-unes seulement des feuilles de cette sensitive; et, au bout de quelques instants, vous pourrez constater que, tandis que les feuilles non exposées aux vapeurs du chloroforme se replieront immédiatement quand on les touchera, celles, au contraire, qui auront absorbé une certaine quantité de vapeur anesthésiante seront insensibles à toute action extérieure. Voilà pour les phénomènes de la motilité qui sont les plus évidents, puisque vous savez que ce sont ces phénomènes qui disparaissent les premiers chez les êtres vivants.

Mais les phénomènes de nutrition eux-mêmes sont touchés dans une certaine mesure par l'action desanesthésiques. C'est ainsi que la germination des graines est entravée par la présence de substances anesthésiantes, et cela, même lorsqu'on donne à ces graines les éléments nécessaires, indispensables à leur germination, c'est-à-dire la chaleur, l'air et l'eau. En effet, comme nous allons le voir dans un moment, sous Tinfluence des agents anesthésiques, la fixation de l'eau est rendue impossible et, sans cette fixation d'eau, il ne peut y avoir germination.

Non seulement la fixation de l'eau par le protoplasma des graines est rendue impossible sous l'inQuence des anesthésiques, mais la respiration même finit par se trouver entravée. Les plantes immergées peuvent nous donner à cet égard la preuve de l'arrêt des phénomènes de respiration. Vous savez qu'il existe dans les étangs un certain nombre de plantes, les spirogyres, les lentilles d'eau, certaines conferves, qui ont la propriété, lorsqu'elles sont frappées par les rayons solaires, d'absorber l'acide carbonique, de décomposer cet acide carbonique comme la partie verte des végétaux aériens, et de se couvrir d'une foule de petites bulles d'oxygène qu'on voit par transparence dans l'eau : c'est une véritable respiration végétale modifiée par la fonction chlorophyllienne, ce que l'on appelait autrefois la respiration végétale diurne. Eh bien, si l'on met une petite quantité d'éther ou de chloroforme dans l'eau contenant de semblables plantes, on voit le dégagement d'oxygène s'arrêter presque immédiatement, et ce dégagement reprend lorsque la plante est soustraite à l'action de l'agent anesthésique.

Claude Bernard avait pensé tout d'abord qu'une propriété dont je vous montrerai des preuves tout à l'heure, celle de la coagulation

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